Par Najib BENSBIA, Universitaire et Politologue

Alors que nous voudrions oublier ce qui nous arrive avec cette chose dite covid, en invoquant l’espoir de re-vivre des lendemains plus sains et meilleurs, les médias – ou du moins certains médias – continuent de plomber notre vue par ces chiffres qui font de la mort et de la maladie les hérauts de la désespérance humaine. Après quelques mois de répit, la communication médiatique reprend son ‘’flambeau déconstructeur’’ pour nous infliger suspicion et déconvenues. Quelques sites de news délabrées s’ingénient même à proposer que l’on reconfine les populations et que l’on isole de nouveau les humains de ce pays qui n’arrêtent pas de respirer à petites doses. Cela est éreintant et cavalier à mourir de consternation.

On le sait, la communication est une incursion immaculée de la réalité interphasée en de multiples connexions, à la fois séparées les unes des autres et pourtant menant vers une destination commune : l’inversion des faits. Ce qui est objectivité pour les uns est, dans le même espace-temps, subjectivité. On peut considérer que cela est une vue de l’esprit, or les flux partagés sur Internet et/ou véhiculés par les sites d’informations sont à double, triple, quadruple tranchants, tant ils ne sont pas maitrisables, vérifiables et, donc, fiables.

Ce qui est arrivé avec le coronavirus est on ne peut plus instructif à cet égard, tant il impacte de diverses et multiples manières, pourrait-on dire, ce qui a articulé (la tendance est toujours valable) les faits au regard de et dans notre entendement sous la loupe médiatique.

Alors que le monde est isolé dans toutes ses parties, les médias sont restés hyperactifs. Ils ont décrit en long et en large l’attaque coronarienne, ses à-côtés mortifères et sa dimension transfuge qui a mis à nu l’indigence de la médecine, la pauvreté/atrophie médicamenteuse et l’incongruité du discours et de l’action politiques d’État, tous les États.

En interlignes, tout le monde a compris, devait le comprendre en tout cas, que la communication planétaire a perdu les pédales ! Elle n’avait plus qu’une seule actualité, la mort en direct, la mort qui n’a plus de sens, plus de raison, plus de but, seulement la mort, en elle-même, par elle-même, pour elle-même.

La mort est devenue LE SUJET. Elle n’était plus un acte incident, un dérivé de la vie. Elle s’est transmuée en vie arrêtée, stoppée, schématisée, personnifiée plutôt en UN acte, un seul et final, la fin de tout.

La communication est planétaire. La mort le fut dans une actualité une et indivisible, totalité flagellant toutes les totalités. Espace fini de l’espace infini. Elle s’est imposé objet et sujet de l’espace communicationnel dans et à travers l’ensemble de ses ramifications écrites, virtuelles, audiovisuelles, instantanée et diffusées en direct ou en différé.

La communication a participé, tout le temps, de la déprime du monde en croyant l’informer. Elle a désespéré les plus optimistes que la terre pouvait compter. Elle a créé le vide là où la communauté s’est empressée de vivre en désunion intégrale. Par ses circonlocutions, cette communication planétaire a rendu le monde fou, désarticulé, désinformé, abruti et intolérant. L’information s’est transformée en le pire ennemi de l’Humanité en quelques jours, quelques semaines, en deux mois au maximum. Et cette tendance reprend d plus belle, harcelant notre être, foudroyant notre âme et désarçonnant notre entendement.

Pourtant, par un passé qui ne semble plus récent, chacune et chacun de nous aimait, recherchait, admirait. Le lien social virtuel, qui permettait/favorisait/offrait instantanément la connexion, l’interconnexion entre les humains. Ce lien a semblé, tout-à-coup, devenir l’interface de notre décrépitude, l’astasie en lettres perforantes, déshumanisantes, intolérantes, intolérables surtout dans et à travers tous ses signes. La communication s’est même vue traitée/fustigée comme le poison qui participe du déséquilibre psychologique et comportemental des Humains en ces temps de délabrement moral et sanitaire global. Elle s’est institutionnalisée comme étant le foyer générique qui tue l’espoir.

En fait, la communication planétaire s’est articulée en autant de foyers de supercherie, de charlatanisme, de défloraison de la raison à tel point que la capacité d’absorption/digestion des flux informationnels, désinformationnels, ne pouvait plus la tolérer, voire tout simplement l’ingurgiter.

