Par Jaouad Benaissi

Même si je sais dire de belles paroles et formuler de jolies phrases, il y’a toujours quelque chose d’inexprimable dans cette histoire. Cette envie ardente de poser ma main sur la tienne et de jouer avec tes doigts. Ce besoin de me remplir de toi, et d’être plein de toi. Comment te le dire sans avoir l’air d’un con et sans le risque de passer pour un charmeur ? Oui, je sais, tu n’es pas le genre de femmes à se faire fasciner par les mots !

Mais dis-moi comment puis-je te décrire cette incroyable légèreté que je ressens chaque fois que je vogue dans ton regard à la fois doux et sévère ? Et chaque fois que je m’allonge sur la paume de ta main ? 

Certes, il faut toujours se méfier des poètes et des intellectuels parce qu’ils sont peu crédibles en amour. Ils exagèrent. Ils voient l’échec partout. Ils se compliquent trop l’existence. Ils brisent les cœurs. Ils persécutent leurs femmes. Mais contre toute apparence, je n’ai ni le talent des premiers ni les complexes des seconds. Je ne fais heureusement partie ni des uns ni des autres. Par contre, j’ai la naïveté d’un enfant qui croit aux fées !

Je comprends les amoureux quand ils se chuchotent des promesses qu’ils ne tiendront jamais.  Et je comprends aussi les oiseaux quand ils se bécotent en public. L’amour est un magnifique scandale à assumer !

Il me faut ta main dans la mienne, tes yeux dans les miens, pour que je puisse me réinventer assez de mots pour m’écrire en toi. Car l’écriture, et pas forcément l’écrit, est la meilleure façon d’immortaliser un amour.  Les pauvres gens se marient, mais les amoureux s’écrivent les uns dans la peau des autres. Ils s’aiment et se laissent emporter par l’amour. Je n’ai rien contre le mariage, je suis passé par là et suffisamment expérimenté pour y reconnaître quelques vertus. Les gens qui peuvent se passer de l’amour, ont plus de chance de survivre dans le mariage. En plus, ils vivent dans l’esprit du devoir. Celui de faire les gosses et les tagines. Or, nous, on n’est pas comme ça !

Viens plus près, mon amour… Ecoute-moi, un peu…

Ton silence a quelque chose de bien. Mais ce bien me crève le cœur, et tu sais qu’il est très rare, de nos jours, d’avoir un cœur. Le mien est fatigué. Il est aussi froissé que des vieilles chaussures de soldats. Par quelle magie parviendras-tu à le guérir ?! Viens encore plus près de moi… Ton cœur dans mon cœur… Ma main sur ta main… Et surtout dis quelque chose…Dis n’importe quelle chose, mon amour… Et écoute-moi un peu. Je ne sais quoi dire de plus ou de moins, mais écoute-moi quand-même. Il n’est pas de plus charmant bonheur que deux amoureux qui s’écoutent même lorsqu’ils ne se disent rien…

Je ne te connais pas. Qui es-tu, finalement ? De quel ciel es-tu tombée ? Que viens-tu faire dans ma vie ? Oui, on se parle quand on en a envie. On parle de la météo, des chiens et des chameaux, pour esquiver les sujets dangereux : cet amour qui vient sans crier gare, ce sourire à rendre con, et cette putain de tendresse que je ressens envers toi !

Aurais-je besoin de te connaître pour t’aimer ? J’aime tes cheveux quand tu les ranges avec un crayon. J’aime ton regard fatigué derrière les lunettes. J’aime sentir les battements de ton cœur s’accélérer quand tu t’approches de moi. Certes, les femmes vulgaires, ce n’est pas mon style, mais j’aime quand tu lâches des gros mots… Voilà, je te connais un peu même si je ne peux trancher définitivement si tu es mystérieuse ou étrangère !

Tu ne sais rien de moi, et tant mieux. Je suis l’homme du présent simple avec un passé composé, recomposé et décomposé.  Je me contente de cela et les mauvaises langues bien déliées, ces derniers temps, s’occuperont de te raconter le reste. Tu verras à quel point elles sont généreuses. Elles connaissent ma vie mieux que moi. Tu feras ta petite idée de l’homme qu’elles auraient aimé que je sois. Mais en attendant, donne moi ta main. J’ai envie de jouer avec tes doigts…

Viens plus près, mon amour… Dis-moi un peu plus sur ce truc inexplicable…On oublie l’aventure et la route et demain… Je sais que tu m’aimes bien. C’est déjà beaucoup, mais ce « bien » me crève le cœur… Je veux que tu m’aimes tout court !