Marwa SEMLALI

Je ne me qualifierai pas d’amatrice de football ni de tout autre sport suscitant l’intérêt des uns et des autres. En 2004, lors de la coupe d’Afrique des Nations, moi qui suivais religieusement toutes les rencontres de l’équipe nationale Marocaine, m’étais vue prendre un coup de massue lors de la finale nous opposant à la Tunisie, car du haut de mes onze ans et demi, j’étais loin de saisir que le football reposait tout aussi bien sur la performance que sur la chance. Et depuis ce traumatisme émotionnel, je ne m’intéresse que de loin aux scores, et encore…

Mais 18 ans plus tard, les choses ont changé, et pour le meilleur, contre toute attente.

Pour la première fois, le Qatar, un pays Arabe, organise une coupe du monde, et les progrès de la mondialisation et du marketing ont, pour le moins que l’on puisse dire, nourri un engouement sans pareil pour le football. Et c’est là qu’entra en scène le Maroc, pays trônant sur l’Afrique et le Maghreb, et qualifié pour fouler de ses pas une pelouse qui fera des vainqueurs et des vaincus. Mais en premier, il sied de rendre à César ce qui appartient à César, ou plutôt de rendre à Walid ce qui appartient à Walid, car si les Lions de l’Atlas ont rédigé un nouveau tome de l’Histoire, c’est bien Regragui qui leur en a fourni l’encre et la plume.

Arrivé en pompier de service, il s’est retrouvé face à une poignée d’athlètes ne donnant pas l’air de constituer une équipe, un vestiaire hétéroclite chez qui l’individualisme et les non-dits avaient causé une quasi perte d’engagement pour le collectif et éteint l’ardeur commune. Dans ce contexte s’invita son talent de communicateur, empreint d’une grande vigueur et d’une grande fermeté sans pour autant se départir d’une infinie tendresse pour ses « fils ». Et si le management n’est pas une science, Regragui a su le conjuguer au bon sens pour relancer les cartes afin d’extraire un nectar que tout le monde savourera. En somme, il aura compris la devise, le Maroc (comme les Marocains), est un lion qu’il faut tenir avec une ficelle, pour reprendre les termes de Feu Hassan II. Sans omettre qu’à l’échelle de la nouvelle présidence de la Fédération Royale Marocaine de Football, Fouzi Lekjaa, dont la passion a bravé tous les obstacles, a incontestablement restauré toute la grandeur de l’image.

Certains, provenant d’Europe, où ils ont grandi puis été formés, n’ont pas manqué de répondre à l’appel de la nation pour rejoindre leurs compatriotes et se ranger sous l’aile du drapeau rouge à l’étoile verte, démontrant essentiellement que quand bien même la carrosserie serait étrangère, le moteur, lui, reste bel et bien Marocain. L’équipe, autrefois sur courant alternatif aujourd’hui fédérée, c’est plus soudé que jamais qu’ensemble, les lions sont rentrés dans l’arène des gladiateurs combattre en premier lieu les vice-champions du monde, pour ensuite vaincre des titans comme la Belgique, l’Espagne ou encore le Portugal jusqu’à atteindre la demi-finale.

Homériques, épiques, les superlatifs ne manquent plus pour décrire l’épopée du Maroc à cette Coupe du Monde 2022. La sélection nationale, forte d’un éventail de dons mis en exergue par un travail de fond exceptionnel mené par un pédagogue de génie, a su de nouveau gagner la confiance du Royaume, faire briller l’Afrique souvent en mal d’héroïsme, porter aux nues les valeurs du monde Arabo-Musulman et épater la planète.

In fine, de la diplomatie du ballon rond jusqu’au destin, bon nombre de souvenirs de cette trajectoire démentielle seront retenus. Considéré comme la révélation du Mondial 2022, le Maroc est aujourd’hui indubitablement ce lion féroce que l’on redoute dans la jungle. Mais cette épopée des lions, c’est aussi un 12ème homme présent en force, à insuffler en permanence cette rage de vaincre. Ce sont des mamans réjouies, fières et émerveillées des exploits de leurs lionceaux.  C’est également une foi solide en Allah, cette boussole toujours au rendez-vous. C’est tout autant une hymne nationale chantée par des milliers de personnes jusqu’à faire vibrer tous les cœurs en parfaite symphonie. Une population en liesse qui accueille en héros les auteurs d’une prouesse sans précédent. C’est une réception royale donnée par un monarque tout sourires à ces chers sujets. C’est un volcan d’énergie, une volonté d’abattre l’adversaire, une attaque, une contre-attaque, une défense, un public, un drapeau, des regards, des cris, des larmes, des rires, des sourires, une danse et boom… un triomphe !