Maintenant que tout est fini, j’ai l’impression d’être passé à côté d’un grand amour. Et j’ai l’air comme ça, d’un con. Parce qu’une femme comme toi, on l’aime tout simplement, et on ne la laisse pas partir. Moi, je t’ai aimé et, pour retrouver je ne sais quelle liberté, je t’ai fait partir. Je t’ai laissé prendre un chemin qui va t’égarer et où tu es déjà perdue.

Les histoires à durée déterminée me conviennent. Tout comme les courts métrages, le plaisir est intense et elles ne me font pas perdre mon temps. Je ne suis pas forcément quelqu’un de « courtermiste » mais je me surprends à penser qu’à long terme, on sera tous mort et que rien ne justifie le fait de passer sa vie, toute sa vie, avec une seule personne. Le même visage. Le même corps. Les mêmes problèmes. Le même délire… Trop ennuyeux ? Non, pire, affreux ! 

Les amourettes, ça m’amuse. C’est souvent une affaire de deux jours, deux semaines, deux mois… Et puis, je suis rattrapé par la solitude. Je me retourne à moi-même et me retrouve à chercher tes traces dans le vide que tu as laissé derrière toi. Je dessine tes lèvres sur le plafond, et je m’amuse à répéter ton nom comme si tu étais encore là. 

Faut-il avouer que nous avons toujours envie de charmer pour séduire l’autre. La séduction n’est pas un fusil de chasse, mais une arme de conquête. On s’en sert pour ne pas oublier que notre vocation dans la vie, ce n’est pas de se lever le matin pour aller travailler et rentrer le soir à la maison pour regarder des matchs du Barça. Séduire, c’est le moyen plus humain d’aller vers l’autre. Mais au fond, quoi de plus triste que de se laisser vivre des rencontres dont on ne garde aucun souvenir ! Des prénoms dont on ne se rappelle pas. Des soirées dont on sort avec la gueule de bois ! Triste, vraiment…

Ai-je tué notre amour ?

Je plaide coupable. Plus je t’aimais, plus je ressentais le besoin de m’affranchir de toi. Parce que c’était beau, à couper le souffle. Parce que j’avais peur que ton amour ne me tue, à grands coups de bonheur et de rêves. Parce qu’on se comprenait sans dire mot. Je l’ai tué. Je voulais tellement être conforté dans mes déceptions, que je ne pouvais tolérer un tel amour, une telle exception.  Et là, j’ai l’air comme ça, comme un moins que rien. Quelqu’un qui s’est tiré une balle dans le cœur, et une autre dans le crâne.

Je croyais que la liberté était plus importante que l’amour et que les deux n’étaient pas faits pour cohabiter. Te souviendrais-tu des toutes ces discussions philosophiques où tu refusais de faire la distinction entre liberté et infidélité ? Tu croyais que la liberté était une démarche de trahison. Je m’évertuais vainement à te convaincre qu’un homme peut être libre et de bonnes mœurs. Un homme qui fait la part des choses et qui ne tire pas sur tout ce qui bouge. Tu ne voulais rien savoir.  J’ai donc pris la liberté de casser notre chaîne, de briser ton cœur, et le mien par la même occasion.  

Maintenant je l’ai, cette liberté. Et je me rends compte qu’elle ne me sert qu’à te regretter. C’est trop tard de se le dire, mais les frissons d’amour sont absolument plus agréables que la grande sensation de liberté. Les chuchotements du soir sont incontestablement plus attendrissants que les plus grands discours sur la liberté. Il faut avoir encaissé beaucoup de peine pour comprendre que, poussée plus loin, la liberté peut se transformer en souffrance. Et poussée à l’extrême, la liberté peut devenir une sorte de suicide. 

Bref, si c’était à refaire, je ferais de toi ma seule liberté. Celle qui en vaut la peine d’être vécue. 

Mais j’ai tué l’amour. Et tant pis si j’en crève !