Par Tariq AKDIM

Introduction 

Le territoire est un construit d’acteurs. Aujourd’hui nous avons besoin plus que jamais de véritables acteurs capables de répondre aux problématiques territoriales. A la fois complexes et plurielles, mais nécessitant une prise en compte des réalités humaines ambivalentes au regard des ruptures actuelles. 

Il est tout à fait naturel de se demander dans un premier temps de quels acteurs et de quelles ruptures ? 

Une question de rupture 

Ruptures qui marquent le champ de réflexion d’un coté, et d’action d’un autre. Un besoin essentiel pour comprendre les mutations dans les territoires d’aujourd’hui pour mieux concevoir les politiques publiques à la fois suffisamment pensé dans le temps long de la démarche territoriale proprement dite et dans le temps court de la démarche sectorielle appropriée aux besoins des locaux. Il faut agir par ce qu’on appelle dans le langage des aménagistes : la synergie différentielle. C’est une question fondamentale pour répondre à cette grande interrogation qui interpelle tout type confondu d’acteurs : la convergence. 

De la convergence des actions publiques : Le grand dilemme  

Il faut noter ici la grande faiblesse de l’Etat de répondre à cette question. Il faut faire un audit des compétences en matière de décentralisation et de veiller à une réflexion par le bas des acteurs concernées par ce changement qui doit tout d’abord accompagner l’esprit des acteurs de décentralisation (élus communaux, régionaux, provinciaux) et des acteurs déconcentrés de l’Etat central. Il y a un véritable problème de communication. 

La convergence est avant tout une dynamique réflexive pour atteindre ensemble les objectifs du Nouveau Modèle de développement, elle n’est pas un objet en soi, ce qui nécessite une veille pour aboutir au même résultat, d’aller vers un but commun. 

Il est donc indispensable de veiller à comprendre les dynamiques en œuvre, à créer les ruptures paradigmatiques pour aller vers une régionalisation de l’action réflexive et non une régionalisation administrative. C’est un mouvement à deux pieds. Or, maintenant elle n’a qu’un seul. Le second est en panne. 

Une déconcentration en panne 

Actuellement, on prépare des schémas de déconcentration administrative sans aucune prise en compte des besoins en formation et de ressources à suivre. Il n’est pas question d’un simple mouvement de ressources humaines, c’est un mouvement d’esprit et de gestion du changement. 

Or, aujourd’hui l’esprit de déconcentration ne suit pas, il y a un véritable déphasage entre le texte et le contexte, entre le déjà-là et le pas-encore. Un arsenal institutionnel avancé et des réalités à peine émergent. Au contraire, la crise du Covid a renforcé la centralité des décisions pour l’Eta, nous avons vu des élus vidés de leurs sens de communication et de citoyenneté active au début et tout au long de la gestion de la pandémie. Il y a une question de texte qui reste ambigu en matière de compétences entre le désigné et l’élu. Nous sommes une petite émergence démocratique qui a encore beaucoup de mal à se relever.  

C’est une question de choix, d’arbitrage certes, mais aussi de volonté politique. 

Modèle de développement et nouvelle échelle de conscience par les communs et la marge  

Le rapport sur le modèle de développement, de par sa démarche très originale basée sur un diagnostic de proximité a proposé d’asseoir un Maroc des Régions, mais tout de même a proposé ce que j’ai appelé «  des paradoxes fondateurs » qui ne sont autres qu’un vœu de faire de la régionalisation un processus de transformation en gardant un schéma de cohérence centralisée et qui ne va pas répondre aux souffrances des régions qui souffrent encore d’un manque d’une vision par leurs acteurs. 

Or, il nous faut de la nuance et de la clarté. Chercher à créer une autorité régionale de développement pour appuyer la régionalisation est une aberration en soi, nous avons déjà créé suffisamment d’agences (AREP, SPL, Agences spécialisées, etc.) qui accompagnent cette régionalisation de l’action. 

Nous avons donc besoin de modèles régionaux qui répondent à la problématique d’un modèle de développement national et cela passera par un modèle pour la marge. Aujourd’hui, la marge ou les marges sont les faiseurs du centre, il faut s’approprier cette conception qui transcende la sociologie des acteurs qui interviennent dans le centre, il faut donner du sens à ce qui se fait dans les marges des politiques officielles de l’Etat ; inscrire cette question avec les acteurs en marge en l’occurrences le tiers-secteur. Il y a également la femme rurale, les jeunes, les enfants, les personnes à mobilité réduite et les Neet. Nous avons besoin de (re)penser le débat avec ces acteurs et donner du sens par les communs. 

Il faut rappeler que les communs peuvent permettre une véritable réappropriation des espaces publics en tenant compte des ruptures émotionnelles crées par le Covid, la fatigue généralisée des citoyens impliquent les acteurs à chercher à concevoir des territoires qui conjuguent savoir et bonheur, des terroirs qui procurent un désir d’être et un savoir-vivre commun. 

Depuis plus de deux ans que nous menons une vie de l’entre-deux, il faut aujourd’hui penser à un modèle des communs, un modèle qui appartient à une nouvelle générations déconnecté du réel et connecté à une réalité augmentée qui ne convient pas à la réalité réelle, il faut chercher du sens dans toute cette transformation numérique et penser que les territoires seront les seuls porteurs de ces ruptures.