Par Mohamed LAROUSSI

Détrompez-vous, cette chronique ne sera pas tout à fait sportive. Ni tout à fait politique non plus. Ce sera peut-être un truc entre les deux. On verra. Vous savez, chez moi, rien n’est préparé à l’avance. C’est au petit bonheur la chance. A chaque jour suffit sa peine. C’est un peu comme pour tout le pays. J’ai dit « le pays », je n’ai pas dit le gouvernement. Lui, il ne gère pas au jour le jour, mais minute par minute. Après tout, ce n’est pas de sa faute. C’est culturel. Personne ne sait ce qui va lui arriver l’instant d’après. C’est ce qu’on ne cesse de nous répéter depuis notre plus tendre enfance. Et tout cela s’avère souvent vrai. 

Tenez ! Je vais prendre un exemple, par hasard. La toute dernière augmentation du carburant. Une minute avant son application, personne ne savait de combien allait être cette augmentation.

Certains me diront que cette fois-ci, il n’y a pas qu’une augmentation, mais il y a eu aussi une baisse. C’est vrai. Le prix de l’essence sans plomb a augmenté, mais celui du diesel, lui, a baissé. Sauf que moi, j’utilise les deux : je mets du diesel dans mon vieux 4×4 qui en consomme comme un soulard, mais je mets aussi du Sans Plomb dans mon scooter que j’ai acquis depuis plus de 2 ans. Je l’ai acheté, officiellement, pour faire mon écolo – parce que ça polluerait moins qu’une bagnole, ça prendrait moins de place sur la chaussée, ça ne bloquerait pas la circulation etc. Mais, entre nous, c’est surtout parce que ça consomme moins de carburant. Mais, depuis les augmentations successives du prix de l’essence sans plomb, eh bien, mes trajets me coûtent bonbon. Comme quoi, rien n’est simple.

C’est d’ailleurs comme ça que j’ai commencé à penser aux autres, autrement dit aux ouvriers smicards ou pas, aux chômeurs, diplômés ou pas, aux gardiens de voitures, officiels ou pas, aux marchands ambulants, avec chariot ou pas, bref à tous ceux qu’on appelle « les démunis », un euphémisme qui n’est utilisé que chez nous. Je pense à eux, les pauvres, et je me dis, ma foi, je ne suis pas trop à plaindre. Parce que, eux, ils n’ont peut-être pas des grosses bagnoles gourmandes et polluantes ni des scooters de plaisance qui bouffent trop d’essence, mais ils affrontent la vie dramatiquement chère depuis toujours, et pas seulement depuis que les méchants Russes ont attaqué les gentils ukrainiens, comme disent à longueur de journées et de journaux les médias occidentaux.

Eux, ce n’est pas qu’à la pompe qu’ils souffrent, mais aussi au marché et à l’épicerie : l’huile, la farine, le pain, les pâtes, les féculents, les légumes, les fruits, le poulet, la dinde… Je n’ai pas cité la viande de bœuf ou d’agneau parce que ce n’est pas leur tasse de thé. Oui, oui, tout a augmenté. Dure, dure, la vie des démunis. 

Heureusement, j’y arrive, il y a le foot. Le peuple a beau payer plus, manger moins, avoir souvent faim, râler un peu, gueuler de temps en temps, tant qu’il peut encore suivre des matchs gratuitement à la télé, ou même payer, parfois très cher, pour en voir d’autre, en direct, dans des stades enflammés, eh bien, tant qu’il y a du spectacle et des victoires, le peuple est content, le peuple est heureux, le peuple serre la ceinture, le peuple ferme les yeux, le peuple pardonne, le peuple peut même accepter de travailler plus, gagner moins, payer plus, et la fermer. 

Oui, tant que son équipe locale, son équipe internationale – eh oui ! – et surtout son équipe nationale de foot, gagne, il est HEU-REUX.

Vous avez vu, par exemple, la consécration du Wydad de Casablanca comme Champion d’Afrique, après sa très belle victoire contre l’équipe supposée imbattable d’Al Ahly du Caire. Ce ne sont pas seulement les supporters Wydadis et casablancais qui étaient aux anges, mais, c’est tout le peuple marocain dans son ensemble, « de Tanger à Lagouira », comme on dit, qui était fou de joie. 

C’est ce qu’on peut appeler du « bonheur gratuit ». Même les pays étrangers commencent à nous donner en exemple, pour louer nos performances sportives, mais aussi pour saluer « la maitrise de l’organisation et la discipline des supporters ». Bref : tout est bénef. Et ça ne coûte pas grand-chose à l’État ou si peu eu égard au résultat. Cela, disais-je, c’est quand on gagne, quand les équipes préférées du peuple gagnent. Quand ce n’est pas le cas, c’est-à-dire, quand il y a des défaites, là, personne ne sait comment le peuple va réagir.

Attention : qu’on ne me donne pas l’exemple de la récente tannée subie par notre équipe nationale contre celle des USA. D’abord, ce n’était qu’un match amical, ensuite c’est contre un grand et nouvel ami « stratégique » … Donc, on peut laisser passer. Mais, même moi qui ne connais rien en foot, je sais que l’équipe américaine n’est pas et n’a jamais été une flèche en foot. Et je ne parle pas du foot américain, mais plutôt de ce qu’ils appellent chez eux le Soccer. 

Tout cela pour dire que cette défaite ne présage rien de bon, et qu’il va falloir se ressaisir pour les prochains matchs, même amicaux. Sinon le peuple gentil et discipliné risque de devenir un plus regardant sur les prix qui montent qui montent et sur ses revenus qui baissent qui baissent. 

Et là, même le foot ne pourrait plus être suffisant pour le calmer. 

Qu’est-ce qu’il va faire ? Je ne sais pas, moi. Je ne suis pas Mme Soleil, je ne suis qu’un pauvre chroniqueur insensible au foot et qu’on n’écoute jamais.

En attendant des esprits plus clairvoyants et plus prévoyants, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.