Par Mohamed LAROUSSI

Je le reconnais, le jeu de mots est naze, mais les gens que j’ai dans le collimateur aujourd’hui, je ne crois pas qu’ils soient sensibles à un humour de qualité, ni même qu’ils soient capables de le comprendre. Oui, c’est naze, mais ce n’est sûrement pas un sacrilège. Et même si c’était le cas, je suis prêt à affronter tous ces gardiens du temple dont ils n’ont ni les clés ni la légitimité de le garder, et tous ces pétitionnaires qui se veulent vertueux alors qu’ils ont sûrement plus de vices que les plus grands soulards et voyous de la planète. Qu’est-ce qu’ils m’énervent tous ces gens-là qui sont tout le temps aux aguets, guettant l’apparition du moindre petit écart ou considéré tel, pour aussitôt lever l’étendard du puritanisme absolu sous couvert de la défense de « notre identité, de nos cultures séculaires et notre religion sacrée » ! Ils ont même fondé pour cela un très pompeux « Forum de consolidation de l’identité ». 

En vérité, ce lever de bouclier anachronique et somme toute marginal ne m’avait ni surpris ni impressionné. 20 000 signataires qui « protestent » hypocritement contre des « mécréants » qui ne respecteraient pas la neutralité culturelle à laquelle ils seraient de facto assujettis, bof ! Si peu pour si peu. Je m’étais dit, si ça peut les aider à se donner bonne conscience, alors soyons cléments et compréhensifs. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un esprit d’ouverture et d’acceptation de l’autre. Je n’aime pas beaucoup le mot « tolérance » parce qu’il sous-tend une certaine idée de supériorité, de suprématie. « Tu n’es pas de ma religion, de ma culture, de mon pays, de ma tribu, de ma famille, de ma ville, de mon quartier, mais comme je suis gentil(l)e, je te tolère. Je tolère ta présence, ton existence chez moi ou près de moi ». 

Beurk ! Quelle horreur ! 

Je sais bien que dans notre pays persistent encore de multiples formes de résistance à la liberté d’autrui de faire et d’agir comme bon lui semble, mais de là à voir un jour certaines personnes se regrouper – encore une foule ! – pour faire d’un évènement festif organisé par une institution étrangère à vocation commerciale pour des particuliers majeurs et libres « un acte odieux en conflit avec les lois marocaines, la loi islamique et les coutumes marocaines », ce n’est pas du délire, c’est de la démence. D’’autant plus que seront servis, se révoltent-ils, « des aliments traditionnels bavarois à base de porc » !

Et alors ? Est-ce qu’un non musulman, dans un pays non musulman, et plus précisément au Maroc, n’a pas le droit de manger et de boire ce qu’il veut ? Est-ce que vous avez lu la constitution ? Je ne ne dis pas que c’est comme le coran, mais vous devez la respecter et accepterce qui y est écrit. Et si jamais vous n’êtes pas d’accord avec certains de ses articles, ce qui est votre droit absolu, vous devez quand même continuer de les respecter jusqu’à leur changement éventuel. Mais pour cela, il va falloir que vous le disiez ouvertement et publiquement, et mener un combat pour ce changement. 

Maintenant je crois que c’est moi qui délire. Vous n’avez même pas eu le courage dans votre pétition de rappeler – comme on dit si bien chez nous – ce qui est « visible à l’aveugle », à savoir que les boissons spiritueuses, dont les plus fortes et les plus alcoolisées qui peuvent atteindre les 45° et plus, donc bien loin des 6 ou 7° de la pauvre petite bière, sont en vente et consommation libres dans notre pays et ce,depuis la nuit des temps. 

Tout ce qui nous est demandé, c’est un peu de discrétion. Vous n’avez pas osé le rappeler parce que vous n’avez pas envie d’admettre que ce n’est pas les quelques dizaines de litres de bière allemande qui seront consommés lors de cette journée du 28 octobre par des fêtards et fêtardes en majorité germanique, germanophone et amatrice de bonne mousse et de bonne chair, qui vont faire déborder les bassins des millions d’hectolitres d’alcool de tout genre qui sont ingurgités tous les ans, essentiellement par les musulmans de ce pays, à leur grande joie et à la grande satisfaction de notre trésor public qui trouve un plaisir indécent à les taxer sans même se donner la peine de le cacher !

Et j’alaissé le meilleur pour la fin, les « consolideurs » et formateurs (du mot formatage) de notre identité sont allés jusqu’à murmurer dans leur pétition que les États « devraient respecter les particularités des pays dans lesquels leurs institutions opèrent ».Tiens ! Tiens ! Vous n’avez pas déjà entendu ou lu ça ailleurs ? Imaginez que certains Etats, notamment ceux où vivent une bonne partie de nos fameux et généreux Marocains Résidents à l’Etranger, décident d’appliquer cette demande équivoque qui ressemble plus à une supplique qu’à un souhait.

Bref ! Laissons les autres trinquer comme ils veulent, quand ils veulent et autant qu’ils veulent, et occupons-nous de notre propre soif. 
Au fait, il paraît que nous avons des problèmes d’eau, et que nous sommes sommés désormais de l’économiser, sous peine d’amende qui peuvent atteindre jusqu’à « 500 Dhs » ! Waou ! Je crois que c’est plus que pour le délit d’ivresse publique.

Tiens ! Pourquoi pas une fatwa qui « halalirait » la mousseuse, ne serait-ce que momentanément ? On ferait ainsi d’une bière deux coups. 
Voilà, c’est dit. 

En attendant, je vous souhaite un très bon week-end clément, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.