Par Mohamed LAROUSSI


Depuis que j’étais enfant, j’ai toujours entendu dire et raconter que « makaynch b7al l’maghrib ». Traduction : « Plus beau que le Maroc, y a pas ! ». De cela, je ne pouvais pas douter une seule seconde, d’autant plus que tout le monde me répétait à satiété que beaucoup de pays, en particulier ceux qui ne sont pas loins de nous, jalousent le nôtre au point de vouloir carrément nous le prendre. Les arguments coulaient à flots, les uns plus convaincants que les autres : la beauté des paysages, le soleil, la générosité de notre peuple, nos mers, nos océans, nos montagnes, notre patrimoine, ou zide ou zide … Il y avait aussi cet argument imparable : l’ancienneté. 12 siècles d’existence ! Qui dit mieux ? Qui dit ancienneté, dit expérience, et qui dit expérience dit… Je ne sais pas. 

A vrai dire je n’ai jamais été très convaincu que l’âge ou l’ancienneté étaient systématiquement synonymes de sagesse et d’efficacité. Et encore moins de compétence et de performance. On peut cumuler des dizaines d’années voire de siècles de vide et de néant, de fumisterie, de suffisance, de misère, surtout intellectuelle… 

Je parle bien sûr des pays en général, pas forcément du nôtre. En tout cas, à force d’entendre cette histoire de « y a pas plus beau que le Maroc », j’avais fini par en être moi-même convaincu jusqu’au jour où je suis parti ailleurs. J’étais encore très jeune, certes, mais j’étais déjà assez capable de voir que notre pays a beau être très beau, il y avait quand même d’autres pays qui étaient pas mal non plus et avaient aussi pas mal d’attraits. Pour être honnête, certains avaient des attraits dont on n’avait pas le quart du tiers. Et plus je grandissais, plus je continuais d’aimer mon pays, mais également plus j’avais l’occasion d’en découvrir d’autres aussi bien dans notre continent que dans d’autres, et donc des pays de cultures très différentes et de niveaux de développement et de vie très divers. 

Et puis, plus j’avançais dans l’âge, et plus je voyageais, j’apprenais, je lisais, je m’instruisais, je découvrais, et plus… je n’étais plus sûr de grand-chose. Je crois que c’est Oscar Wilde qui disait : « Lesjeunes savent tout, les vieux croient à tout, et les gens d’âge mûr mettent tout en doute ».

Quant à moi, dès que je jette un regard sur ma date de naissance, je sens que j’ai atteint l’âge mûr.

Je ne suis plus jeune parce que je ne sais pas tout, je ne suis pas encore vieux parce que je ne crois pas à tout, et donc, qu’est-ce qui reste ? Le doute.Le doute ouvert. Le doute argumentaire. Le doute salutaire. Et depuis, je ne fais que douter. De tout et tout le temps. Jusqu’au moment où l’on me donne des arguments solides et convaincants ou bien que je les cherche et que je les trouve moi-même. C’est simple : je suis devenu un incroyant chronique. Pour moi, quand on se contente de la seule croyance on reste très proche de l’ignorance. Alors, pour m’en éloigner, je lis, je regarde, je demande, je m’instruis, j’écoute et… je voyage. Le voyage forme la jeunesse, disait-on, mais il forme aussi les moins jeunes, « les gens d’âge mûr »comme moi. 

Je disais donc que j‘ai beaucoup voyagé, sûrement pas autant que je le souhaitais, mais j’ai toujours essayé de profiter du mieux que je pouvais de ces éloignements épisodiques et volontaires pour mieux comparer mon pays avec les autres pays. Et à chaque fois, j’ouvre bien mes yeux pour bien voir et pour ne pas juger trop vite. Et à chaque fois, en fonction du pays ou du continent que je visite, j’en conclue soit que nous sommes dépassés par tel ou tel pays – et je trouve très vite les arguments pour justifier mon jugement et le légitimer – soit que le Maroc est beaucoup plus en avance – si, si, ça arrive – et là, je ne vous cache pas, j’en ressens une certaine fierté.

