Par Mohamed LAROUSSI

Je ne sais pas pourquoi dès que j’ai choisi le sujet de cette chronique, c’est cette phrase célèbre du grand Jacques qui m’est venue à l‘esprit. Pourtant cette belle chanson de Brel n’a absolument rien à voir avec ce que je vais développer, à part pour le gaz qui pourrait flamber bientôt chez nous, et le bor…, pardon, l’anarchie qui caractérise depuis quelque temps la gestion de notre gouvernement.

Je crois que vous me connaissez : je déteste le populisme et les populistes. Et vous savez pourquoi ? Parce que pour mieux manipuler les masses, ilsleur livrent certaines vérités, notamment celles qui mettent à mal leur situation sociale et économique. Ils leur avancent souvent des généralités, leur citent des chiffres à tort à travers, et les pauvres citoyens les prennent comme argent content, et commencent à boire leurs paroles comme du petit lait. 

Ils ne leur expliquent rien. D’ailleurs, pour eux, c’est trop compliqué pour ces gens-là. Alors le « peuple » répète à souhait tout ce qu’il a entendu et tout ce qu’il avait envie d’entendre, par exemple que les ministres sont des riches, donc des méchants, qu’ils sont les amis des patrons, qui sont des vilains, et que ce beau monde est continuellement uni pour augmenter les prix pour gagner plus et pour rendre la vie plus chère. 

Et plus la vie est chère, et plus les ministres et les patrons deviennent encore plus riches, et le peuple encore plus pauvre. Vous voyez, c’est simple. Il suffit de le dire, de le faire répéter, et le tour est joué. 

En lisant cela, vous allez probablement vous dire tout de suite que j’ai choisi mon camp, c’est-à-dire du côté des responsables, des bourgeois et desnababs. Entre nous, j’aurais bien voulu un des leurs, ne serait-ce que pour pouvoir mieux résister à cette inflation qui n’en fait plus qu’à sa tête, et surtout pour pouvoir mieux profiter des plaisirs si nombreux de la vie.

Mais là n’est pas la question. Ce qui m’agace et m’a toujours agacé en premier lieu, c’est que j’ai toujours eu l’impression que les gens qui nous gouvernent font exprès de faire tout, y compris les bonnes initiatives, n’importe comment et n’importe quand. Pendant longtemps, je croyais que c’était juste un problème de communication, autrement dit qu’ils savaient ce qu’ils faisaient, mais ne savaient pas comment l’expliquer à leurs administrés. 

En fait, c’est beaucoup plus grave que cela : ces gens-là sont si peu rigoureux, si peu prévoyants, si brouillons et si improvisateurs qu’ils confondent actions et plans d’actions, décisions et visions, planning et stratégie. 

Autre problème de taille : la cohérence et la cohésion, ils ne semblent pas savoir ce que c’est. Peu leur importe si ce que dit l’un est différent de ce que dit l’autre, et si ce qu’a fait l’un n’a rien à voir avec ce que fera l’autre. Pour eux, l’important c’est qu’on sache, surtout là-haut, qu’on fait des choses, le reste importe peu.

Gouverner c’est prévoir, disait l’autre. Or, chez ces gens-là, monsieur, on décide, on fait, et après, on va voir. Ça part peut-être d’idées parfois généreuses, mais on ne gouverne pas avec de la générosité, mais avec de la rationalité. On ne lance pas une bombe et on ferme les yeux pour ne rien voir et les oreilles pour ne rien entendre. 

Je pourrais vous donner des dizaines d’exemples. Celui qui me vient en premier, c’est cette très mauvaise idée de dé-subventionner la bouteille de butane. Je sais que ça fait des années que ça trotte dans la tête de plusieurs ministres et de plusieurs gouvernements, y compris les ex-gardiens du temple, mais personne n’a osé passer à l’acte. Et j’espère que personne n’osera.

Je peux comprendre que cela coûte un bras au trésor de l’État, mais il je préfère que les caisses du trésor souffrent plutôt que les poches des « démunis », sinon, c’est la porte ouverte à l’inconnu. Dois-je rappeler les tristement célèbres « émeutes du pain » ? C’était une augmentation de juste quelques centimes qui avait failli tourner véritablement au vinaigre. Alors, quand ça sera plusieurs dizaines de dirhams d’un coup… A Dieu ne plaise ! 

On va me dire que le prix carburant a bien été augmenté d’une manière conséquente, pourtant, il ne s’est rien passé. D’abord la comparaison de la bouteille de butane avec le plein de diesel ou d’essence n’est pas à sa place, ne serait-ce que parce que les prix à la pompe sont flexibles, et dépendent des fluctuations du prix du baril de pétrole à l’international. Alors, les gens encaissent la hausse, avec toujours l’espoir que ça baisse. Et ça baisse à chaque fois. Or, ce n’est pas la même chose pour la « bota » qui, elle, quand un prix est fixé, il ne change plus pendant des années, voire des décennies. Et puis, elle est intimement liée à la cuisine, et la cuisine, c’est quoi ? C’est la bouffe. Je dis ça, je dis rien. 

En tout cas, ce n’est pas en sortant à chaque fois ce joker minable comme un ballon d’essai, et ce n’est pas en annonçant à chaque fois un report à plus tard qu’on va nous rassurer. 
Alors que faire alors ? Je ne sais pas. Je ne suis pas ministre, moi. 

Moi, je viens juste pour le gaz.

En attendant une meilleure cohérence, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi tout est dit.