Par Khalid BENSLIMANE

A voir et écouter ce qui se passe autour de nous on ne peut qu’établir le déplorable constat de l’imbécillité ambiante  dans laquelle trempe le monde, comme tremperait une mouillette dans le café du matin afin d’en faciliter l’ingurgitation.

Et côté ingurgitation qu’est-ce qu’on nous fourre tout de même  comme conneries hissées au stade de vérités spécialement étudiées pour intelligence à mobilité réduite afin de la maintenir dans un éternel état d’assistée.

Admettez d’emblée le fait que les membres les plus éminents de la société ne sont pas nécessairement ceux qui mènent les affaires du monde et vous entamerez certainement un grand pas en avant dans la reconquête de votre vraie liberté citoyenne. Sachez que les plus brillants d’entre nous deviennent ingénieurs, scientifiques, chercheurs, médecins, écrivains, créateurs voir philosophes (les vrais et pas ceux des showbiz comme BHL et Onfray) quand les moins bons se retrouvent à faire du droit pour devenir juges, avocats, procureurs et journalistes. Les plus nuls, eux, se retrouvent aux commandes  de nos destinées sociales en se lançant dans la politique, le syndicalisme, l’armée, la police et autres corps requérant plus de discipline nationaliste que d’esprit.

La magie de la démocratie dirons-nous…

Ce constat, une fois établi, mène à mieux comprendre cette phrase d’Henry Becque :

 « L’élite c’est la canaille… ».

 Et Pourtant, nous laissons faire, l’esprit englué par le soporifique d’un soit disant mécanisme démocratique (ce que l’on a fait de mieux nous assure-t-on) sensé nous protéger de toute dérive autoritaire crapuleuse.

Sommes nous bêtes à ce point pour continuer, en tant que citoyens usant d’un droit primaire à l’expression, à « tolérer l’intolérable », à « accepter l’inacceptable » ?

Encore un devoir moral qui se perd dans le mixage frauduleux de plans différents dans l’appréciation de toute problématique sociale. Apparemment ce qui relève du plan moral  chez l’humain ne l’est plus de manière aussi catégorique chez le citoyen dans l’esprit duquel on a tout fait pour y substituer le plan de la liberté à l’aide de formules vidées de leur sens. Ainsi papillonnent dans la pléthore de débats à propos de tout et de rien qui envahissent l’agora numérique, des termes comme « acceptance », « tolérance », « tassamou7 » qui se veulent le leitmotiv de ces nouvelles litanies pacifiantes reléguant la morale à la part congrue d’une simple vue de l’esprit qu’il faut impérativement dépasser au nom de la liberté, toujours la liberté et rien que la liberté…même si en chemin on se retrouve à dépénaliser le vice là où l’on pénalise l’accès au droit essentiel de l’être…

Oui nous, citoyens du monde, sommes des imbéciles en puissance. Sinon comment expliquer notre silence devant les aberrations en chaîne qui chaque jour creusent l’abîme séparant le citoyen de l’humain qu’il est d’abord censé être ? Une imbécillité qui permet à des agioteurs nantis de prendre le pouvoir, à des charognes d’y rester et à des prétendants disqualifiés (sur le plan de la morale)de continuer à prétendre au panthéon du pouvoir sans que ça ne gêne outre mesure la grande majorité spectatrice de la population qui, au pire, émet quelque tiède suspicion pour l’onirique besoin d’encore débattre de choses à ne point débattre.

Débattre d’un sujet qui au départ n’admet pas de concession c’est déjà lui en faire une.

L’intelligence du citoyen. En voila par contre une question qu’aucun débat de l’aire médiatique ne s’empresse d’aborder. Pourtant, parmi les différents hiatus que l’on découvre entre l’être humain ordinaire et la construction juridico-politique qu’est le citoyen, la question des aptitudes intellectuelles est l’un des plus évidents. Pourtant le sujet est, osons le dire, tabou.

Fort est de constater que depuis l’instauration des démocraties occidentales, il n’y a plus eu débat sur la question de l’intelligence du citoyen, sauf dans le domaine de l’éducation, où le problème est plutôt biaisé. Si l’on considère que le but de l’éducation est de faire un citoyen, il n’est plus question de mettre en cause les aptitudes du citoyen à exercer ses droits civiques. En cas de défaillance évidente, on remettra les programmes et les méthodes éducatives sur le chantier, mais jamais on ne traitera d’imbécile quelqu’un qui vote pour un parti politique proposant des mesures ineptes. La plupart des partis et des hommes politiques intègrent complètement la stupidité de leur électorat dans leur stratégie -il arrive même que cela constitue l’alpha et l’Oméga de leur stratégie-, mais il est hors de question pour eux de le reconnaître publiquement ni même, et cela est plus étonnant au premier abord, de le dénoncer chez les partis adverses.

On peut donc bien parler de tabou. La conséquence principale de cette situation est le développement de doctrines paranoïaques. Si dans une déontologie de fourbe on ne peut signifier aux citoyens qu’une situation politique ou sociale est trop subtile pour être difficilement comprise par tous, alors même que chacun est conscient des problèmes pratiques qui en découlent, il va donc falloir élaborer une théorie qui simplifie drastiquement la situation. Comme cette théorie light est trop faible pour couvrir l’étendue du problème, sans parler de produire des solutions correctes, pour atteindre le quotidien des électeurs et leur faire admettre la réalité de cette doctrine il va falloir avoir recours à un complot imaginaire.

 La subtilité de départ se transforme en une force maléfique et cachée, extrêmement pratique pour élaborer les idées les plus délirantes et les faire passer pour vraies. Une fois admise par l’opinion l’idée que des forces cachées agissent sur le monde, il suffit d’adapter la dénonciation de ces forces au goût du jour pour faire recette. Tout cela découle du fait qu’il est inconcevable de dire publiquement qu’il n’y a en fait rien de caché, mais qu’une grande intelligence – dont au fond nous sommes tous dépourvus – est nécessaire pour y voir clair. Un homme politique qui dirait cela passerait immédiatement pour un imbécile inapte à diriger le pays.

Les exemples de doctrines paranoïaques ne manquent pas. Les partis d’extrême-gauche et d’extrême-droite, sans faire pour autant d’amalgame, en sont le parangon. Dans les deux cas on retrouve une rhétorique presque entièrement basée sur la dénonciation des activités d’un adversaire qui soit une classe sociale – les bourgeois, les capitalistes – ou un groupe ethnique ou social – les juifs, les immigrés,les islamistes– et qui est toujours caché, soit parce qu’il est supposé contrôler les médias et les gouvernements, soit parce qu’il forme une « cinquième colonne ». Ces doctrines se caractérisent par leur grande simplicité : elles s’adressent donc à des gens qui n’ont pas l’habitude de se confronter à des problèmes subtils, ou plutôt qui ne savent pas percevoir la subtilité des problèmes auxquels ils sont confrontés.

Nous sommes donc tous stupides, dans le sens ou personne n’est capable d’élaborer une description vraiment exacte d’une quelconque situation politique ou sociale ? Dit autrement, la réalité est toujours plus intelligente que le plus intelligent d’entre nous. Ceci est le tabou politique par excellence.

Quel progrès peut-on espérer dès lors que le capitalisme semble avoir phagocyté le champ idéologique, plaçant l’économie en leitmotiv du discours politique ?

Rien de bon serais-je tenté de répondre, surtout que quand il s’attaque à un problème ce n’est en général pas pour le résoudre. En fait, le capitalisme cherchera toujours quelles solutions à ce problème il pourra bien vendre. Lorsque son appétit devient illimité, il s’attaque à tous les problèmes, y compris les plus profonds, ceux qu’il ne peut en aucun cas véritablement appréhender, et il va alors se trouver des gens pour chercher donc à vendre des solutions ineptes, débiles. Comme proposer de cloner un animal domestique décédé. Ou proposer un dépistage génétique pour identifier les futurs délinquants. Programmer des ordinateurs pour qu’ils prévoient à l’avance les actions d’un groupe terroriste. Commercialiser la pilule du bonheur, celle du plaisir sexuel, et certainement bientôt la pilule qui rend intelligent. On a bien mis de côté du sperme de prix Nobel ! Cela fait inévitablement penser à la vieille blague de Groucho Marx, comme quoi il n’accepterait jamais de devenir membre d’un club naze au point de le lui proposer.

Gober une pilule qui rend intelligent et qui a été conçue par des imbéciles ? Avouez que ça fait  froid dans le dos, pourtant, c’est là la quintessence de  l’ère des imbéciles que nous avons…et quand Lachgar se voit reconduire pour la troisième fois à la tête d’un parti pour la vision duquel beaucoup de citoyens intelligents ont sacrifié jusqu’à leur vie, je ne peux m’empêcher de penser que là, nous  n’avons pas que l’air imbécile

L’étant devenus vraiment, autant alors mourir idiot…

©khalid Benslimane

01 février 2022