J’ai failli titrer cette chronique « la déliquescence », mais j’avais peur qu’on pense que je vais parler du prix de l’essence qui monte en flèche, et qui risque de monter encore plus après le dernier coup fourré de Poutine. Ce n’est pas que je n’ai pas d’empathie pour toutes celles et tous ceux, dont je fais partie, je vous le jure, qui souffrent de l’augmentation des prix de ces derniers jours, mais je préfère aborder un sujet autrement plus grave. Après tout, les fluctuations des prix du carburant, de l’huile, de la farine, du gaz butane, du café, du poulet et de bien d’autres produits dits de première nécessité, dépendent le plus souvent des mouvements incontrôlables et parfois un peu fous des marchés internationaux. Autrement dit, ces augmentations sont plus ou moins normales et ne dépendent pas de la seule  volonté d’un gouvernement, qu’il soit conservateur, progressiste ou islamiste, ni, non plus, de ministres, fussent-ils de gros patrons ou même des nababs. Je ne suis pas ici pour défendre quiconque – un quiconque qui d’ailleurs n’a pas besoin de moi pour se défendre – mais je suis irrité, choqué et révolté par toutes ces contrevérités qui sont proférées, en toute ignorance, par les uns et par les unes, et en toute mauvaise foi par tous les autres.

En vérité, ce qui m’agace le plus, c’est cette alliance entre d’une part des politiciens dépassés, fatigués et/ou au bord de la sénilité et d’autre part, d’illustres inconnu(e)s qui sont devenu(e)s, du jour au lendemain, aussi célèbres que des personnages de films ou de dessins animés.

Tout ce beau monde parle, en même temps, non pas seulement de la même chose – ça, c’est un peu normal – mais surtout de la même manière, avec les mêmes intonations, et avec les mêmes mots, des mots tellement simples, simplistes, minimalistes, réduits, réducteurs qu’ils en deviennent trompeurs. On va me dire si ces gens-là parlent comme cela au peuple, c’est pour lui simplifier le langage. Oui, mais leurs discours au ras des pâquerettes n’ont pas pour but de mieux expliquer, mais de mieux embobiner. C’est le propre même du discours populiste : être le plus bas possible et coller au plus près de ce que croit le peuple, et donc, ce qu’il a envie d’entendre.

Ces deux catégories se veulent, toutes les deux, et en même temps, les « porte-paroles légitimes » de « peuple », alors qu’ils ne font que le manipuler pour mieux profiter de lui. Les premiers, c’est-à-dire les politiciens dépassés, fatigués et au bord de la sénilité, tentent de regagner sa confiance perdue ; les autres, ces célèbres illustres inconnu(e)s devenu(e)s, du jour au lendemain très connu(e)s, le font pour faire de l’audience et surtout de l’argent sur son dos. Oui, le peuple a bon dos. Tout le monde veut lui monter dessus pour monter plus haut, pour gagner des voix et donc des places, ou pour gagner des likes et donc du fric.
Non, ce n’est pas la faute à internet. C’est vrai que les réseaux sociaux ont donné la parole à tout le monde, donc forcément, aussi, à n’importe qui. Mais ils ont permis également, entre autres, à de grands scandales d’être dénoncés ou à mettre des projecteurs sur de nombreux faits et délits qui, sans ces réseaux, seraient passés inaperçus.
Le problème n’est pas internet, car il n’est qu’un médium comme un autre, mais le problème, le vrai, c’est, justement, la déliquescence de notre classe politique. C’est sa décadence et sa déchéance qui l’ont mise aujourd’hui au même niveau, très bas, que cette nouvelle espèce de communicants et communicantes de pacotille.
Non, je ne généralise pas, et je sais que ceux et celles que je vise vont très vite se reconnaitre.

Ce qui est encore plus dramatique, c’est que tous ces gens-là sont devenus si semblables, si identiques, si similaires qu’ils ont fini par se faire concurrence, et qu’ils ont commencé, d’abord par se nourrir mutuellement, et même à se concerter parfois, et ensuite, tout naturellement, par se taper dessus.
Bon Dieu ! Jusqu’où descendra-t-on ?
Au fait, où sont tous ces partis et tous ces militants qui parlaient aussi au nom du peuple et qui lui promettaient, entre autres, le Grand Soir ? Et où sont partis tous ces esprits lumineux et éclairants qu’on appelait jadis « les intellectuels », organiques ou pas, et qui réagissaient au quart de tour dès l’instant qu’ils voient que « les droits du peuple sont bafoués » ?
Où sont-ils ? Pourquoi ont-ils disparu ?
Oui, je sais qu’ils sont toujours là, mais étant devenus invisibles, sourds, aveugles, inaudibles et muets, ils ont cédé la place aux tocards et aux tocardes, aux bavards et aux bavardes.
Pauvres de nous !

En attendant des jours et des gens meilleurs, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour » et « Dar Lmima ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma