Au fil des temps et des peines, je me suis habitué à toi. Or, comme tu le sais, en amour, il ne faut pas s’habituer… Il faut conquérir et reconquérir jusqu’au bout du cœur. Et jusqu’au bout du rêve… Malheureusement, tu es tout ce qui me reste lorsqu’un amour s’éteint. Lorsque l’autre s’en va… Renifleuse des amours mortes, tu m’as pourri la vie. J’en ai assez de toi…

Je m’évertue à me remettre d’un amour qui m’a mis en feu et en cendres. Et tu sais mieux que quiconque, le temps qu’il me faut pour retrouver la force de lâcher un sourire et d’aller à nouveau vers l’autre. Et pourtant, tu es omniprésente dans ma vie, tu me suis partout, pas à pas, au point que lorsque j’invite une femme au restaurant, tu es la première qui s’invite à ma table. 

Et si seulement tu ne faisais que tenir la chandelle !

Jalouse et possessive que tu es, tu t’imposes dans le choix aussi bien des plats que des sujets à discuter. Tu casses ma concentration en me faisant remarquer les imperfections de l’autre et en me mettant sur le terrain glissant des comparaisons. Et c’est souvent désagréable d’être peu attentif envers une femme qui a dû passer la journée entre son coiffeur, son dressing et son miroir, pour se préparer à cette rencontre où je suis présent à moitié avec l’air perdu, grincheux et mélancolique. Aucun retour sur investissement, je ne peux naturellement pas me mettre à sa place, mais je peux concevoir le degré de déception d’être en face d’une personne aussi bien mystérieuse que nonchalante. Je peux imaginer !

La désagréable impression du  « déjà vu » s’empare de moi au fur et à mesure que la rencontre avance. Je suis pressé de partir dès lors que la personne en face ne réveille pas en moi l’envie de ce que je sais faire le mieux : séduire. Oui, j’ai la réputation d’être un grand séducteur, ce qui n’est pas une insulte à vrai dire. Il n’en demeure pas moins que ma séduction est très sélective et ne s’adresse  pas à n’importe quelle femme. Il faut justement être une vrai femme ‘’lalla moulati’’ pour y avoir droit.

J’aime les femmes de caractère, les femmes qui s’assument, celles qui sortent des couloirs conventionnels de la société, celles qui font bouger les lignes, celles qui bafouent le timing… Même ces femmes-là, elles ont du mal à rivaliser avec toi et finissent toujours par lâcher prise ! 

Le soir quand je rentre chez moi, c’est toi que je trouve devant ma porte !

Comme je n’ai que toi, je ne te laisse pas passer la nuit dehors. Même si tu es moche, les traits tirés et les cheveux mal peignés, je t’invite à rentrer. Dans tous les cas, mieux vaut une solitude pesante qu’un vide meurtrier. Voilà, on apprend à cohabiter. Tu me suis dans la cuisine pour préparer mon dernier café du soir. Tu prends ta place sur le canapé et tu choisis une musique ou un film qui conviennent à mon humeur aussi instable que les actions en bourse. Et ce, pendant que j’allume mon cigare et que j’essaie de ne pas penser à la dernière femme qui a fini par se dire : Mais enfin, merde alors ! 

J’ai pris une brosse à dent pour toi, et t’ai laissé un tiroir dans mon placard pour ranger ton pyjama et tes petites affaires intimes. Je ne dors jamais au milieu du lit pour te laisser suffisamment de place à côté de moi. Je te sors des serviettes propres et par courtoisie, j’utilise la salle de bain des invités. Parce qu’une solitude digne de ce nom a le droit de prendre ses aises, tout l’espace qu’elle veut, y compris la moitié de mon lit. 

Parfois, j’ai un élan de tendresse envers toi. Je te file un bouquin à lire avant de dormir, même si cela ne faisait pas partie de tes habitudes. Tu préfères profiter de la nuit pour réveiller mes plaies et me renvoyer ma vulnérabilité à la gueule. Tu te fais le plaisir de me rappeler qu’à 40 ans, je suis seul, pas de femme, pas d’enfant pour porter mon nom. Un silence tombal à la maison. Tu veux me convaincre que le succès professionnel est le refuge des gens qui n’ont pas de cœur, des égoïstes, des solitaires et des malheureux. Bref, des gens qui passent à côté de leur vie… Peu importe, je prends ma petite dose de magnésium et j’étends tendrement mon bras le long de toi. Et je m’endors en espérant ne pas voir ta gueule en me réveillant le matin. 

Devrais-je reconnaître que souvent je me sens moins seul quand tu es là. Mais si une femme fait ou refait surface, on est forcément à trois, si ce n’est pas plus… 

Y’aurait-il quelque chose de plus malheureux que d’être distant, indifférent et froid vis-à-vis de la personne qu’on aime pourtant ? Personnellement, j’ai trop perdu en crédibilité à force que mes sentiments, ô combien sincères, soient démentis par les vagues de silence dans lesquelles je me noie. Il peut m’arriver de griller d’envie de retrouver la femme que j’aime, mais en même temps, je ne peux renoncer à ces petits moments de retrait qui s’imposent à moi et où je dois rester avec moi-même sans être dérangé ou mal compris… Voilà pourquoi, je n’aime pas les amours fusionnelles. Seule une femme intelligente de cœur peut comprendre ça !

Tu me fais le cœur à la traîne,

Tu me fais le cœur à pleurer…

Alors, il est temps que tu partes, toi aussi…Puisque c’est la saison des départs. Tu devrais partir pour me laisser voir si je peux encore reprendre goût à la vie. Histoire de m’assurer que ce n’est pas trop tard. Et que mon cœur pourrait toujours servir à quelqu’un ou à quelque chose… Je suis fatigué de toi, tu sais ! Alors, va-t’en, je t’en prie… 

Mes plaies tardent à cicatriser… L’absence les rend plus fraîches et plus profondes. Or, je ressens l’urgent besoin de vivre. L’urgent besoin d’aimer, d’être aimé, et de mourir d’aimer… le plus simplement possible. Passer le jour à attendre le charmant repas du soir. Aider l’enfant à faire ses devoirs. Lui lire sa petite histoire. Planifier suffisamment à l’avance, les vacances d’hiver et celles de l’été. Et surtout ne pas être partagé entre ma solitude concubine et ma bien aimée. 

Va porter ailleurs ta triste gueule de l’ennui. J’ai assez perdu comme ça. Ta mine de désespoir m’a jeté un sort. Ne sois plus pendu à mon cou ni collé à mon cul…

C’est fini… Va-t’en !