L’Humanité a, sous cette offensive virale, atteint sa limite extrême de tolérance. Elle ne pouvait – ne peut – plus avancer, figée dans le temps de la peur, de la panique et de l’attente de cet instant de terrassement final, qui peut nous attendre, individuellement et par-là même collectivement, à tout moment de ce temps qui ne passe plus qu’en flux et reflux désintégrateurs, en boucle.

L’espace médias, des médias, toutes formes, modes et viralités, nous apparait désormais le centre de divergence, toutes les divergences, ces trous d’air pollué, haché à force de vérités et leurs contraires, de supputations/hypothèses et autres fantaisies ‘’médicamenteuses’’, le lieu idoine de stratification de toutes les inepties du monde. Prononcer les mots Com et médias est désormais synonyme d’asphyxie de l’intelligence, qui en appelle, qui en appelait surtout, avant l’invasion coronarienne, à l’ambition, donc à l’espérance, plus qu’à l’espoir. Nous sommes devenus, nous autres consommateurs de l’immédiateté informationnelle, allergiques à l’info, parce que celle-ci leur est, en fin de compte, une fêlure inhibant l’esprit critique, la propension dynamique et l’emphase tellurique.

Pourtant, pourtant ! Comme pour toutes ces choses qu’on aime et que l’on déteste à la fois, que l’on veut avoir et qu’on fuit dans le même élan, qu’on recherche en les abhorrant dans le même intervalle, la communication, en fait les médias sont censés être là pour orienter notre regard, nous donner les outils de comparaison, nous fournir les éléments d’usage qui pourraient éclairer nos décisions, les éléments de langage qui permettraient à chacune et à chacun les interactions utiles pour nous transporter dans l’aire et la jouissance des libertés, celles permises et celles encore d’interdits entourées.

Pourtant, pourtant, la communication, les médias en fait, sont là, sont censés être là pour éclairer nos lanternes, celles constamment en veille, et celles le plus souvent en éveil, afin que, de nous-mêmes, ayons une vue d’ensemble. Alors, pourquoi cette méfiance, ce rejet, cette ambivalence qui en font notre atout et, dans le même espace/temps, programment directement et fortement notre désarroi ?

Il n’est pas important de chercher une réponse, celle-ci variera d’un regard à un autre, d’une fenêtre de vision à l’autre. L’important est de se dire que les médias, toutes formes, modes et viralités là aussi, sont le produit de leur temps. Notre temps actuel est empli de tellement d’inflation pluri-thématiques qu’il en devient indigeste par la force de sa pluralité déraisonnable, car elle amplifie les sources/filets de l’insécurité informationnelle. En temps de crise, cette inflation est mortelle, en cela qu’elle n’est plus un agent de véhiculation de ce que l’on recherche en constance, la sérénité. Or, le temps de la lutte anti Covid-19 est déjà intolérable en soi pour qu’il soit dédoublé du trop-plein d’infos exaspérant notre vécu et mortifiant la vue.

Certes, on peut en convenir sans grande réticence, tout est communication. Il y a celle qui est créée pour les éclairés, et celle qui, du fond de l’obscur, essaie d’apporter lumière et repères illuminés. Elle est surtout usage pour tous les usages. Elle est surtout codification de ce qui advient, comme aujourd’hui avec ce virus, sans pour autant influer, de quelque côté et angle que ce soient, sur sa trajectoire. Un parfait acteur désengagé, à son insu.

La communication, comme le sucre et la farine, est prête-faite pour tous les mélanges, pour peu qu’on ait l’infime dosage qui en fait un breuvage fusionné pour que tout converge vers l’objectif escompté. La communication est, en fin de compte, cet ingrédient qui peut être, selon le cas, manipulation, artifice, accompagnement de bon aloi et, bien sûr, instrument de guidage justifiant une chose et, par cogito/affect, tout à fait son contraire. Elle est manne et larve si on ne l’encadre d’outils canalisant sa portée/destinée.

La communication planétaire en a ainsi recensé les pairs et les impairs. Les médias ont fait le reste, en étant son écho passif, sans répit. En effet, la communication médiatique en ces temps virussiens et les dégâts qu’elle a amplifiés, nous ne pouvons que nous rétrojecter dans le passé, celui lointain et l’autre immédiat.