Par Mohamed LAROUSSI

Ça fait très longtemps que j’ai envie de parler de certains antagonismes flagrants qui persistent dans notre pays et qui minent l’avancement de notre société. Parmi ces antagonismes, il y a cette cohabitation quasi permanente d’un certain modernisme et d’un archaïsme certain, en même temps et dans les mêmes lieux. 

Je vais vous donner un exemple que je viens de vivre seulement hier. 
Invité avec un ami à un colloque international important qui va se tenir à partir d’aujourd’hui à Marrakech, nous avons pris le train à Casablanca. Départ à l’heure, donc un premier bon point. Après un voyage de 2h30 – exactement la durée prévue – nous sommes arrivés à la ville ocre pile-poil à l’heure signalée sur notre billet. 

Comme chacun sait, la Gare de Marrakech est magnifique. Elle serait même une des plus belles au monde. L’atmosphère y est chaleureuse et l’air très frais. 

Mais dès que nous avons mis les pieds dehors, et avant même que la chaleur, habituelle un jour d’été dans cette ville ne nous touche, nous avons été littéralement assaillis par une meute de chauffeurs de taxis, et par des particuliers avec des voitures particulières – des « auto-entrepreneurs » – qu’on nomme un peu crûment « des voleurs de places ». 

Ces individus sont pointés là, et se lancent vers vous pour vous offrir leur service, mais à condition que votre destination corresponde exactement à la leur, c’est-à-dire, celle qui les arrange le plus. Si c’est le cas, ils vont vous proposer un prix, souvent bien au-dessus de la normale, à prendre ou à laisser. Comme il est quasiment impossible de trouver à la sortie de la gare un taxi « normal », « libre », qui s’arrête quand vous lui faites signe, qui va vous emmener où bon vous semble, et vous faire payer le prix exactement ce qu’il sera affiché sur le compteur, vous n’avez pas d’autre solution que de subir ce diktat, de payer ce que ces racketteurs vous exigent de casquer, sinon, vous risquez de poiroter pendant longtemps sur place, alors que vous avez sans doute mieux à faire. 

Bien sûr que je ne viens pas de découvrir ce phénomène, bien sûr que je le connaissais déjà, et bien sûr que je sais qu’il existe un peu partout, que ce soit à Casablanca, Rabat, Fès, et même à Tanger. Je dis « même à Tanger », parce que vous n’êtes pas sans savoir que depuis déjà 4 ou 5 ans, nous avons le célèbre LGV, ce bijou que notre trésor a payé à prix d’or, mais dont presque plus personne ne dit du mal car sa vitesse et son confort sont arrivés à convaincre les plus pointilleux des écolos et les plus grincheux des défenseurs des deniers publics. 

Là aussi, quand vous arrivez à la très belle gare de Tanger, après un voyage qui ne dure pas, si vous partez de Casablanca, plus de 2h10, et si vous avez embarqué de Kénitra, pas plus de 50 minutes, et que vous espérez trouver, à la sortie, un taxi « normal » que vous allez payer « normalement », vous risquez d’attendre autant de temps qu’il vous aura fallu pour arriver dans cette ville. 

Je disais donc que cette situation dure depuis toujours, mais ce n’est pas une raison pour l’accepter, comme si c’était une fatalité. Je ne sais pas pourquoi ni les autorités, je parle de la force publique qui a les moyens de contrôler et de punir, au nom du droit et de la loi, ni les collectivités locales qui ont tout intérêt à ce que les administré(e)s, mais aussi les touristes nationaux ou étrangers qui viennent visiter leur ville, je ne sais donc pourquoi ces gens-là n’usent pas de leur pouvoir pour mettre enfin fin à cette aberration insupportable qui n’a que trop duré. 

Cette méprise et ce dérèglement existent également pour le problème de stationnement, notamment, à Marrakech, depuis des décennies. 
J’ai l’impression que dès que l’État et ses partenaires se sentent dépassés par la puissance de certains lobbys, voire de certaines maffias, ils commencent par fermer les yeux, ensuite laissent faire, et enfin deviennent, objectivement, des complices, de ces malfaiteurs et de ces voyous. 

On pourrait me dire que ce serait juste de pauvres bougres qui chercheraient à arrondir leur fin de mois, et je leur rétorquerai que les temps sont durs pour tout le monde et que l’État et ses alliés élus – ou mal élus – ont le devoir de protéger les citoyens et les citoyennes de ces comportements inacceptables. 

Dans tous les cas, si de tels comportement continuent de la sorte, la notion de «l’État de droit » dont nos responsables n’arrêtent pas de se targuer et l’image de modernité qu’ils se donnent un mal fou à communiquer, seront sérieusement mises à mal.

Voilà. Comme disent souvent certains prosélytistes : « Mon Dieu, j’ai transmis ».

En attendant un bien hypothétique changement, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.