Par Hassan CHRAIBI 

« Aucun fou n’est fou tant que l’on se plie à ses raisons ».

Cette citation de Gabriel Garcia Marquez ne désigne pas Vladimir Poutine. Malgré le discours formaté des médias occidentaux voulant nous faire croire que la guerre qu’il a déclaré à l’Ukraine est « irrationnelle », les faits montrent que le maître du Kremlin est aussi maître de lui-même. 

Elle désigne plutôt l’Europe libre ou prétendument libre. Parce que mener une politique pour laquelle on n’a pas de moyens, est une folie criminelle envers le peuple ukrainien. Provoquer une force nucléaire sans être en mesure d’assumer la réplique à sa réaction, est un aventurisme amateur.

Les pays d’Europe ne font plus de guerres. Ils peuvent faire des opérations punitives contre des pays plus faibles qu’eux, comme ils ont fait en Libye ou au Mali ; ou se cacher derrière l’oncle Sam dans des guerres en Afghanistan ou en Irak (sans succès  d’ailleurs). Mais faire une guerre, même défensive, contre un ennemi à force égale, l’Europe se trouve paralysée.

Ainsi, après avoir soufflé à l’Ukraine une position risquée de demande d’accès à l’OTAN, l’Europe choisit aujourd’hui de suivre les événements en spectatrice énervée davantage par son impuissance que par le sort des ukrainiens. L’Europe de la consommation, du risque zéro, du règne du capital, est une Europe dont la lâcheté n’est égalée que par son hypocrisie. Alors, l’Europe s’acharne à coup de sanctions économiques qui se sont déjà montrées inefficaces contre l’Iran, le Mali et la Syrie (tous pauvres) … alors que dire de leurs effets dans un pays bien plus riche et (surtout) dont dépend sa sécurité énergétique. 

Et c’est là qu’existe un quiproquo entre les dirigeants européens et des peuples de pays comme la Russie. L’union européenne pense que les autres peuples du monde sont tous comme ses peuples, qu’ils ne s’intéressent qu’à leur situations économiques. Il se trouve que c’est loin d’etre le cas … que les termes « fierté nationale » et « patriotisme », signifie encore quelque chose pour des peuples qui se sont sentis humiliés par la dernière décennie du 20ème siècle et son processus de fin de la guerre froide. 

En face, l’Europe est une grande foire, un concert de pays sans identité commune, sans langue commune,  sans diplomatie commune, sans armée commune, sans dignité commune et qui n’est finalement qu’un marché. C’est un ensemble de pays vassaux des États-Unis qui ne constituent même plus la priorité de la première puissance mondiale.

Ils ne sont pas en mesure de financer entièrement leur défense dans le cadre de l’Otan. Plus de 70 ans après la création de cette dernière, ce sont toujours les États-Unis qui se chargent de l’essentiel de ses dépenses. Ce qui n’avait pas manqué d’irriter D. Trump au début de son mandat, ce qu’il a exprimé ouvertement à tous les dirigeants européens de l’OTAN. 

D’ailleurs, l’Oncle Sam regarde du côté du pacifique, s’inquiète davantage du sort de Taïwan et de la puissance de la Chine. Quant à L’Europe, c’est juste un musée à ciel ouvert qui rappelle des souvenirs d’histoire qui ont de moins en moins d’intérêt pour les Américains, tout comme les autres alliés Canadiens, Australiens, Turcs et … Britanniques. Oui, les Britanniques eux ont compris. 

La pauvre Ukraine l’apprend aujourd’hui à ses grands dépens. Elle s’est faite manipuler par une bande de dirigeants européens prétentieux et incapables.

Les pouvoirs des dirigeants européens sont menacées et affaiblis, de manière concomitante, par la domination d’une technocratie non démocratique  qui gouverne la commission européenne de Bruxelles et par la menace des nationalismes renaissants et réactionnaires. 

Et le Maroc dans tout ça ? Est ce que l’Europe est son partenaire économique ? oui, certainement … Est ce que l’Europe est son alliée ? Non! L’Europe n’est l’alliée de personne, même pas d’elle-même. Ceux qui en doutent n’ont qu’à se souvenir de la manière avec laquelle l’Italie s’était retrouvée lâchée par les pays membres de l’UE face à la COVID-19.

Cela rend les accords d’Abraham encore plus stratégiques pour notre pays. C’est aux côtés de pays encore viriles que le Maroc peut sauvegarder et promouvoir ses intérêts stratégiques. L’Europe quant à elle n’est pas crédible. Nous devons plus que jamais et rapidement s’en affranchir.