Par Mohamed Laroussi

Dans cette chronique, comme partout ailleurs d’ailleurs, j’ai toujours eu l’habitude de critiquer les situations, les faits, les actions, les inactions qui sont, à mon avis, les plus critiquables et qui doivent, toujours à mon avis, être critiqués, et de taper sur tous les gens qui, à mon sens, le méritent, et qui sont souvent, voire toujours, les premiers responsables de tout ce qui est critiquable. 

Si je fais tout cela, ce n’est pas pour je ne sais quel plaisir caché, comme, par exemple, celui d’assouvir je ne sais quel désir de régler des comptes avec je ne sais quel adversaire, ni pour obéir à je ne sais quel agenda de je ne sais quel pays ennemi fictif ou réel. 

Non, je fais tout cela parce que je suis et j’ai toujours été comme cela. 

Il y a des observateurs silencieux qui regardent de loin et font toujours comme s’ils n’ont rien vu; il y a des sages qui ne disent rien, mais qui n’en penseraient pas moins; il y a des prudents qui réfléchissent longtemps avant de parler, et qui réfléchissent tellement longtemps qu’ils finissent par renoncer définitivement à parler. Il y a aussi ceux qui voient tout, qui comprennent tout, qui savent tout ce qui est mal fait, et qui l’a mal fait, mais qui, par lâcheté, par intérêt, par opportunisme tactique ou par mimétisme stratégique, vont préférer rester à l’écart avec un vague et bien hypothétique espoir qu’on les appelle un jour de là-haut et qu’on les sorte de leur bassesse sociale, matérielle, financière, ou de leur bassesse tout court.

Et enfin, il y a ceux, de plus en plus nombreux, qui passent le plus clair de leur temps à vouloir ne voir que le “bon côté des choses”, le fameux verre à moitié plein – même s’il est carrément vide – qui ne remarquent que “les innombrables réalisations”, “les immenses performances”, les “grandes décisions”, “les gigantesques initiatives”, en n’oubliant surtout pas de couvrir d’éloges et de louanges les auteurs présumés de toutes ces “incommensurables et incomparables actes de bravoure”, tout en profitant au passage pour dénoncer, d’une manière à peine dissimulée, tous ceux qui ne voient pas tout cela, ou qui, à leurs yeux, ne les apprécient pas à leur juste mesure. 

Voyez-vous, chez nous, il y a un peu de tout. 

Eh bien, moi, je suis comme j’ai toujours été, et j’aimerais le rester jusqu’à la fin de mes jours : un râleur chronique, un dénonciateur systématique, un critique automatique, un rageur invétéré, bref, comme le disent souvent certains de mes amis et de mes proches, je suis un vrai taré. Parce que pour eux, il faut être fou pour ne pas faire comme les autres, pour ne pas savoir se taire comme les autres, pour ne pas dire, comme les autres, qu’il fait beau même quand il fait gris, que tout va bien même quand presque tout va mal; il faut être dingue pour ne pas applaudir à tout rompre même les trucs les plus futiles et de ne pas hurler avec les loups et ne pas bêler avec les béliers; il faut être détraqué pour ne pas savoir sentir par où va tourner le vent pour ne pas être à contre-courant et de ne pas apprendre par coeur les discours officiels pour pouvoir en répéter, partout et à toutes les occasions, tous les mots, même les plus creux, les plus clichés et les plus niais; et enfin, il faut être vraiment maboul pour ne pas comprendre que les résistants et les opposants sont tous morts en laissant une descendance souvent plus bas que terre, alors que les collabos et similaires, eux, ont survécu et vivent pour la plupart comme des nababs …

Bien entendu, ce n’est pas moi qui dit tout cela, mais c’est à moi que certains de mes amis et proches le disent et ne cessent encore de le dire. Mais, moi, parce que je suis, justement, un peu fou, je ne les écoute pas, et je continue dans mes délires et dans mes folies. 

A vrai dire, je ne suis pas si fou que cela, ne serait-ce que parce que je ne me focalise pas que sur cela. Contrairement à ce ce qu’on pourrait croire, je ne fais pas de fixation sur les méfaits et sur les bêtises, ni encore moins sur ceux qui les font. Si je le faisais, cela ferait longtemps que je serai devenu réellement fou. Non, non. Je fais de la résistance, certes, notamment à la bêtise, à la médiocrité, à la lâcheté, à la bassesse, mais, en parallèle, je vis ma vie, comme je l’entends, comme je le sens, comme j’en ai envie, comme je l’aime, auprès des gens que j’aime et qui m’aiment, loin de tous les brouhahas des ovateurs, de tous les youyous des applaudisseurs, et des toutes les délations des indicateurs. 

Et puis, comme disait l’autre, personne n’a le monopole du coeur, et d’ailleurs personne n’a non plus le monopole du patriotisme. Après tout le Maroc appartient à tous ceux qui l’aiment, parce que c’est le pays de leur naissance et de leur ascendance, et qu’ils n’ont pas besoin de le répéter 5 fois par jour comme une prière obligatoire, et n’appartient pas uniquement à ceux qui crient leur prétendu amour sur tous les toits jusqu’à en perdre parfois la voix. 

Voilà. C’est dit.
En attendant je ne sais pas quoi au juste, je vous souhaite un très bon week-end et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma