La dette publique du Maroc – plus ou moins 980 milliards de Dirhams-est en train d’atteindre des seuils fatidiques. 
Elle ne représente pas moins de 93% de notre PIB pour un ratio normatif de 60%. Pour les néophytes, le PIB (Produit Intérieur Brut) est la richesse que crée un pays sur l’année. 

Ce qui m’intéresse ici ce n’est pas tellement l’interprétation statistique ou comptable de la dette, autant que son bien-fondé en terme de gouvernance, l’usage qu’on en fait et la capacité de notre pays à faire face au service de la dette qui n’est pas moins de 45 milliards par an. 

Ce qui m’inquiète, surtout, c’est la tendance haussière de notre dette en devises, libellée principalement en Euro et en USD- l’équivalent de quelques Mad 450 milliards-. Ce ne veut pas dire que la dette du trésor en Mad- pas moins de 500 milliards- n’est pas préoccupante, dès-lors que l’Etat siphonne la grande partie de l’épargne nationale,  et ne laisse pas grand ‘chose pour le financement de l’entreprise. Mais la dette publique locale reste un moindre mal, dès-lors qu’il s’agit de la monnaie nationale. 

Sauf reconversion en Mad, une dette en devises est à honorer en devises en capital et intérêts. Or, la situation intenable de notre balance commerciale en déficit chronique, allant se creusant au fil des années- pas moins de l’équivalent de Mad 220 milliards, aggravée par le tassement des transferts de nos MRE, des revenus du tourisme étranger et les fluctuations des IDE (Investissements Directs Étrangers)- plombe de plus en plus notre compte courant et ce, depuis 2008, pour n’afficher plus que des soldes débiteurs. Et c’est précisément le solde de ce compte courant qui renseigne sur la soutenabilité de la capacité d’un pays à faire face au service de la dette (Debt Service Capacity). 

C’est dire que, si la tendance de régression actuelle de nos avoirs extérieurs se poursuit, notre pays sera contraint de s’endetter davantage, en devises pour faire face aux remboursements de sa dette étrangère, c’est-à-dire rembourser la dette par la dette. 

Et c’est le cercle vicieux de l’enlisement dans l’endettement qui s’installe, d’autant que notre croissance économique est atone et le principal de la dette locale ou étrangère est destiné à colmater des déficits budgétaires nés des dépenses de fonctionnement improductives, pour entretenir un appareil tentaculaire de l’Etat, dépenses redondantes que ne justifie guère un service public de mauvaise presse, dépenses d’ostentation que ne justifie que l’entêtement d’un Etat à vivre au-dessus de ses moyens !