Par Mohamed Laroussi

Nous savions que le virus Corona était un vrai criminel, mais nous sommes en train de découvrir qu’en plus, c’est un récidiviste insistant, persistant, résistant. C’est simple : il ne veut pas partir. Ou plutôt, si l’on en croit les gardiens de notre santé qui ne savent plus où donner de la tête, il part et il revient.  

Franchement, je les plains et je ne voudrais pas être à leur place. 

Depuis que ce maudit virus a montré son crâne tout rond et faussement couronné, ils n’ont pas arrêté de mener contre lui des batailles qui resteront inscrites dans la mémoire de notre Histoire et même dans celle de l’Histoire de l’humanité toute entière puisque, semble-t-il, notre pays a réalisé des victoires et des performances que le monde entier lui reconnaît, et que certains de ses voisins lui envient, eux, les pauvres, qui n’arrivent pas à soigner comme il faut leurs propres citoyens atteints par ce virus, ni même à en prémunir leurs propres dirigeants. Ce n’est pas juste pour taper sur les copains d’à côté, mais on ne peut pas nier qu’on a fait un peu mieux qu’eux, sauf qu’on doit reconnaitre que chez eux, il y a quand même du grabuge, et que les centaines de milliers de jeunes ou moins jeunes qui manifestent dehors chaque vendredi – tiens, tiens, eux aussi, c’est vendredi ? – ça ne doit pas trop arranger les fameuses mesures-barrières. 

Chez nous, ce genre de trucs a été étouffé dans l’oeuf : les manifs, sit-ins et tout ça, c’est fini. Il faudra attendre que le virus à la tête dure s’en aille définitivement pour pouvoir sortir dans la rue. Sinon ? Eh bien sinon, tu risques de recevoir des coups sur la tête. Compris ? On vous a dit que ce n’est pas le moment ! Même la fête du travail et ses marches bon-enfant de ces dernières années ont été interdites “pour préserver la santé des manifestants”. Oh ! Qu’est-ce qu’ils sont gentils !

Et pourquoi donc, aujourd’hui, ils nous ont donné le droit de sortir nous balader en groupes, d’aller à la plage en famille, de fêter les mariages, les baptêmes, les circoncisions, d’aller dans les mosquées et d’y faire nos 5 prières et même plus encore (en fait, je ne parle pas de moi, mais de tous les pieux qui veulent aller au paradis et de tous les  autres qui font juste semblant pour paraître mieux), pourquoi donc, demandais-je, on nous donne la possibilité légale et officielle de revenir à la vie normale, et puis, juste quelques instants après, ils recommencent à nous engueuler, à nous faire peur, et à brandir la menace du “durcissement des mesures restrictives si les Marocains ne se conforment pas aux mesures sanitaires”. 

Ils nous disent même très clairement que si nous ne faisons pas “preuve de vigilance” et si nous ne respectons pas “la distanciation sociale et le port correct du masque”, ils seraient obligés de nous enfermer de nouveau, quitte à ce que nous mourrions de faim, puisque, selon notre ministre de la santé et des dépenses exorbitantes qui y sont liées, “beaucoup de secteurs pourraient très sérieusement en être impactés”.  

Tout cela, croyez-moi, je pourrais parfaitement le comprendre. C’est vrai que nous avons affaire à un virus vicieux avec lequel nous sommes à peine en train de faire connaissance. Même les plus scientifiques des savants et les plus rigoureux et les plus curieux des chercheurs avouent qu’ils ne savent pas encore beaucoup de choses pour lui. Personnellement, je n’ai jamais caché ma totale ignorance de ce rayon, comme d’ailleurs dans tant d’autres, mais je fais confiance à tous ceux et à toutes celles dont c’est le métier, ou, au moins, une des principales préoccupations. 

Tenez ! J’ai été invité cette semaine à participer à un séminaire scientifique à Tanger par une grande association d’étude et de recherche sur les politiques publiques. Le thème de cette rencontre était de faire le point sur le post-Covid sur nos propres vies.  De nombreux universitaires, chercheurs, chercheuses, économistes, sociologues, philosophes etc. ont participé à cette première rencontre. Et comme tous ces gens-là ne sont pas des farfelus ou des charlatans, aucun d’eux et aucune d’elles n’a donné une solution miracle ni même une réponse stricte, absolue, définitive, sur comment nous allons vivre après le départ de ce salopard, si départ il y a. Mieux encore : la plupart se sont contentés de se poser des questions, y compris sur ce qu’on a appelé, peut-être un peu trop vite : “le post-Covid”.

Pourtant, nos responsables eux, au lieu de réfléchir et de faire réfléchir avec eux les gens du savoir et de la connaissance, s’amusent à nous sortir communiqué sur communiqué, déclaration sur déclaration, les uns et les unes souvent en contradiction avec les autres. Ils vous donnent un laisser-passer le matin et ils vous l’enlèvent les soir même. Ils ont invité, à coups de milliards, des millions de Marocains à l’étranger à rentrer dans leur pays d’origine pour profiter de sa beauté, et puis dès leur arrivée, ils leur ont demandé de limiter au maximum leurs déplacements et les effusions de leurs émotions. Et pourquoi donc ? Parce que le loup est toujours dans la bergerie. 

Au fait, à propos de bergerie, qu’est-ce qu’on va faire avec les moutons ? 
En attendant la réponse qui ne m’intéresse qu’à titre d’amuseur public, je vous souhaite un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma