Par Mohamed LAROUSSI

Je vais le dire d’emblée et très clairement : je ne comprends plus rien à la politique, et encore moins aux politiciens. Et pas seulement au Maroc. Ailleurs, c’est aussi anarchique – pour rester poli – sinon plus qu’ici. Quand je vois et j’entends ce qui se passe en ce moment, par exemple, en France, avec une droite qui perd tous ses repères, une gauche qui laisse tomber toutes ses références, une extrême droite qui prend toutes ses aises et une extrême gauche qui fait du sur-place, je me dis que nous sommes logés presque à la même enseigne. Bien sûr, toutes proportions et mesures gardées et toutes pratiques et règles sauvegardées. De là, à en tirer des enseignements, je suis, hélas, très mal placé pour le faire.

Je ne suis ni politologue ni expert en girouettes, mais juste un ex-militant-activiste-idéaliste reconverti en voyeur-dénigreur-pacifiste. Autrement dit, pas de quoi fouetter à un chat. Et pourtant, qu’est-ce qu’il y a comme chats à fouetter ! En fait, les chats ne m’ont rien fait. Ce sont d’autres petits malins qui n’ont rien de félin, qui m’énervent aux plus hauts points.

Avant d’être un peu plus clair dans mes propos, permettez-moi de vous faire quelques confidences. Ce sont en vérité de simples rappels car je suis un répétiteur chronique qui adore les redondances.

D’abord, il y a deux choses que je déteste en politique : la confusion idéologique et le mélange des genres.

Je vais commencer par ce que les théoriciens de la politique et leurs disciples appellent « la tactique » et qui n’est, en réalité qu’une entourloupette pour nous faire avaler la fameuse règle passe-partout : la fin justifie les moyens.

On va vous expliquer – ou pas – que l’important, c’est d’atteindre l’objectif fixé. Qu’importe les chemins rallongés ou raccourcis, qu’importe les compromis, les accommodements, les cotes mal taillées, les allégeances, les agenouillements et j’en passe et des pires, l’important c’est le résultat. (J’ai failli écrire « l’important, c’est la rose », mais il n’y a pas qu’eux, si vous voyez de qui je parle…). 

Bref, en un mot comme en mille, la tactique, c’est une grosse ficelle qui sert à nouer, et pas toujours à dénouer, toutes les formes de compromissions ou de filouteries.

C’est pour cela que je ne fais pas, ou pour être plus précis, je ne fais plus confiance à la tactique et à tous ceux et celles qui la pratiquent. Et comme vous voyez, ça rime bien. D’ailleurs, ceux et celles qui en usent, réussissent plus ou moins bien. En tout cas, beaucoup mieux que moi, mais, bon, je ne vais pas recommencer à me lamenter.

Maintenant, soyons plus clairs et plus concrets.

Ce qui m’a amené à vous parler de tout cela cette semaine, c’est parce qu’un de mes potes m’a envoyé, pour me narguer ou me faire réagir, une petite vidéo de moins de 2 minutes, où l’on voit et l’on entend le nouveau meneur du Tracteur ( je n’ai pas osé dire chauffeur pour ne pas le froisser), et qui n’est autre que le nouveau ministre nommé à l’insu de son plein gré, faire une déclaration qui vaut son pesant en tapis de prières et en chapelets. 

En fait, ce n’est pas tout à fait une déclaration, mais plutôt une réponse à un journaliste, qui joue souvent au faux timide, et qui lui avait posé une question mi-coquine mi-provocatrice, celle de savoir ce que pensait « le nouvel électron libre du gouvernement », du retour de M. Benkirane aux commandes du PJD. Et là, on a eu la réponse la plus étonnante et la plus intrigante de ce début de mandat. Si ce n’est pas une déclaration d’amour, elle lui ressemble comme deux gouttes de vin halal. 

Pour être honnête, ce n’est pas la première fois que ce maître du barreau et des amours folles et de retournements déclare son penchant pour le parti de nos barbus modérés et tempérés. Rappelez-vous, il était même prêt à signer avec lui un pacte voire un pacs pour gouverner ensemble. Mais là, on n’en est plus là, puisque notre harangueur-anti-langue-de-bois est quand même ministre dans un nouveau gouvernement qui a pris la place de celui que dirigeait justement le parti de M. Benkirane. Il y a comme de la nostalgie, plutôt mal placée. 

Si vous avez l’occasion de voir ou de revoir cette vidéo, et surtout au moment où il parle de la grande défaite qu’il dit inattendue, vous allez remarquerchez notre bonhomme un regret profond et une tristesse immense. Je suis presque sûr que si la caméra avait fait un zoom sur lui, on aurait vu une larme ou deux couler de ses yeux. 

Non, non, ça ne me fait pas rigoler. D’autant plus que je viens de lire ce matin même une info qui nous apprend que le Chef du groupe parlementaire de l’Istiqlal, un parti, jusqu’à nouvel ordre, de la majorité, aurait déclaré au Chef du gouvernement en personne, qu’il ne comptait pas « apporter un soutien inconditionnel à l’exécutif ».

Ce n’est plus de la confusion, c’est littéralement de l’embrouillement. Et ça, à mon avis, ce n’est pas très bon pour la démocratie, serait-elle encore en construction. 

En attendant un peu plus de clarté et de rigueur, je vous souhaite un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.