Jusque-là, j’y trouvais un certain équilibre. « 7ssan mane ch oua kraf mane chi »(Moins bien que certains et mieux que d’autres), ce slogan bien de chez nous est probablement la meilleure manière de continuer de faire du sur place. 
J’en viens au sujet de ma chronique de cette semaine. 

Je viens d’effectuer un voyage court, mais intense dans un pays que je ne connaissais pas, dont j’entendais beaucoup parler, et que j’avais vraiment envie de visiter : la Turquie. C’était un voyage merveilleux. Merci qui ? Merci d’abord et avant tout à Macron, oui, toi qui, à force de nous considérer tous et toutes comme des pestiférés, tu nous a non seulement donné l’occasion de découvrir un pays exceptionnel, mais surtout tu nous a permis d’y dépenser, et avec grand plaisir en plus, tout l’argent que nous avions emporté avec nous, et nous n’étions pas les seuls. Je crois que ce sont des centaines, des milliers ou des centaines de milliers de voyageurs marocains qui y vont et qui y reviennent tout le temps. Continue de nous refuser ton visa de pacotille, on n’en veut plus ! Et tant pis pour ton économie qui bat de plus en plus de l’aile et tant pis pour toi qui bas de plus en plus en retraite ! 

La Turquie. Je pourrais vous en parler pendant des heures. J’ai même envie d’organiser un voyage pour écrire un livre sur la Turquie, sur le Maroc, ou sur tout autre sujet. C’est un pays tellement inspirant, où l’on respire un air pur et vivifiant. C’est un pays qui rassemble dans un seul et bel ensemble complet et équilibré tout ce que les autres pays possèdent par bribes ou par parties. 

Si je devais résumer en quelques mots ce que j’ai pu voir et ressentir durant ces quelques jours, je dirais que la Turquie c’est d’abord tout ce quel’Occident a de bon, comme le modernisme, la modernité, l’efficacité, la rigueur, la propreté, le développement social, les libertés, le sens de la tolérance, l’esprit de performance, et toutes les autres valeurs et tous les autres principes qui font du monde occidental ce qu’il est aujourd’hui ; et on y trouve en même temps cette âme orientale, avec sa chaleur de vivre, son romantisme, sa poésie, sa richesse culturelle, sa diversité cultuelle, sans oublier sa générosité et son hospitalité. 

Je n’ai pu visiter que la magnifique ville Istambul et la très belle région montagneuse de Sapanca située à quelques 150 kms, sans oublier une visite studieuse aux Iles des Princesses. C’est très insuffisant, mais assez pour me faire une idée. En fait, ce qui saute aux yeux en premier lieu de tout voyageur à la fois curieux et critique comme moi, c’est que la Turquie est… comment dire… un peu l’antithèse du Maroc.

Je vais le dire très franchement : oui, c’est vrai que notre pays a fait des pas de géant, notamment dans les belles infrastructures routières, autoroutières et autres, mais il nous manque toujours l’essentiel : la cohérence. Le meilleur ou le pire des exemples c’est cette cohabitation qui semble presque génétique du beau et du laid, du rationnel et de l’irrationnel, du moderne et de l‘archaïque, du moral et de l’immoral, de l’honnêteté et de la filouterie, et la liste est encore très longue.

Suite à ce voyage, j’ai compris au moins une vérité : toutes les mauvaises choses que nos pouvoirs publics laissent faire et les élus nous demandent de fermer les yeux dessus pour des raisons prétendument sociales, alors que c’est surtout parce que, eux, ça les arrange que cela reste ainsi, en Turquie,ils ont le courage politique, eux, de les prendre à bras le corps, de les éliminer après leur avoir trouvé les solutions idoines. 

Plus beau que le Maroc, y a pas ? Si, si, il y a mieux. Et qu’on arrête de nous prendre pour des abrutis et de nous mentir ! 

En attendant, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.