Par Jaouad Benaissi

Je ne veux pas que tu reviennes. Je suis seul et puis, j’aime me sentir libre de toi. Et si je t’écris ce soir, j’aimerais que tu comprennes que c’est dans la liberté que je t’aime vraiment. Je t’aime tout court… Cette absence qui nous a été infligée comme une lourde peine, pourrait finalement être notre dernière chance de maintenir vivant un amour qu’on savait claustrophobe et qui, pourtant, s’est enfermé dans les couloirs de la société et cogné à ses murs…

La  séparation n’est pas forcément la fin de l’amour. Au contraire, c’est un nouveau chapitre de l’histoire qui s’écrit et se lit dans l’absence et le silence. Le chagrin réveille le cœur, rappelle les beaux moments passés et provoque la conscience. Dans le chagrin, on se rend enfin compte de la valeur d’une personne dont on a manqué de prendre soin. Une personne qu’on a fait tellement chier qu’elle a fini par s’en aller. Et cela va dans les deux sens, tu sais !

L’amour survit aux départs et seul le temps peut l’achever. Et moi, je porte ton amour comme un tatouage invisible, pourtant gravé sur mon front. Je te vois partout. Je retrouve ton odeur sur ma peau et ton corps dans celui de toute autre femme qu’il m’arriverait d’inviter à ma solitude. Je préfère la souffrance du chagrin à la froideur de l’oubli.

Je sens que je t’aime mieux… Sans bague au doigt… Sans corde autour du cou…

Et puis, sans toi, je reprends sereinement goût à la vie. Et j’apprécie les petites choses auxquelles on ne prête pas attention quand on est en couple et que le temps est équitablement réparti entre les problèmes et les faux problèmes. En fait, mes oreilles n’avaient l’habitude que de tes reproches, mais là, j’écoute de la  bonne musique et, de temps à autre, je me remets les doigts au clavier pour faire ma catharsis… Mais est-ce bien de cela que j’avais besoin ?  

J’avoue que ce chagrin est suffoquant par moments. Je m’en moque en lâchant un sourire chaque fois que je pense à toi et en offrant un « je t’aime » à toutes les femmes que je rencontre. Tu m’as brisé le cœur, tu sais ! Et malgré cela, je ne veux garder de toi que les beaux souvenirs d’une femme particulièrement pétillante. Les douleurs et les rancunes sont trop lourdes à porter surtout qu’on a encore du chemin à faire et que, pour chaque jour qui passe, il faut trouver une raison de continuer sans lâcher prise.

Quand il m’arrive de croiser les amis, les proches et même les ennemis, personne ne demande mais ils sont tous étonnés de me voir sans toi. On dirait que, sans toi, je ne suis plus la même personne. On dirait que j’ai perdu ma moitié, mon ombre, ma foi, mon tout… Je ne savais pas que tu pouvais être si importante pour moi. Il fallait que je te perde pour bien m’en rendre compte. Tu peux imaginer à quoi ressemble ma gueule lorsque la nostalgie s’empare de moi !

J’évite de parler de toi. Je n’aime pas parler de ma vulnérabilité…

Ma plus grande vulnérabilité, c’est toi. Dans quelle langue devrais-je parler de toi sans tomber ni dans la mesquinerie ni dans la sentimentalerie. Avec quels mots, quel lexique et quelles images ? Quelles précautions linguistiques devrais-je prendre pour te dire que j’ai toujours le goût de ta langue dans ma bouche ? Comment pourrais-je te faire comprendre que j’aime me perdre dans toi, au plus profond de toi, autrement que par les mots ?

Je préfère ne rien dire. Le silence peut être la meilleure option pour ne pas se dévoiler complètement. Et Dieu sait à quel point le mot « complètement » est terrible, parce qu’en évitant de parler de notre amour, j’ai l’étrange impression d’être habillé devant, et tout nu derrière !

Malgré tout, la terre n’a pas été faite pour tourner autour de toi. Quand on perd quelqu’un, on doit se donner la chance de rencontrer quelqu’un d’autre. C’est aussi simple que cela. Dans quelques temps, tu seras une histoire par d’autres, des souvenirs sans âme, un sourire figé ou une douleur inactivée… Et dans les meilleurs des cas, tu pourras te vanter d’avoir été l’Ex de Machin. Parce que finalement, la nature impose ses règles et la vie se refait dans la douceur.

Alors ne reviens pas. C’est mieux comme ça !