Par Abdessamad MOUHIEDDINE

Dès son arrivée au pouvoir – par effraction, dira-t-il lui-même – Emmanuel Macron n’a cessé de démontrer son incapacité à comprendre les transformations profondes qui secouent l’Afrique, notamment ses flans subsaharien et nordique. Au registre diplomatique, il n’a cessé d’y réparer les erreurs par des fautes et les maladresses par des catastrophes. Le bilan de sa politique africaine, particulièrement maghrébine, est proprement désastreux.

En effet, en jouant avec les dirigeants africains aux accolades et aux embrassades, non sans sa sempiternelle posture jupitérienne, il ne cessera de croire imposer son ascendant sur ces derniers dont les peuples ont fait leur deuil de la fameuse Françafrique qui faisaient et défaisait les régimes à travers l’ensemble de l’Afrique francophone. Aujourd’hui, dans une foultitude de pays africains, la rue appelle au « dégagisme » économique, politique, stratégique et culturel français.

Les peuples africains, souvent suivis par leurs dirigeants, ne supportent plus cette France qui a longtemps pillé le continent noir au seul profit de son CAC 40. D’autant que cette France-là qui continue à se goinfrer sur le dos du Franc CFA se refuse à toute coopération de type « gagnant-gagnant ». Ce mode de partenarial lui est encore insupportable. 

Cette posture paternaliste et, à maints égards, proprement néocoloniale, a été neutralisée par Mohammed VI dès sa première rencontre avec ce « Gaulois Gentilhomme » à l’ego hypertrophique, mais à la science géostratégique bien indigente. Contrairement à ce jeune loup qui a émergé par voie de feintes diverses et variées au sein d’un écosystème politique français fortement décomposé, Mohammed VI peut s’enorgueillir d’une vision claire et mûrement construite d’un destin marocain devenu plus universel, plus autonome par rapport aux mœurs « extorsionistes » françaises à la veille de chaque réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Sahara dit occidental.

Aussi la reconnaissance de la marocanité du Sahara par les USA constitua-t-il un évènement sismique pour cette macronie insensible à la traditionnelle loyauté marocaine aux chapitres sécuritaire, diplomatique et, à maints égards, stratégique. Le temps du chantage au vote pro-marocain au sein du Conseil de sécurité était de facto révolu.

Mais bien avant cette reconnaissance américaine, il y eut moult velléités de vassalisation du Maroc à plus d’un niveau. Jean-Yves Le Drian qui s’était cru autorisé à baver des injonctions face à son homologue marocain, notamment au sujet de la pénétration exponentielle des économies africaines par le Maroc, en eut pour son grade. Idem pour les petits conseillers de l’Elysée qui s’étaient amusés à tester la fermeté des collaborateurs du monarque marocain sur le même sujet comme sur bien d’autres, comme cet épisode de la fermeture des frontières marocaines dès les premières semaines de la propagation du Covid-19 où l’indélicat Manu eut droit à une vigoureuse fin de non-recevoir de la part du Maroc. Ou encore ce rocambolesque feuilleton de Pegasus dont on saura plus tard qu’il était en cours d’utilisation par une soixantaine de pays ! Ne parlons même pas des stratagèmes diplomatiques français destinés à fomenter des hiatus sinon de sérieuses fâcheries entre le Maroc, d’une part, et l’Amérique de Biden, l’Allemagne de Merkel et la Primature espagnole, d’autre part ! Sans parler de toutes les vaseuses tentatives d’avortement d’un nombre incalculable d’accords conclus entre le Maroc et plus d’une trentaine de pays africains !

Tout cela a été subi avec une superbe « zenitude » par la diplomatie marocaine. Néanmoins, dès le lendemain de la reconnaissance américaine, le Maroc a signifié à la France sa responsabilité dans le dépeçage systématique et systémique du territoire marocain depuis la Bataille d’Isly et même dans l’occupation par l’Espagne de son Sahara, en l’incitant à suivre l’exemple américain.  

Mais « Jupiter » a choisi la voie des tergiversations avant de bifurquer vers celle de la duplicité, toute honte bue. Si cette grammaire de « l’en-même-temps » si chère au locataire de l’Elysée a fait ses preuves dans la transformation du paysage politique français en un inintelligible capharnaüm, elle n’a cessé de produire des dégâts diplomatiques face à des puissances telles que les USA, la Russie, la Turquie et même l’Algérie, sans compter la Pologne ou la Hongrie.

Une telle « grammaire de la duplicité » a été vite déconstruite face à la vision de Mohammed VI quant à la place qui dorénavant échoit au Royaume aux niveaux régional, continental, méditerranéen et arabe. Aujourd’hui, elle est expressément dénoncée par le souverain marocain qui a instauré le diapason saharien au cœur de la mélodie diplomatique internationale du Maroc. « Pour ou contre la marocanité du Sahara », point barre.

Je n’irai pas faire mon marché dans les fumisteries publiées la semaine dernière sur une prétendue offensive de la DGSE à l’encontre des intérêts marocains en Afrique et ailleurs. Mais je serais étonné que les services français ne soient pas « tourmentés » par la percée économique, diplomatique, religieuse ou culturelle du Royaume en Afrique, y compris sur son flanc Est.

Nombre d’intellectuels binationaux ont longtemps défendu la France face au péril islamo-jihadiste, y compris face à l’entrisme turque, marocain ou algérien au sein de l’islam de France. J’en fus et j’en suis toujours. Mais je ne peux « en même temps » m’empêcher de défendre mon pays d’origine contre les assauts de type néocolonial voire impérialiste au moment où le Maroc entame son décollage socioéconomique et s’impose de plus en plus en leader régional et continental.

Monsieur le Président, empruntez sans désuètes tergiversations le vecteur de l’Histoire ! Ni la guerre des visas, ni les flirts avec la junte d’Alger, ni, encore moins, les coups bas des chancelleries françaises en Europe et aux USA ne changeront un iota à la doctrine diplomatique marocaine qui a élu la marocanité des provinces sahariennes en thermomètre de ses relations internationales. Prenez-en acte, le chemin de la loyauté réciproque vous est toujours ouvert.