Cette semaine, j’ai publié deux ou trois posts sur les “social média” – comme les appellent les anglophones et les apprenti(e)s stars – à travers lesquels j’ai essayé d’attirer l’attention des uns et des autres – même si ni les uns ni les autres ne semblent s’y intéresser vraiment – sur l’incivisme qui continue de régner allègrement dans la plupart de nos cités. J’ai soulevé, photos à l’appui, quelques problèmes qui ne sont pas tout à fait nouveaux

Le premier post concernait le stationnement sauvage de certains individus qui le sont également, et qui croient probablement qu’il suffit de posséder un gros compte en banque et un gros 4×4 ou une grosse limousine pour se considérer au-dessus des lois, et monter, quand ils veulent sur les trottoirs… entre autres.

En vérité, et pour être honnête, ce type de comportement redondant et quasi permanent n’est pas l’apanage des seuls nantis, des nababs et des super-protégés, puisque même des petits minus, hommes, femmes ou autres, dans leur minuscule automobile, parfois déglingué, acheté d’occasion avec facilités, n’hésitent pas à se garer où ils veulent et quand ils veulent, défiant toutes les règles de bienséance et de bonne conduite. 

Dans l’autre post, je montrais un bus à l’arrêt, dans une grande avenue de Casablanca, plein à craquer, et juste à côté une queue interminable de passagers, collés les uns aux autres, avec ou sans masque, attendant leur tour pour monter dans ce même bus qui était, je vous le reprécise, déjà, hyper bondé.

Dois-je rappeler que nous sommes toujours en période de pandémie, que les fameuses mesures restrictives imposées, entre autres, à la ville Casablanca, sont toujours, théoriquement, de rigueur, et qu’elles sont reconduites, à chaque fois, depuis des semaines.

En fait, je sais que je ne vous apprends rien de nouveau, et que des aberrations de ce genre, vous les voyez à longueur de journée. Justement, ce qui m’inquiète réellement, ce n’est pas tant les mauvais comportements de certains de mes concitoyens et certaines de mes concitoyennes que le silence des autres, c’est à dire vous, moi et tant d’autres, sur ces mêmes comportements. Peut-être qu’on ne dit plus rien par habitude, “ce confort mortel, comme l’appelait François Mitterrand. Moi-même, je parle de moins en moins, et pour paraphraser Jules Renard, je n’écris que par lassitude de regarder.

En un mot comme en mille, nous sommes en train de devenir des lâches, pis, des complices qui ne s’en cachent d’ailleurs même plus.
En effet, pour revenir à mes posts récents, ils n’ont suscité que de très rares commentaires avec de vagues dénonciations et de soutiens très discrets, comme si cela était normal, banal, marginal. Certains et certaines ont poussé l’effronterie et l’indécence jusqu’à vouloir justifier ces attitudes inciviques – je parle du stationnement sauvage – allant jusqu’à réclamer à l’Etat des parkings généralisés qui soient le plus proches de leurs lieux de résidence, de travail ou de loisirs (je vous jure que c’est vrai). Sinon ? Eh bien, sinon, ils et elles vont continuer de garer leurs bagnoles où bon leur semblera, et gare et qui s’aventurera pour les en empêcher, ou juste leur faire remarquer que ce n’est pas très… civique.


Quant aux bus bondés, il faut même convenir, que c’est différent et plus complexe.
Nous avons d’une part des citoyens et des citoyennes qui ne disposent pas de transport individuel, et qui sont dans l’obligation d’emprunter, chaque jour, les moyens de transport dits en commun, pour aller à leur travail et/ou rejoindre leur domicile. Eux et elles n’ont pas trop le choix et à cause de cela, ils ne sont pas très regardants ni sur la qualité des véhicules, ni sur les conditions d’hygiène, ce qui est quand même plus grave. Pour eux, l’essentiel c’est de pouvoir monter et rejoindre le lieu de leur destination. On n’a pas à leur pardonner leurs écarts de conduite, mais, allez, on peut plus ou moins les comprendre. 

Et d’autre part, nous avons les propriétaires institutionnels ou privés des véhicules en question et les autorités dites compétentes qui ont le devoir, d’une manière conjointe et solidaire, de veiller à la stricte application des mesures qu’ils se sont dictées, le plus officiellement du monde, et sur lesquelles ils ont décidé, apparemment, conjointement et solidairement, de fermer aussi bien les yeux que les oreilles. 

La morale de l’histoire, si de morale il y en aurait encore, c’est que notre pays, ainsi que ses citoyens ou ses sujets, qu’importe, je ne vois plus tellement la différence, sont encore dans une forme d’archaïsme moderne dont ils ne cherchent même pas la sortie.

Pour finir, je vais vous citer une phrase qui pourrait résumer tous mes délires d’aujourd’hui. Elle est de Frédéric Beigbeder, quelqu’un que je peux considérer comme un collègue, ne serait-ce que parce qu’il a été un fils de pub comme moi, : “La morale, c’est peut-être ringard, mais ça reste encore ce qu’on a trouvé de mieux pour distinguer le bien du mal”.

En attendant un bien hypothétique changement, je vous souhaite un très bon week-end, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma