Par Hicham Serghini

Le terrorisme s’explique mais ne se justifie pas. Rien ne saurait justifier le fait qu’un individu décide de donner la mort à un autre individu ou de porter atteinte à son intégrité physique. Rien de saurait justifier cette peur qui nous est infligée par des individus, agissant aussi bien en loups solitaires qu’en cellules terroristes, au nom d’une religion qu’ils ne connaissent même pas.

Je suis musulman et mon Islam m’interdit de faire du mal à l’autre. Mon Dieu, Allah – dans l’amour duquel j’ai été élevé – m’interdit de détourner sa Parole et d’en faire une idéologie de haine ou une stratégie de guerre. Selon ma religion, je ne peux être un vrai musulman que dans la mesure précise où je crois aux autres religions, aux autres livres et aux prophètes qui les portaient. Autrement dit, si l’on est musulman, c’est qu’on est aussi juif et chrétien. C’est ça l’Islam!

Mais si Dieu a voulu que l’Islam soit une religion, les intégristes en font une idéologie. Quoi de plus malhonnête que de détourner la volonté de Dieu?!

Ce détournement engendre de la violence un peu partout dans le monde, et les musulmans en sont les premières victimes. Faut-il rappeler que plus de 80% des victimes du terrorisme sont de confession musulmane! Alors, pour quelle raison les musulmans du monde et ceux de France en particulier, devraient-ils s’en sentir coupables et répondre d’une idéologie meurtrière qui n’a rien à voir avec leur religion et valeurs?

Que ce soit en Terre d’islam ou en Occident, aucun pays n’est à l’abri du terrorisme. Car il s’agit d’un phénomène transnational qui met toute l’humanité derrière une ligne rouge. On est systématiquement derrière cette ligne dès lors qu’on ne prête pas allégeance à Bargdadi de Daech ou Dawahiri d’Al Qaida. Et c’est la raison pour laquelle, la lutte contre le terrorisme doit être, à mon sens, une question internationale de haute urgence.

L’approche à adopter devrait s’appuyer sur deux piliers majeurs, à savoir la sécurité préventive et l’enseignement. Sans plus, et sans moins!

Pour le premier pilier, l’exemple marocain est à modéliser et dupliquer à l’internationale. Agissant en amont, les services marocains de sécurité parviennent à démanteler des cellules dormantes et à traquer des loups solitaires avant tout passage à l’acte. On ne laisse pas des « fichés S » se pavaner dans les villes et recruter tranquillement des candidats au terrorisme.

Concernant l’enseignement, l’école doit apprendre aux enfants le respect des croyances, la liberté de conscience et le vivre ensemble. Les religions doivent être enseignées comme des systèmes de valeurs qui se complètent, des chemins qui mènent tous au même endroit: l’humanité. Dans une classe d’école, le seul message à transmettre est le suivant: Dieu est Un et vous demande de vous aimer les uns les autres!

Il est d’une évidence limpide que la foi soit quelque chose d’absolument sacré. Et par définition, le sacré échappe complètement au domaine de la rationalité voire même de la Loi. Tout ce que la loi peut faire en matière de croyances, c’est d’en protéger la pratique et de garantir la liberté de conscience pour tous les citoyens. Faut-il dire que la moquerie, la satire et l’humour extrême peuvent par moments être perçus comme un acte de violence morale à l’encontre des « croyants ».

Il est des pays du monde où la population croit aux animaux comme incarnation de la divinité. De quel droit peut-on s’en moquer?

Plus qu’une question de respect, la pénalisation des outrages à la religion est d’abord une question de sécurité…

Dans plusieurs pays du monde, le blasphème et les insultes aux religions sont considérés comme un crime. Je renvoie ici vers un article du NouvelObs dont on constate clairement que les lois pénales de presque tous les pays d’Europe répriment les actes d’outrage à la religion. Pourtant, ce sont tous des pays auxquels personne ne peut donner des leçons de démocratie et où la liberté est la seule chose sur laquelle on ne transige pas!

Certes, l’interdiction du blasphème ne règlera pas le problème du terrorisme. Mais les terroristes devront se chercher un autre alibi. Ceci étant dit, lorsque l’exercice du droit au blasphème entraine systématiquement l’écoulement de sang, il est légitime de se poser la question sur la responsabilité de l’Etat de faire en sorte que la sang cesse de couler quitte à interdire les outrages aux religions par le biais de la presse ou de la caricature.

Encore une fois, le terrorisme ne se justifie pas. Et la liberté d’expression n’est pas négociable. Toutefois, le prix payé en terme de vies humaines pour cette « liberté d’expression » est juste énorme. Les terroristes s’en foutent du prophète Mohamed, beaucoup plus que les dessinateurs de Charlie, mais la mise en caricature, leur donne un alibi. Cette façon de s’exprimer ne fait que les conforter dans leurs perspectives du mal dans le monde!

Il faut savoir raison garder… Lorsque la signature de caricatures se transforme en signature d’arrêtés de mort, là l’Etat doit réfléchir…

Mais en attendant, je suis solidaire des français et triste de ce qui se passe en France, cette grande patrie des droits et des libertés et où les musulmans demeurent, malgré ces histoire de caricatures, respectés et protégés par l’Etat et par les lois de la République.