Nous sommes presque tous convaincus que notre pays ne connait plus de rentrée politique depuis un certain nombre d’années, peut-être depuis la fin de la fameuse expérience dite de l’alternance. Cette si belle période qui avait constitué une véritable rupture avec le passé, avait enclenché une véritable nouvelle dynamique à nulle autre pareille. 

Même à l’époque de ce que nous avions l’habitude d’appeler “les années de plomb”, paradoxalement, la notion de rentrée politique avait réellement un sens. 

En effet, malgré la répression sous toutes ses formes, la falsification quasi systématique des élections, les multiples créations de partis dits de “l’administration”, les tentatives plus ou moins réussies d’infiltration et de noyautage des partis progressistes et des syndicats ouvriers, malgré tout cela, le Maroc connaissait une pratique politique régulière pour ne pas dire permanente, avec de vrais rendez-vous périodiques liés à des échéances précises programmées souvent bien longtemps à l’avance. 

Comme dans tout pays démocratique – même si, à ce moment-là, les démocrates nationaux et étrangers s’accordaient à dire que ce qualificatif n’était pas tout-à-fait applicable au Maroc – la classe politique marocaine était constituée par de vraies organisations, qu’elles soient de droite, de centre, de gauche et même d’extrême gauche, avec de vrais leaders et dirigeants dont certains avaient un charisme reconnu et une renommée qui dépassait souvent les frontières. 

Et donc, et comme dans tout pays démocratique, après les vacances d’été, nous avions une vraie rentrée politique. Bien évidemment, il y avait la rentrée scolaire, et toutes les occupations et préoccupations qui vont avec, mais le champ politique n’était pas en reste, puisqu’il occupait une place de choix dans cette rentrée. 

Il y a avait un peu de tout. Cela allait de l’interview d’un dirigeant de l’opposition dans le journal de son parti jusqu’au grand meeting populaire d’un dirigeant de la majorité, ou vice-versa, en passant par la réunion du BP ou une conférence de presse d’un parti ou d’un autre, à la veille ou au lendemain d’une élection, normale ou truquée. Nous avions même parfois un petit scandale un peu olé olé, dévoilé par une certaine presse, qui touche tel ou tel ministre de tel ou tel ou tel parti, mais rien de bien grave. Cela faisait partie du jeu, et puis, il fallait bien annoncer que la rentrée est bien là.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui reste de tout cela ? Rien ou peu de chose.  

Tenez ! Ne sommes-nous pas à quelques jours de l’annonce d’un remaniement  gouvernemental qu’on nous prédit gigantesque et qui devrait donner le la pour une réorientation révolutionnaire de la politique dans notre pays ? Pourtant, on parle de quoi, actuellement, dans nos médias et sur les terrasses de nos cafés  ? 

Et bien de presque les mêmes et éternels sujets dits de société. Bien sûr, on commence presque toujours par parler des difficultés du lendemain des congés et des fêtes du mouton et compagnie, puis, on passe à l’augmentation des prix des inscriptions et/ou des fournitures scolaires, ensuite, du nouvel entraineur de l’équipe nationale, de la fermeture pour rénovation la énième fois du Stade d’honneur de Casablanca, des embouteillages causés, entre autres, par des chantiers qu’on commence et qu’on ne termine jamais, et, enfin, si on veut vraiment parler de politique, on pourrait aborder, par exemple, la dernière vidéo-live de Benky pour embêter son ancien copain El Othmani, ou bien, le montant du butin du dernier cambriolage dans la villa de ce haut responsable qui était naguère un homme de gauche et qu’il l’a bien mérité parce que c’était sûrement de l’argent détourné. 

Drôle de rentrée !  

Alors, que peut-on faire pour sortir de cette galère ? Peut-être attendre encore, prier et espérer. 
On ne sait jamais. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma