Par Mohamed Jaouad Malzi*

Les risques liés au changement climatique constituent plus que jamais une véritable menace à la stabilité financière à l’échelle nationale comme à l’échelle mondiale.

À l’instar des institutions financières internationales, le Maroc table sur des politiques macro-prudentielles jugées efficaces et efficientes pour limiter le risque systémique et éviter ainsi l’effondrement de l’ensemble du système financier.

Cependant, ces politiques qui permettent une résilience du système financier se heurtent au risque du changement climatique qui aurait davantage tendance à consacrer un certain immobilisme et une stagnation partielle, voire totale, de l’économie.

Affirmons d’ores et déjà qu’il ne suffit pas, moyennant quelques politiques orientées risque,  de remédier à la vulnérabilité du système financier lorsque les institutions financières, notamment les banques et les fonds d’investissement et de pension, sont exposées aux risques climatiques. L’enjeu n’est pas de fournir une approche par le risque mais de mettre en place une politique monétaire canalisant davantage de flux d’investissement vers une économie bas carbone. La stabilité financière dépend bel et bien, à mon sens, de la capacité des banques centrales à intégrer les risques climatiques dans leurs politiques monétaires. 

Actifs verts vs actifs bruns : premier exercice de modélisation

Il faut dire, par ailleurs, qu’il n’est pas du tout aisé de modéliser le risque climatique ou de l’intégrer dans les modèles existants de pilotage des risques. Cet exercice est difficile et très complexe compte tenu du caractère profondément incertain du changement climatique et des défis et enjeux qu’il révèle. À mon sens, la première tâche consiste à mesurer le degré de risque climatique incorporé dans chaque actif financier existant et ce, afin de pouvoir distinguer les actifs verts (green assets) des actifs dits bruns (brown assets).

Cette distinction donnerait plus de visibilité et servirait de base pour orienter les investissements futurs vers des modèles économiques verts et durables.

Deux approches pour garantir la stabilité financière

La stabilité financière à l’ère du changement climatique, cet enjeu du siècle actuel, ne devrait surtout pas faire l’objet de l’instantanéité d’une contemporanéité agitée. Loin de la rhétorique partisane et de prises de positions tranchées, bien que la lutte contre le changement climatique soit un devoir, les modèles de stabilité financière devraient inclure ce risque non seulement comme un danger potentiel mais plutôt comme étant un risque réel qui s’impose à présent. Ceci dit, pour préparer au mieux le système financier et assurer ainsi une souveraineté financière, les banques centrales tout comme Bank-Al-Maghrib, ont besoin de politiques macro-prudentielles et de stabilité financière viables incluant le risque climatique au même titre qu’un risque crédit.

Dans ce sens, deux stratégies sont envisageables. La première dite curative qui consiste à remettre le modèle à son équilibre après un choc climatique menaçant le système économique et financier. Alors que la deuxième, qui vaut plutôt proactive, repose sur une politique monétaire visant une mobilisation efficace de l’épargne et sa réinjection dans une économie propre et moins émettrice en termes de gaz à effet de serre.     

Pour finir, les différents acteurs du système financier devraient travailler ensemble pour intégrer les externalités du changement climatique de manière correcte et appropriée dans le but de réussir une politique de stabilité financière réaliste, proactive et résiliente capable de résister aux chocs et aux crises futures et potentielles.

*Docteur en économie, Professeur et Consultant