Par Imane Lahrich


Avez-vous déjà réfléchi à la légitimité de ce que nous considérons comme “africain” ? Pourquoi devrions-nous nous en préoccuper ? Après tout, qui se soucie de ce que le reste du monde pense de nous ? 

La définition de l’Afrique est à rechercher dans l’interaction du continent avec d’autres civilisations. L’identité globale africaine n’a pas été créée uniquement par les Africains eux-mêmes. Corrigez-moi, je vous en prie ! L’identité globale africaine est aussi une projection de la façon dont nous sommes perçus. L’appropriation de l’identité – en particulier lorsque la politique mondiale entre en jeu – est essentielle dans les négociations et les rapports de force. 

En effet, dans un système capitaliste tel que celui où nous vivons, la propriété est importante. La propriété des ressources et des moyens de production est cruciale pour l’autonomie, mais il est également crucial de ne pas négliger la propriété de l’identité et du récit. Lorsque nous sommes pleinement propriétaires de ce que nous sommes et de ce dont nous sommes capables, personne ne peut nous dire le contraire.

Pour nous engager avec d’autres pays tout en maintenant notre pouvoir de négociation, nous devons nous enraciner fermement dans une identité qui n’est pas à la merci d’une autre et qui ne mène non plus aux éventuelles formes d’extrémisme malgré le fait que la souveraineté des États africains post-coloniaux découle, en grande partie, de leur reconnaissance par d’autres États, quelle que soit leur efficacité réelle.  Ces rapports de force et d’interdépendance deviennent flagrants si nous voulons progresser ou du moins garder le statut-quo. 

Force est de constater que les technologies révolutionnaires et la croissance de l’interdépendance culturelle qui en résulte, créent de nouveaux modes d’interpénétration en augmentant considérablement l’influence d’une société sur une autre. Le comportement de l’État dépend de plus en plus de la manière dont le libre flux transnational de valeurs et de normes affecte les opinions publiques et par conséquent le mode de vie des populations.

Le comportement de l’État dépend aussi, dans une large mesure, de l’image que les médias donnent au public et de la manière dont ce public influence son gouvernement. Certains pays sont plus vulnérables que d’autres à cet égard, mais tous, sans exception, sont liés et limités par des tendances culturelles et idéologiques qui se manifestent parfois de l’autre côté du globe. 

Plus spécifiquement, bien que la tradition du partage reste profondément enracinée dans la culture africaine, elle a été minée par les bouleversements économiques et politiques des dernières décennies, privant de nombreux Africains de leur sentiment d’appartenance. Ce vide a été comblé par un récit négatif venant de l’extérieur. Cela a créé une vision unidimensionnelle déformée – mû par l’Occident, mais aussi par de nombreux Africains eux-mêmes – qui ne voient le continent qu’à travers un prisme de guerre, de maladie, de pauvreté, de famine et de corruption.

L’incapacité de représenter équitablement l’Afrique a renforcé les préjugés et a détourné les efforts de développement internationaux de ce qu’ils auraient dû être leurs objectifs centraux. Les Africains sont devenus des destinataires passifs d’une aide souvent contre-productive au lieu de participer activement à un changement positif.

Personne ne prétend que les nombreux problèmes de l’Afrique devraient être minimisés ou ignorés, mais le reste du monde et les Africains eux-mêmes ont également besoin d’entendre les bonnes nouvelles. Les Africains en particulier doivent s’approprier un discours positif. Non, ce n’est pas que pour marketer un nouveau récit, nouvellement construit, mais il s’agit des faits : L’Afrique doit se féliciter des avancées passionnantes réalisées en matière de leadership progressif, d’entrepreneuriat social, d’innovation et de technologie, de santé et d’arts

La diversité culturelle est un élément central de l’identité collective africaine. Cet aspect central n’a pas toujours été une bénédiction pour l’Afrique dans sa gestion et dans sa rencontre avec le reste du monde. Beaucoup de choses ont été perdues, entrelacées et influencées.

Non seulement nous devons chercher mais nous devons comprendre nos racines, car à quoi sert de perpétuer des traditions sans en comprendre les origines ? Il n’y a pas de valeur.Nous ne pouvons pas changer l’histoire mais nous pouvons l’étudier, en tirer des leçons et l’apprécier.Et rien ne nous fera apprécier davantage notre identité africaine que de se la sentir perdue et de la retrouver. Ces infimes découvertes sont des étapes gigantesques pour faire face à une société mondialisée.L’Afrique n’est pas seulement une identité; c’est aussi un destin, une obligation morale.

Comment l’Afrique peut-elle utiliser son identité culturelle pour se développer? Comment l’Afrique peut-elle se développer sans perdre son identité? L’Afrique peut-elle construire le progrès sans vision de son passé ou peut-elle lier son développement futur à ses traditions historiques?

Imane Lahrich, Consultante et Analyste des politiques publiques et mouvements sociaux.