Par Jaouad Benaissi

Viens, on fait bouger les lignes, me-dirais-tu ! Non, viens, on les brise carrément, ces lignes, aimerais-je répondre ! La réalité telle qu’elle se présentait, et surtout, telle qu’elle s’imposait à nous, ne me convenait pas. Parfois, ou presque souvent, je regrette d’avoir négocié avec les contraintes du moment. Or en amour, il ne faut jamais vivre les choses à moitié. Il faut aller jusqu’au bout du bout, et puis, on s’en fout de ce qui pourrait advenir. Pourtant, ce n’est pas le courage qui faisait défaut. C’était juste une question de gestion !

Et voilà, à force de vouloir te ménager, je t’ai perdu. Est-ce trop tard pour te dire aussi bien mon regret que ma nostalgie ?

Je ne verse plus de larmes. Maintenant que tu n’es plus là, je me retiens. Je t’aime encore, je pense toujours à toi, mais par décence, je me retiens. J’essaie de déchirer le silence en tapant ces pauvres paroles sur le clavier, car au plus profond de moi-même, c’est bien moi que le silence déchire. Et je n’ai plus que ce fil brûlant de souvenirs pour recoudre mon âme. Si tu savais comme je sais, tu ne partiras jamais…Oui, j’avais assez de temps pour faire en sorte de ne pas me retrouver à penser à toi, le long de mon samedi. Je pouvais ne pas te perdre, et pourtant, je t’ai perdu…

Mon petit-déjeuner solitaire me rend tellement chagrin que j’ai mal au ventre. Merde, j’ai le mal de toi !

Dis quelque chose, grande dame de mon cœur… Dis que ce n’est pas trop tard pour… (je ne sais quoi exactement)… Conjurer le sort, peut-être ! Cela me crève le cœur que tu sois si loin, si près de moi, sans être à moi. Imagine qu’il ne soit par trop tard pour briser les lignes, se moquer de ceux qui pariaient de nous voir séparés comme deux nuages dans un ciel d’été, et surtout assumer cet insaisissable amour qui nous a fortement lié. Comme on assume un péché ou une grosse folie. Juste imagine qu’il soit justement temps de se dire « je t’aime » et de vouloir mourir d’aimer !

Je n’ai ni la magie ni l’habitude de réveiller des amours mortes, car c’est triste de traîner avec des cadavres. Je ne comprends même pas pourquoi je continue de déposer tant de  fleurs sur ta tombe. Je ne t’offrais jamais de fleurs du temps de ton vivant. Tu étais trop terre-à-terre pour apprécier la nuance des senteurs et des couleurs. Tu étais géniale comme femme, mais tu as manqué de comprendre qu’on ne pouvait jamais regagner le cœur en passant par un chemin autre que les chansons et la poésie. Tout n’est pas question de paperasse, tu sais !

Et maintenant que ferais-tu de toutes ces fleurs déposées sur ta tombe, toi qui dors nue dans ta petite maison froide où plus rien n’a plus d’importance ; toi qui avais toujours besoin de chaleur et de lumière ? Que ferais-tu de tant de larmes tombées en goute à goute sur ton froid jardin du silence où les oiseaux ne chantent plus ? Que feras-tu de mes regrets non déclarés, de mes faiblesses camouflées et des secrets que, tenant à te ménager, je tenais à ne pas te confier ?

Tu aurais bien aimé que je te dise l’amour du temps de ton vivant, et que je le répète chaque matin au réveil et chaque soir au dîner. Oh, j’aurais été trop quelconque comme mec ! Non, je ne voulais tout simplement pas jouer le rôle de l’idiot dans un roman à l’eau de rose.  Je ne fais jamais comme les autres. Je ne me précipite pas sur le téléphone quand on m’appelle. Je n’aime pas la ‘’sentimentalerie’’ à deux balles dont on finit souvent par s’ennuyer, et naturellement, par se chercher des amants ou des maîtresses, avant de se barrer sans trop regarder derrière. Et puis, qu’elles le disent ou qu’elles le taisent, les femmes adorent la rudesse des hommes !

Comment pourrais-je redonner vie à quelque chose qui n’existe plus ? S’est-on donné la mort en prenant chacun son chemin ? Est-ce déjà trop tard pour se redonner la vie ? Parle que je te vois. Parle, un peu. Je veux te revoir. Où es-tu ? Que fais ? Je crains que tout ce temps qui passe, ne se rattrape plus. Le blanc est en train d’envahir tous les poils de mon corps, et c’est chiant, vraiment chiant, de traverser le temps sans toi. J’ai étrangement peur de vivre sans toi. Toi que j’ai pourtant enterré dans la partie sud de mon cœur.

Tu me reviens en mémoire comme une lourde plainte. Mon dieu, j’ai du mal à purger cette peine… Je t’aime !