Par Najib BENSBIA

Il y a quelque chose de malsain, un air de fascisation du comportement et de faits qui s’installent crescendo, au rythme de la variation de ce virus qui a envie de rester parmi nous pour un autre temps long encore. Au lieu de sa faire une raison et de prendre les choses de la vie de leur côté le plus simple – s’organiser pour cohabiter pacifiquement avec cette chose dite covid – les politiques s’entêtent à prendre les décisions qui fâchent et à dicter les comportements robotiques que la raison honnit.

On navigue désormais à vue à coup de fermeture d’espaces, tous les espaces, d’obligation par-ci (pass, qu’il soit sanitaire ou vaccinal), d’impératifs par-là (obligation de vaccination) alors même que tous les vaccins mis en circulation n’ont qu’une durée d’immunisation limitée dans le temps (5 à 6 mois au maximum) comme le soulignent toutes les études scientifiques (*) menées et les observations dans la vie réelle. Pourtant, le temps politique a une telle envie de rester dominant qu’il s’en va-t’en guerre contre tout, et surtout contre le bon sens.

En concentrant ces lignes sur la Suisse (aujourd’hui du moins), il est de bon aloi de souligner que ce pays vit au rythme d’une schizophrénie ambiante sous l’impact du covid et des prétextes qui vont avec. Une sorte de dédoublement de la personnalité qui en dit long sur les transformations de fond que subissent les pays européens depuis quelques années, et particulièrement ceux qui se sont laissés embarqués dans le cycle infernal de la remise en cause de toutes nos certitudes.

Parmi ces décisions aussi provocatrices qu’insolentes, on citera ici le cas de cette règle dite des «2G» inventée par les Suisses d’Etat, une anomalie qui exclue une frange de sa population de la vie en public. Certes, cette décision est déjà fustigée, au centre comme à gauche dans le pays, mais l’important n’est pas-là. La cerise n’est même pas sur le gâteau, parce que celui-ci est immangeable.

En effet, l’un des pays les plus démocratiques d’Europe vient de prendre deux initiatives qui sont tout autant contradictoires dans leur essence que se télescopant de par leur finalité dans le temps et l’espace.

D’un côté, la Suisse a lancé, ce lundi 6 décembre 2021 sous l’impulsion du Conseil fédéral, ce que les médias ont eu le flair de nommer la  »2 G » (geimpft ou genesen – vacciné ou guéri), une décision mettant au ban de la citoyenneté disciplinée tous ceux qui ne se seront pas, pour une raison ou une autre, fait vacciner. De l’autre côté, une plateforme  »incitative » est mise en ligne par la Commission fédérale contre le racisme, opérationnelle depuis mardi 30 novembre 2021, dont l’objectif est de signaler les discours haineux sur le web. Bien sûr, autant celle-ci est louable, autant la première pèche par différents excès, dont l’un est condamnable : l’exclusion d’un pan de la société de la vie normale.

La première décision, impose de «restreindre l’accès aux seules personnes vaccinées et guéries », excluant de fait les non-vaccinés de tous les établissements publics et de tous les événements se déroulant à l’intérieur ou en plein air. La deuxième décision, animée par le Département fédéral de l’intérieur, incite les Suisses a dénoncer les contenus racistes publiés sur le net, dans une sorte de délation réciproque, laquelle dénonciation pourra être désormais faite en ligne sur une plateforme dédiée (www.reportonlineracism.ch).

Deux décisions aux antipodes l’une de l’autre, qui dénotent d’une certaine schizophrénie qui a empoigné les décideurs publics un peu partout dans le monde, tant l’impact de la pandémie coronarienne fait-faire à l’Humanité la chose et son contraire, sans tenir-compte des dégâts que cela risque d’entraîner sur le court et moyen termes.

Sans revenir sur les débats et la polémique que la décision entrée en vigueur ce lundi en Suisse a déjà entraînés, il semble évident de conclure que la panique est encore de retour dans le monde des affaires politiques, comme ce fut le cas au début de l’épidémie les premiers mois de 2020. Aux limitations drastiques de la liberté, l’Univers des Hommes est en proie à la division et à la dislocation du sentiment de citoyenneté face à des décisions dites publiques qui sont pour le moins abusives, sinon arbitraires et n’étant pas le reflet du catastrophisme objectif dont on prend prétexte. Car, ne serait-il pas exagéré d’institutionnaliser une différenciation de castes entre les  »bons » et les  »mauvais » citoyens, les disciplinés et les indésirables, les premiers étant ceux vaccinés et les autres constitués de cette caste  »marginale » qui refuse de suivre le mouvement, considérant que se faire vacciner relève de leur droit naturel que nul, et encore moins l’Etat, ne pourrait leur disputer.

D’ailleurs, sous le feu de la panique apparente, ou du prétexte qui en souffle l’idée, rendre la vaccination obligatoire est un retour en arrière sur un principe fondamental qui a gouverné les relations autorité publique/gouvernés dans le monde démocratique depuis des lustres, la sacro-sainte liberté et son corollaire, le libre arbitre. Or, si ces principes de base sont étiolés ou mis à la marge, c’est tout le système qui est mis en branle, voire fondamentalement jeté aux orties de l’Histoire. Il devrait pourtant être clair que l’Humanité est partie pour côtoyer ce virus pour longtemps encore. Pourquoi alors s’évertuer, en fait se hasarder à lézarder ce qui constitue le ciment de la société démocratique, la liberté et la circulation mesurée des humains et de leurs biens ?

Si l’histoire universelle nous a appris quelque chose, celle de s’instruire des erreurs du passé prémunit contre la tentation de refaire la même chose. A-t-on vite oublié que la deuxième guerre mondiale, avec son lot de morts et destruction massive, est le fait de relents autoritaires/totalitaires qui ont mené au pouvoir des hommes mus par une seule passion : détruire la vie et avilir la condition humaine. Et, au rythme qui ponctue les décisions des  »responsables » publics, loin de servir de modèle de gouvernance, les actes d’Etat mènent les pays concernés à la dérive et au triomphe des idées exclusives, comme celles qui font candidature en France, en Suisse, en Belgique, en Espagne, en Allemagne… Le résultat de cette tendance est connu : les années 1930-45.


Gare au retour de l’Histoire, l’effet boomerang est là, juste à vue d’œil !

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(*) Notamment :

1- Waning Immune Humoral Response to BNT162b2 Covid-19 Vaccine over 6 Months publiée par  »The New England Journal Of Medicine » in www.nejm.org/doi/full/10.1056/nejmoa2114583

2- SARS-CoV-2 vaccine protection and deaths among US veterans during 2021 publié par  »Science » in Science www.science.org/doi/10.1126/science.abm0620