Par Mohamed LAROUSSI

Je suis effaré par la gestion de nos responsables de la communication sur la pandémie de la Covid 19. 

Ceci n’est pas nouveau. Depuis le début, mis à part les ressources humaines, les moyens et la logistique qui ont été mobilisés pour la circonstance et  la stratégie qui a été adoptée, la communication, elle, a été cavalière, outrancière, agressive, brouillonne et a baigné dans l’improvisation, autant dans le fond que dans la forme.

Je ne voudrais pas revenir sur le passé, d’autant plus que le plus gros semble être derrière nous, mais on continue, comme par le passé, à vouloir nous effrayer en vain par des chiffres qui ne nous disent plus rien et par des conseils et des mises en garde qui n’intéressent plus personne.
Je pensais que nous étions sortis de cette longue parenthèse qui a été marquée par la peur, le doute, la confusion, et l’absence de visibilité.

Nos responsables eux-mêmes s’auto-congratulaient et criaient partout que c’est la plus grande victoire sur le plus vicieux des virus qu’a connus la planète-terre qui en avait vu pourtant d’autres. 

Certes, ils n’oubliaient pas de nous rappeler que même si c’est presque fini, ce n’est pas encore tout à fait terminé, histoire d’entretenir notre angoisse et notre inquiétude.

Tout en maintenant cette attitude ambiguë, ils nous annoncent à cor et à cris, à travers notamment les médias publics, que la vie est redevenue comme avant, avec des fêtes qui battent son plein partout, avec le retour en force des touristes étrangers dans notre pays et celui, massif, de nos concitoyens dans leur bled, avec des plages bondées d’estivants, qu’ils nous montrent fièrement, avec des stades, qu’ils ont ordonné eux-mêmes de réouvrir, pleins à craquer de supporters, et la liste est encore longue.

Et voilà que depuis quelques semaines, ils ont repris brusquement leurs tableaux et leurs chiffres avec lesquels ils ouvrent leurs journaux principaux, comme si la catastrophe était en train revenir de plus belle. 
Ils ont commencé à nous parler de 4ème vague ils nous incitent à faire la 4ème dose, alors que près de 16 millions n’ont pas encore fait la 3ème et n’ont probablement pas l’intention de la faire.

Depuis quelques jours, les « experts » sont de retour à la radio et à la télé pour nous inciter à remettre de nouveau le masque et à « continuer de respecter les règles-barrières ». 
Mais quel masque et de quelles règles-barrières parlent-ils ? 
Et à qui parlent-ils ?

Les gens se sont déconnectés de tout cela depuis des mois. Les chiffres, hauts ou bas, ne leur disent plus rien. Ils n’y croient plus. 
Je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi les journalistes se sentent obligé(e)s à chaque fois de mettre un « plus » avant le chiffre : « Plus de 3000 cas ! », « Plus de 2000 cas ! », « Plus de 1000 cas ! » ! Je suis sûr que même quand il n’y en aura plus que 10, ils vont s’évertuer vicieusement à l’annoncer comme ceci : « Plus de 10 cas ! ». 

Au fait, pourquoi ne nous donnent-ils pas, en parallèle, juste pour comparer, par exemple les chiffres de la grippe, de la bronchite, de l’appendicite aigüe, ou même du cancer, avec le nombre de malades et de décès quotidien ? Vous savez pourquoi ils ne le font pas ? Parce qu’ils sont sûrement plus élevés que les chiffres actuels de la Covid dans notre pays. 
Justement, quand on voit les chiffres vraiment élevés que connaissent d’autres pays, la comparaison devient déraisonnable.

Partout ailleurs – sauf peut-être en Chine, mais la Chine, c’est une autre histoire – ils ont décidé de vivre avec, tout en continuant bien sûr de faire attention, mais juste ce qu’il faut. 

Ici, chez nous, on continue de nous matraquer avec des chiffres annoncés avec des intonations dignes de tragédies humaines ou de catastrophes naturelles. 

Pourquoi font-ils cela ? Si c’est pour prévenir le retour en force de la pandémie, ils ont tout faux. Ça ne marche plus. Ils n’ont qu’à sortir dans la rue, aller à des fêtes, à des obsèques ou juste dans les lieux publics, et ils vont remarquer que personne ne fait plus attention à rien. Les rares qui osent encore mettre des masques sont pris pour des hurluberlus ou pour des extraterrestres. 

Maintenant, si comme le pensent ou le craignent beaucoup, c’est pour maintenir la pression et entretenir la peur des forces publiques qui avaient retrouvé, brusquement, leur force, leur emprise, leur aura, cette fameuse « hiba » qu’elles pensaient avoir perdu à jamais, bref, leur autorité, je pense que là aussi, ce n’est qu’une illusion. Le pouvoir ne s’acquiert pas avec la peur et la force contre le peuple, mais avec l’estime, la confiance et le respect mutuel. 

Alors, de grâce, qu’ils arrêtent de nous infantiliser ! Qu’ils cessent de nous prendre pour des imbéciles et des séniles ! Qu’ils nous considèrent enfin comme des gens adultes, mûrs, matures, capables de comprendre et d’agir en conséquence. 

En tout cas, qu’ils sachent que leurs chiffres, gonflés ou pas, n’intéressent plus grand monde. Les seuls chiffres qui intéressent aujourd’hui le peuple et qui lui font vraiment peur, ce sont ceux du coût de la vie. Voilà. Je l’ai dit. 
En attendant, je vous souhaite un très bon week-end frais et agréable, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.