Par Marwa SEMLALI

En mai, fais ce qu’il te plaît. On l’aura compris, outre de représenter l’avènement des beaux jours, le mois de mai se caractérise également par le fait de célébrer, un peu partout dans le monde, la fête des mères.

Chaque pays aura élu à sa guise une journée, au cours de laquelle les mamans se verront exprimer un tantinet de reconnaissance de la part de leurs enfants, petits-enfants, conjoints ou autres… Mais in fine, que symbolise une seule journée sur 365 autres, pour fêter celles qui nous auront portés pendant neuf mois puis mis au monde, allaités, bercés, éduqués, sans cesser une seconde d’être préoccupés par nos moindres besoins voire caprices, et ce jusqu’à leur dernier souffle ?

Serait-ce équitable ? Non. Je dirai plutôt ingrat, vil, et déplaisant.

Pourquoi ? En somme parce qu’une maman représente ce concentré de générosité et de passion que nulle autre chose ne serait en mesure de supplanter. Parce que les profondeurs abyssales des océans se réduisent soudainement à quelques centimètres dès qu’il s’agit de les comparer à la patience dont une maman peut faire preuve. Parce que, chez les humains aussi bien que dans le règne animal, on retrouve moult exemples de dévouement immodéré et de sacrifice inhérents aux mères.

Récemment, en écumant le net, je me suis retrouvée à lire un article corroborant bel et bien cette dernière notion de sacrifice, encore une fois; et elle concernait un animal marin, le poulpe. Plutôt la femelle poulpe, définie comme étant la mère la plus sacrificatrice du monde. Il s’avère qu’après avoir pondu environ 50.000 œufs à la fois, elle les couve sans répit durant une période s’allongeant jusqu’à six mois.

Durant tout ce temps, la femelle poulpe s’abstient de toute forme de nourriture ni même de déplacement dans le but de ne pas perturber le processus afférent à la couvaison. Suite à quoi, une fois les six mois écoulés, les œufs éclosent enfin et la mère meurt de faim.

Mais en définitive, d’un autre point de vue, le fait de baigner dans l’allégresse que nous offre un être ayant prêté serment de bienveillance ne rend pas toujours service. Oui, car prendre le pli de la clémence, de la douceur et d’une forme obsessionnelle d’amour fait prendre de mauvaises habitudes. Pour reprendre l’expression si juste de Gary, « On pense que c’est acquis, on est ensuite obligés de manger froid jusqu’à la fin de ses jours ».

Depuis quelques mois, la vie m’a fait l’ultime honneur de me gratifier d’un enfant devenu ma raison de vivre aussitôt venu au monde, et puis hier, étonnamment, en souhaitant une bonne fête à ma propre mère, j’en ai rougi, et ce n’est que timidement que j’ai balbutié mes vœux, d’une voix qui ne prétend aucunement englober toute la gratitude ressentie en voyant défiler dans mes pensées quelques bribes de toute l’affection maternelle où je me loge depuis près de 30 ans.

C’est donc avant tout à elle que je dédie ces lignes, à ma maman chérie, à Lalla Mma, comme beaucoup la surnomment; ainsi qu’à toutes les mamans lutteuses, tendres et aimantes dont la présence nous enchante et nous émerveille. Mais sans oublier également celles qui sont dotées de la fibre maternelle sans avoir techniquement mis au monde, celles qui ne sont plus là et que l’on n’évoque jamais sans émotion et celles qui ont tenté d’être mères mais sans succès et qui méritent tout autant d’être encensées.