Par Tariq AKDIM –Economiste, enseignant et chroniqueur

Que devient le citoyen à l’ère du covid-19 ?

Aujourd’hui, nous citoyens, nous sommes confrontés à une véritable question de vie. Vivre avec ou sans pass ?

A l’ère de cette crise du coronavirus, personne n’est à l’ombre. Nous avons presque tous suspendu notre joie de vivre, parce que nous n’avons plus les raisons de continuer à vivre heureux dans un monde où tout le monde pense comme tout le monde, et nous voici dans une situation paradoxe depuis que le vaccin est devenu obligatoire.

Paradoxe dans les discours

Depuis un certain temps, les médias officiels au Maroc ont mené des formes publicitaires inquiétantes en termes de discours notamment au début de la campagne sur la vaccination des enfants, à la fois un discours d’obligation de vaccin et au choix de décision des parents. Presque même langage en Arabe dialectale a été enregistré depuis le début de la compagne par génération d’âge. Le plus inquiétant dans ces mouvements de discours est le manque d’une vision d’ensemble sur cette question, chose qui a poussé les citoyens à se poser des questions sur l’efficacité du vaccin et son impact sur la santé publique.

Incertitude et inquiétude

Malgré l’effort consenti par le corps médical faisant partie de la commission scientifique chargée du suivi de cette pandémie, une incertitude partagée s’est installé et plusieurs questions citoyennes restent sans réponse convaincante. Ce qui a par ricochet crée un sentiment d’inquiétude portant sur l’impact de ce vaccin sur la vie de tout un chacun. Chemin faisant, il y a des cas de celles et ceux qui ont perdu leur vie à cause du vaccin. Cette inquiétude a formé un climat social gênant et un ressenti général d’une véritable crise du sens.  

Flou juridique

Cette crise du sens s’est amplifié en absence d’une loi organisant cette campagne. Aucun texte indiquant l’obligation de se faire vacciner. Ce flou juridique pose un véritable débat pour le gouvernement en plein mutation et pendant l’état d’urgence sanitaire qui ne donne pas droit aux autorités d’obliger les citoyens à porter le pass. C’est d’un autre sens un problème de vivre et de se déplacer librement. Il faut alors redéfinir le sens à donner aux espaces publics puisque la loi est supérieure et suprême, il faut alors s’y référer pour répondre à cette ambigüité, puisque nous sommes aux portes d’un malaise social.  

Une citoyenneté éveillée

Fort est de constater que cette évolution s’accompagne d’une véritable retour de la place du citoyen dans les débats publics. Nous assistons à une émergence d’une citoyenneté éveillée, capable d’affronter le non dit, l’illégal, le non-sens, l’illogique et de se porter avocate et juge devant ce malaise. A Rabat comme dans certaines villes, des citoyens se sont manifestés contre ce pass. Les autorités ont fini par les arrêter. Faut-il alors continuer à nous convaincre que la démocratie ne concerne que les urnes pendant les élections ou encore pour briller l’image du politique au pays ? La démocratie c’est aussi savoir gouverner quand les citoyens ne sont pas convaincues de la chose, il faut savoir argumenter, faire vivre cette citoyenneté, puisque le temps civil emporte toujours sur les vérités cachés d’un tel problème.

Gouverner par l’incertitude

Nous avons droit de rappeler au gouvernement entrant que cette idée de vivre est aussi un droit de vivre, et que même dans l’incertitude on peut savoir communiquer, on peut anticiper les problèmes, et on peut faire autrement que de sanctionner sans texte de loi. Nous avons droit aussi de dire que gouverner est possible quand nous écoutons le cri des citoyens et quand la confiance se gagne par les urnes, elle peut se perdre en une fraction de seconde, puisque nous sommes dans un monde connecté, et que l’incertitude n’est plus autre qu’un nouveau mécanisme de planification de la vie publique.

Il faut user d’une intelligence collective pour que vivre donne sens à une démocratie des urnes.