Si vous attendez de moi à ce que, moi aussi, je commence à taper sur l’Algérie et sur les Algériens, vous serez déçus. Ce n’est ni dans ma nature ni dans mon éducation et ce n’est pas non plus la voie que j’a choisie personnellement, depuis toujours, pour contribuer autant que faire je peux, le plus modestement possible, à aider à la résolution de cette si triste affaire.

Quant aux citoyens Marocains et Algériens qui ne cessent pas, spontanés ou manipulés, de crier au loup qui, bien sûr, est toujours l’autre, je leur en veux beaucoup.

Non, ce n’est pas du nationalisme ni du patriotisme, mais juste des effets de foule qui ne font que renforcer les schismes et qui attisent le feu déjà ardent qui consume deux pays et deux peuples que rien ni personne n’auraient dû séparer.
Je crois que vous avez compris qu’il ne faut pas compter sur moi pour énumérer, moi aussi, les « multiples performances et réalisations » du Maroc et, à contrario, les « innombrables failles et faiblesses » de l’Algérie, ni encore moins vous raconter des blagues sur la « bêtise » de ses dirigeants ou du « vide » de ses marchés.
Non, ce n’est pas mon truc. Je laisse cela à d’autres qui, sincères ou bien chauffés par d’autres, passent le plus clair de leur temps « à bouffer de l’Algérie et de l’Algérien ».

Considérez-moi ou qualifiez-moi comme vous voulez, mais celles et ceux qui me suivent ou qui me lisent depuis longtemps avaient certainement remarqué que je ne parle pratiquement jamais de ce dossier, et quand je le fais c’est souvent pour appeler à l’ouverture d’un dialogue serein et pour une solution concertée.

Je suis persuadé, et je l’ai toujours été que, d’abord, une guerre entre frères n’a pas de raison d’être, et si jamais elle arrive, il faut tout faire pour éviter de l’envenimer, notamment, entre autres, par l’intervention ou l’intermédiation, même en apparence amicale, de personnes ayant des intérêts, parfois équivoques, avec l’un ou l’autre de ces frères.

Je vais essayer de vous expliquer pourquoi : parce que cette démarche n’a pas pour motivation première de réconcilier des frères fâchés, mais d’abord et avant tout de préserver les intérêts que ces réconciliateurs ont avec l’un et l’autre de ces frères.

Or, comme les intérêts avec l’une des deux parties sont dans la plupart des cas en contradiction avec ceux de l’autre partie, le médiateur se trouvera acculé un jour, de choisir, par défaut, et de prendre le parti d’un camp contre l’autre.
Je ne parle pas ici de fraternité et de guerre fratricide en général, mais de la vraie bataille larvée qui traine depuis plusieurs décennies entre le Maroc et l’Algérie.

En vérité, si j’étais amené à faire cette profession de foi aujourd’hui, c’est parce que depuis l’annonce de la visite du Président Macron en Algérie, j’ai l’impression que malgré les critiques acerbes, les caricatures pas toujours drôles et les procès d’intention sans preuve qui entourent cette visite, on en attend un miracle. En d’autres termes, que Macron quitte Alger avec, certes, dans une main, de jolis contrats pour son pays, qui en a grandement besoin en ce moment, mais aussi, dans l’autre main, une solution de paix clés en main entre le Maroc et l’Algérie.

Peut-on ou devrait-on le croire ? Je ne sais pas.
Je pense quant à moi que nous devons, avant tout le monde, compter d’abord sur nous-mêmes. Mais, auparavant, nous devons, nous les peuples Marocain et Algérien, être totalement convaincus, clairement et sans ambiguïté, que nous sommes réellement de vrais frères, que notre avenir est entre nos mains et que si nous le voulons et nous le souhaitons vraiment, il ne peut être que radieux. « Peut-être la politique est-elle l’art de mettre les chimères à leur place ? On ne fait rien de sérieux si on se soumet aux chimères, mais que faire de grand sans elles ?», s’était interrogé un jour le Général De Gaule.

Ce à quoi lui aurait répliqué Albert Camus, l’Algérien de naissance et de cœur : « L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites ».
Je vous laisse réfléchir à tout cela, je vous souhaite un très bon weekend et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi tout est dit.