Par Jaouad Benaissi

Je peux imaginer ton impatience entre deux correspondances. Tu restes sur ta soif, à chaque fois. Tu retournes les lignes sur tous les côtés comme une crêpe pour n’en rater aucun détail, mais aussi pour lire dans mes intentions. Tu es déçue par toutes les contradictions dont bouillonne le texte. Mais, tu me connais un peu, mes contradictions, ça fait partie des rares vertus que je revendiquerais, et c’est le seul charme que tu pourrais me reconnaître dans tes rares moments de lucidité. Et après, tu te confortes dans la psychanalyse des salons, cette haute spécialité des femmes superficielles, en mettant le doit sur  un ‘’manque’’ qui n’existe pas.

Tu penses que je ne t’aimais pas et qu’il était question pour moi de combler un vide ou de répondre à un manque de… De quoi ? Dis-le…

Il faut toujours aller jusqu’au bout des phrases, pour ne pas dire des idées. Les femmes se convertissent en psy lorsqu’elles sont déstabilisées dans leur zone de maîtrise. Lorsqu’elles n’arrivent pas à obtenir ce qu’elles veulent des hommes. Lorsqu’elles se sentent incapables de complètement occuper la vie d’un homme. Lorsqu’elles ont du mal à apporter la joie de vivre… Bref, lorsque leurs petits tours de magie et leurs petites manigances ne leur servent plus à grand chose.

A dire vrai, je n’ai pas qu’un seul manque à combler. J’en ai plein. Et je vis avec. Je le dis sans complexe. Car je pense que depuis la nuit des temps, le combat de l’homme tourne autour de beaucoup de trous à remplir, à commencer par sa bouche. Vivre, c’est se battre continuellement pour dépasser ses propres faiblesses qui ne sont, dans la réalité, que les faiblesses de tout le monde. Qui n’aspire pas à une vie avec moins de vide spirituel, moins de soif émotionnelle ou d’insatisfaction sexuelle, moins de solitude chronique et d’échec conjugal ?

Si tu t’attends vraiment à ce que je raconte notre histoire, tu seras déçue. Je n’aime pas la tyrannie de la transparence qui, tout en procurant une sensation de soulagement immédiat, ouvre davantage de plaies et engendre des maux inguérissables. Nos secrets les plus précieux seront enterrés avec moi. C’est ma façon à moi de continuer, même après cette pénible séparation, de prendre  soin de toi. A contre cœur, je renonce à toi mais c’est parce que je sais qu’au fond du fond, tu n’as que moi, je maintiens ma promesse de veiller sur toi, de loin, de près, et quand tu t’y attendras le moins…

Notre amour a complètement foiré, pas besoin de le répéter ; c’est désormais un fait. Mais ce n’est pas du fait d’une soi-disant schizophrénie dont tu t’évertuais à me taxer. Non, la raison est moins compliquée : tu voulais attraper le vent. Or, le vent, tout comme le temps qui passe, ne s’attrape/ se rattrape jamais. Insaisissable dans le sens aussi bien propre que figuré, tu n’as pas réussi à me cerner et je t’ai filé entre les doigts.

Tu as beau dire que tu as tout investi dans notre couple, j’ai toujours du mal à voir ce que tu as mis dedans. Un investissement, ça se chiffre, ça se quantifie, ça se voit… C’est trop capitaliste comme approche. Or, l’amour, ce n’est ni des actions en bourse, ni une boulangerie. L’amour est une graine qu’on met dans le sable et qu’on arrose chaque soir de larmes et de rires. Et on se dit : si ça doit fleurir, ça fleurira… J’ai pitié pour les gens qui investissent dans le couple, car le retour sur investissement, c’est souvent une grosse déception. Et c’est normal !

Es-tu sûre de m’avoir aimé un jour ?

Un jour viendra où tu prendras le temps d’apporter une petite réponse à cette question. Une réponse dont tu as tant besoin, et qui te servira à comprendre mieux cette tristesse que tu traines partout dans les pieds. Ce qui est certain, c’est que tu ne sais pas aimer. Aussi, tu as une drôle de façon d’aimer… Tu fais des investissements, en grande femme d’affaires. Cela me fait rire !

Voilà pourquoi à chaque fois que tu me disais : j’ai peur qu’on se sépare. Je répondais : J’ai peur que l’on reste ensemble…

Je me permets une petite précision : entre Aimer et Etre amoureux, il y’a cette différence entre l’envie de vieillir avec quelqu’un et la passion orageuse qui se termine au bout d’une nuit d’hôtel. La différence entre la nuit et le jour. Entre l’instant et la durée. Entre la durée et le temps… Entre la facilité d’un vide à remplir y compris par un acte de mariage et le défit d’un amour qu’il faut se donner les moyens de trouver et de conquérir…

Etre amoureux, c’est bien, et ça fait du bien. Mais Aimer, c’est inaccessible aux personnes dépourvues de courage !

Sinon, tu as donné ce que n’importe quelle amoureuse donne dans une relation. Ni plus, ni moins !