Par Mohamed LAROUSSI

On n’a pas besoin d’être un bon historien ni un éminent sociologue pour dire qu’entre nous – le Maroc, les Marocains, les Marocaines – et eux – la France, les Français, les Françaises – les relations ont toujours été aigres-douces. D’ailleurs le goût aigre-doux fait partie de notre culture commune, et pas seulement culinaire. 

Comme vous avez vu, j’ai parlé de « relations » et pas de « rapports ». C’est différent.

Les relations peuvent être tendues ou détendues, froides ou chaleureuses, publiques ou privées, fortes ou superficielles etc.  Par contre, les rapports, c’est souvent plus compliqué, surtout quand ils deviennent des rapports de force.

Certains pourraient me dire que je mélange tout, et qu’on ne peut parler de rapports de force que pour des forces de même force. C’est vrai, peut-être, mais alors, qui pourrait me dire, dans le couple Maroc-France, qui est le plus fort et qui est le plus faible ? 

Bien entendu, je ne parle pas en termes de puissance économique ou financière. Là, y a pas photo. Mais, dès qu’on met de côté ces critères objectifs mais bassement matériels, l’équation devient soudainement plus difficile à résoudre. 

Attention, je n’ai pas encore dit, et vous non plus d’ailleurs, qui est le plus fort des deux. Peut-être qu’à la fin, on sera d’accord, mais en attendant, j’aimerais qu’on réfléchisse un peu ensemble sur ce sempiternel va-et-vient, ce jeu de yo-yo permanent entre le Maroc et la France. 

Pour ma part, je vous l’annonce tout de suite : je n’ai aucun avis tranché là-dessus. D’ailleurs personne ne me l’a demandé, et je sais qu’on ne me le demandera jamais. Tant mieux ou tant pis. Pour Autant pour moi que pour eux. 

Par ailleurs, n’attendez pas à ce que je dise du mal de la France et des Français, et encore moins des Françaises. Ce n’est pas parce que la France nous a colonisés, pardon, « protectorés », il y a tellement longtemps, qu’on doit encore lui en vouloir. 

Personnellement, je dois à la France une certaine gratitude, ne serait que pour les connaissances que j’ai pu acquérir grâce à elle, et pour l’esprit de modernité, d’ouverture, de tolérance et pour bien d’autres valeurs encore, qui me permettent aujourd’hui de m’éloigner, autant que faire je peux, de tout obscurantisme, archaïsme ou extrémisme.

Pour ma part, si je fais le bilan, je suis largement créditeur. Merci qui ? 
D’ailleurs, entre nous, il n’y a pas que moi. Si on y regarde bien, la France nous a laissés quand même quelques beaux restes, et de notre côté, on s’est vengés comme on peut. 

Tenez ! Un seul exemple : vous n’avez qu’à compter le nombre de nos concitoyens et concitoyennes qui vivent sous le grand parapluie de la République Française, et qui viennent, de temps en temps, et de moins en moins, se chauffer sous le parasol national, tout en nous chauffant les oreilles avec leur « chez nous, c’est pas pareil… ». 

Et je ne parlerai pas, mais un peu quand même, de ce qu’on appelle, pas très joliment juste pour les enquiquiner, les « bi-nationaux » et les bi-nationales » qui, eux et elles, sont encore plus ambigu(e)s que vous et moi, simples nationaux et nationales. 

A propos, pourquoi je vous parle de tout ça ? Je ne sais plus. 

Ah si ! En fait, ce qui m’a amené à aborder ce sujet vaguement politique et diplomatique, c’est cette décision, encore une fois, brusque et soudaine, de notre si nouveau gouvernement, de suspendre les vols entre la France et le Maroc, et vice-versa, et ce, jusqu’à nouvel ordre. 

Je sais ce que vous allez me dire : c’est pour notre sécurité et notre stabilité sanitaires, acquises grâce une politique avant-gardiste et géniale, enviée par le monde entier et jalousée par les voisins d’à côté, mais aussi, il faut le rappeler, à coups de millions de dollars qu’on a ramenés on ne sait d’où et on ne sait comment, mais on fera les comptes après… 

Oui, c’est vrai, et je ne suis pas totalement contre, même si les dégâts collatéraux, et notamment sur notre tourisme, on va bien et bientôt les sentir. Mais comme j’aurais tant aimé que nos responsables si audacieux et si prompts à fermer les frontières aux plus grands et aux plus puissants, osent un jour taper sur la table un bon coup pour protester, par exemple, contre la manière et le mépris avec lesquels sont traités depuis tout le temps, et surtout depuis ces derniers temps, les demandes de visas de leurs compatriotes ! 

Pourrait-on rêver un jour de voir le principe de réciprocité enfin appliqué, juste quelques mois, juste quelques jours …
Je suis sûr que ce n’est pas plus dur que d’imposer des tests PCR ou même de suspendre des vols.

Et puis, qu’est-ce qu’on risque gua3 ? 

Allez messieurs-dames, du courage ! S’il vous plaît, juste un petit essai …
En attendant de vraies décisions avant-gardistes, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.