LE SOCIALISME EXISTE-T-IL ENCORE ?

Par Abdessamad MOUHIEDDINE

Il y a deux siècles, en 1820, le mot « socialisme » apparût pour la première fois dans la littérature politique. La révolution industrielle et l’urbanisation qui l’accompagnait alertèrent sur le sort de la classe ouvrière. Ce socialisme utopique sera porté par le marxisme avant d’être converti au travaillisme et à la social-démocratie. Aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, il semble condamné à l’extinction définitive. Chronique d’une agonie qui n’en finit pas.

Né dans l’idéalisme égalitaire, le socialisme a muté durant deux bons siècles passant de l’abolition des classes sociales à l’emboîtement avec la suprématie du marché. En cours de cheminement, il s’est fait l’alibi de toutes sortes de totalitarismes (national-socialisme nazi, stalinisme, maoïsme, centralisme…etc.)

Le socialisme connaîtra moult avatars partout dans le monde. Il en fût ainsi de la galaxie arabe où s’en réclamaient copieusement le nassérisme, le baâsisme et autres spasmes de type kadhafien, de la sphère africaine où nombre de dictatures et de « républiques démocratiques et populaires », ou encore en Amérique latine (Cuba), sans compter le continent asiatique (Afghanistan occupé par l’ex-URSS, Corée du Nord).  

Jusqu’au milieu des années 80, nombre de pays européens pouvaient se réclamer d’un socialisme dit « à visage humain » où les nationalisations mitterradiennes, au lendemain de la victoire en mai 1981 du Programme commun (PS/PC), les percées électorales des gauches allemande, italienne ou britannique, pouvaient encore faire illusion.

Mais la véritable et longue agonie du socialisme débutera au lendemain de l’implosion du Glacier soviétique, où l’on pût assister à la conversion vertigineuse des ex-républiques « démocratiques et populaires » d’Europe centrale et orientale à l’économie de marché, voire à l’atlantisme (Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie).

Parallèlement à ce déraillement géostratégique du socialisme, les partis socialistes et communistes ont entamé une décadence électorale fulgurante partout dans le monde, notamment au sein des démocraties occidentales.

Il en fut de même dans l’ensemble de la sphère arabo-musulmane où l’islamisme ne fut pas pour peu dans ce déclin socialiste.

Au Maroc où le courant socialiste (USFP) s’est « makhzénisé » dès la fin des années 70, l’offre social-démocrate a été littéralement pulvérisée par « l’islamisme light » d’un PJD national-populiste et franchement antisocialiste.

Lors des dernières législatives, parallèlement à l’effondrement spectaculaire du parti islamiste, même s’il l’USFP ne put s’en sortir que médiocrement avec moins de 10% en nombre de députés, il se retrouve sans ressort politique ou doctrinaire aucun. Ni en parti d’opposition crédible, ni en parti de gouvernement loyal !

Après avoir conquis de haute main les espaces universitaire et culturel, le socialisme marocain a été laminé par l’islamisme adliste et péjidiste, sous le regard jouissif du wahabisme et du « frérisme ».

Partout dans le monde arabe, en Afrique et ailleurs, au sein des régimes autoritaires comme dans les « primo-démocraties », le socialisme a décliné vertigineusement. Comme partout ailleurs.

En vérité, à voir la pathétique déconfiture du socialisme à l’ère postmodernitaire et à l’aune de la mondialisation, Pierre-Joseph Proudhon et Karl Marx, sans compter les sociaux-démocrates que furent Guy Mollet, Olof Palme, Bettino Craxi, Mario Soares et autre Willy Brandt doivent se retourner dans leurs tombes. 

Pourtant, plus que jamais, les jeunes démocraties ont besoin de l’offre socialiste, ne serait-ce qu’en vue de l’endiguement des velléités totalitaires éminemment populistes, notamment de type national-islamiste.

Le trou béant laissé par la disparition du socialisme n’est de l’intérêt ni des démocrates de toutes obédiences ni même des chantres du libéralisme eux-mêmes qui se retrouvent aujourd’hui dramatiquement esseulés face aux idéologies ethnicistes, identitaires ou pseudo-religieuses !