Par Abdessamad MOUHIEDDINE, Anthropologue et Ecrivain-journaliste

Le Covid-19 a imposé moult servitudes, certes. Mais il offre aux Marocains, comme à l’humanité tout entière, l’opportunité si rare d’entreprendre une auto-introspection salutaire au fond de chacun de nous.

En effet -faut-il le rappeler ?-, seules les catastrophes (guerres, pandémies, famines…etc.) ont permis que des systèmes de valeurs périmés puissent s’éclipser au profit de nouvelles valeurs adaptées aux voeux profonds des humains.

C’est ainsi que les valeurs dites seigneuriales qui glorifiaient le machisme, le droit d’aînesse, le paternalisme…furent pulvérisées par les guerres et les pandémies diverses et variées qu’on a longtemps attribué à la « colère divine »  et qui ont eu lieu en Europe notamment.

A l’ère du confinement, chacun s’est soudainement retrouvé face à lui-même, égrenant les minutes et les heures, à ne savoir quoi faire de ses pulsions, compulsions, tics, postures, réflexes, tropismes…bref de son être comme de son étant.  

Cependant, depuis longtemps, j’ai compris que le combat qui prévaut sur tous les autres est bel et bien celui que chacun se doit de livrer à tout ce qui, au plus profond de son être, s’apparente à la haine. A commencer par la « haine de soi ».

Ce travail sur soi n’est point aisé. Il est douloureux, difficultueux et souvent éprouvant. On n’expurge pas aisément toutes les tares tapies au coeur de notre être comme de notre étant, parce qu’elles ont été induites insidieusement dans notre mental dès les premiers pas de notre socialisation au sein de la famille.

Même le langage a été piégé lors de notre éducation !

Comment extraire de notre mental la détestation de la couleur noire, par exemple ? En elle-même cette couleur peut offrir des configurations esthétiques sublimes; nous la collons pourtant aux sentiments (colère noire ou coeur noir), au déroulé du temps (jour ou année noire), à l’espace (noir de monde)…etc. Je consens que cette détestable approche ne nous est pas particulière. Mais elle prend chez nous des proportions terrifiantes, notamment à l’aune du torrent islamo-rigoriste où le blanc est divin et le noir bel et bien satanique.

Je ne parle même pas de nos frères noirs qui, chez nous, sont traités de tous les noms d’oiseaux (7artani, Draoui, Qallawi…etc.), uniquement parce qu’ils sont de couleur noire.

Je peux aligner une infinité d’exemples à ce registre du langage piégé…de notre vision minorante de la femme –7achak, disent-ils encore aujourd’hui sans sourciller de honte !- à notre rapport au Juif en passant par les qualificatifs assénés aux personnes à besoins spécifiques ou à ceux qui ont choisi de porter un regard critique sur les certitudes ancrées dans notre imaginaire clanique.

Or, ce satané virus nous apprend que nous sommes tous logés aux mêmes servitudes, égaux face aux malheurs collectifs qui se sont accumulés proportionnellement à l’omnipotence de la financiarisation du libéralisme débridé, à savoir, entre autres, la sur-pollution, le réchauffement climatique, les pandémies virales, les injustices sociales et territoriales…etc.

Or, aucun combat contre ces malédictions modernes n’est gagnable sans la victoire, la difficultueuse victoire, de chacun contre ses pulsions et compulsions sociophobes.  

Vous voyez donc bien qu’il y a matière à combats au fond de chacun de nous et qu’il est très difficile de se remettre fondamentalement en question. La libération mentale a un prix, en effet. Car aucun développement humain n’est loisible en dehors de cette libération, sachons-le !

C’est au plus profond de ce mental pétri de haine et de mépris qu’est tapi notre arriération et de là qu’émanent tous les freins à notre épanouissement individuel et collectif !

Engageons donc ce combat contre nos certitudes si longtemps mentalisées pour prétendre gagner celui de la démocratie, des droits humains et de l’harmonie !

Le combat majuscule est bien celui que chacun doit livrer contre ses propres démons !