Une fois n’est pas coutume, cette chronique n’en sera pas réellement une. Vous n’allez rien apprendre de plus que ce que vous ne saviez déjà. La cause n’est ni un manque d’inspiration, ni une carence d’informations. Bien au contraire, il y a une sorte de saturation, un engorgement, un encombrement, et même un excès de nouvelles pas toujours bonnes, pour ne pas dire désagréables à entendre. 

Avant, plus il y avait de news, sympas ou pas, et plus j’étais aux anges. C’était pour moi du grain à moudre dont je faisais tout ce que je voulais, c’est à dire écrire n’importe quoi sur tout et sur n’importe qui. Maintenant, peut-être avec l’âge qu’il paraît que je ne parais pas, la moindre info un peu hard, un peu tordue ou juste un peu triste me met en boule, que je perds aussitôt et que je commence à bougonner et à grogner ne sachant que faire, même si je finis toujours par faire la seule chose que je pense savoir un peu faire, c’est-à-dire écrire tout ce qui me passe par la tête, à commencer par ce qui me casse la tête.

Entre nous, il y a toujours matière à écrire. Comme je le dis souvent, il suffit que j’ouvre ma fenêtre ou que je me mette à mon balcon, ou que je fasse juste quelques pas dans la rue pour voir et avoir autant de sujets que je veux pour écrire ce que je veux. Donc, comme je l’ai dit, mon problème n’est pas au niveau de l’inspiration ou de l’absence d’informations, mais plutôt de ma capacité ou pas à écrire sans me répéter, sans agacer et sans tourmenter. Je crois savoir qu’on attend de moi que je tire sur les uns pour faire rigoler les autres. Moi je veux bien. D’ailleurs, je ne fais que ça, et depuis tellement de temps, que j’ai fini par en avoir par-dessus-la tête des uns, des unes et de tous les autres. Parce que personne ne pense à ce que j’encaisse à chaque fois que j’écris un mot de travers, et je ne fais que ça, vous dis-je, depuis tout le temps. Et quand je dis « j’encaisse », vous pensez sûrement tout de suite à l’oseille, au fric, n’est-ce pas ? Eh bien moi, depuis que je délire, et même depuis que j’écris des livres, croyez-le ou pas, je n’encaisse rien, ou si peu, des clopinettes, des cacahuètes, et encore le pluriel est juste une coquetterie. Je n’encaisse rien ou presque, mais qu’est-ce que j’encaisse comme ennuis, comme tracas, comme contrariétés, sans parler de toutes ces animosités dont je ne comprends pas toujours les raisons et dont je m’en fous complètement.

Vous allez me dire puisque mes écrits ne m’apportent pas de sous mais que des soucis, pourquoi je continue d’écrire ? 

Qu’est-ce que je pourrais bien vous répondre, sinon que je suis addict à la dérision, aux coups de gueule, aux protestations, à la délation (positive), à la dénonciation (constructive), et à l’intrusion systématique dans tout ce qui ne me regarde pas, mais dès que je le vois, je m’en mêle, je m’emporte et ça m’importe. C’est comme ça. Comme je disais à des amis récemment, ce n’est pas à mon âge – que je ne paraitrais pas – que je vais changer. De plus, je n’ai aucune envie de changer, parce que si je change, autrement dit si je décide de la fermer et de ranger mes stylos et mon ordi, qu’est-ce que je pourrais bien faire, je vous le demande !

Oui, oui, je suis un cas désespéré, mais je n’ai jamais perdu espoir en l’humanité, et donc en moi. Je crois de plus en plus que même si je ne vais probablement pas voir de mon vivant les changements que je souhaite pour mon pays et pour mes compatriotes, je suis plus que certain qu’ils finiront par arriver un jour. Quand ? Je ne sais pas. Je suis un râleur, pas un devin.

En attendant, je me morfonds, je languis, je m’ennuie, peut-être même que je déprime un peu. Pourtant, il y a tellement de délires à écrire sur tellement de gens qui n’arrêtent pas de nous avilir et de nous réduire à rien alors qu’ils sont moins que rien, qu’ils sont encore plus rien que nous. C’est simple : je n’ai plus aucune envie d’écrire.
Burnout, ne cessent de me répéter mes amis. Je ne sais pas ce que c’est. Pour moi, burnout, ce n’est que du cinéma. A propos de cinéma, dans une semaine, jour pour jour, s’ouvrira la 22ème édition du Festival national du Cinéma, après une pause forcée qui a duré plus de 2 ans et demi. Je crois que depuis la création de ce beau et si nécessaire évènement, je n’en ai jamais raté une seule édition. J’ai été membre de jury plusieurs fois, j’ai animé quelques tables rondes, et j’ai participé à des dizaines de conférences et de débats organisés en marge de ces 21 dernières éditions. Eh bien sachez qu’à l’heure où je commets ces lignes creuses et amères, je n’ai toujours pas reçu mon invitation.

Vais-je la recevoir ? Je me le demande. Pourquoi, pour la première fois, ne m’inviteraient-ils pas ? Je le leur demande (même si je pense en deviner quelques raisons futiles)

Dans tous les cas, comme je ne cesse de le répéter à tous mes amis qui aimeraient bien me retrouver à Tanger, certes, je serais triste de ne pas pouvoir vivre la belle atmosphère studieuse mais si conviviale qui règne en général dans ce festival, mais je ne vais pas en mourir. Par contre, qu’est-ce que je vais me lâcher après !

Comment ? Moi arrêter d’écrire ! Mais je n’ai jamais dit ça. Ça ne va pas, non ?!? 

En attendant, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.