Par Mohamed LAROUSSI

Aujourd’hui, je n’ai pas pu m’empêcher de revenir sur l’effondrement, le revers, la déroute, la débâcle, la débandade, la raclée, appelez-la comme vous voulez, du PJD. Vous allez me dire qu’il ne faut pas tirer sur une ambulance, oui, c’est vrai, sauf lorsque c’est l’ambulancier qui a été la cause de l’accident, et qu’on attend toujours l’agent constatateur. 

En vérité, ce n’est pas tant la défaite spectaculaire de ce parti, parti de pas grand-chose et devenu le plus grand du bled qui m’intéresse, mais plutôt le mutisme criard et assourdissant dans lequel ses responsables sont plongés depuis le mercredi noir, noir pour eux, bleu(s) et rose pour les vainqueurs

Qui ne dit mot consent, disait l’autre, mais je ne pense pas que ce soit aussi simple. D’ailleurs, au Maroc, tout ce qui semble simple, est souvent très complexe. Et tout ce qui est très complexe, on préfère ne pas trop parler, ou mieux encore, ne pas en parler du tout. 
Alors, justement, moi, comme vous me connaissez, j’ai envie d’en parler parce que j’ai envie que nos pauvres perdants qui paraissent totalement perdus nous en parlent et nous disent ce qu’ils en pensent. 

Après tout, ils nous ont tellement cassé la tête, pendant plusieurs années, avec leurs crocodiles et leurs diables, que le temps est enfin venu de nous montrer leurs dents et leurs tridents. A moins que tout cela n’ait été que des idées inventées pour détourner notre regard ou pour nous tourner en bourriques. 


Je ne voudrais pas faire de procès d’intention a postériori, par contre j’aimerais tant qu’ils éclairent notre lanterne, même si, pour l’instant, la leur semble s’être éteinte. 

Je n’ai pas caché ma joie et mon bonheur de les voir déguerpir car ils nous ont vraiment pompé l’air avec leur discours pastoral qui se voulait moral et leur populisme manipulateur et usurpateur qui nous sapait le moral, mais, malgré cela, j’ai franchement envie de comprendre ce qui s’est réellement passé.

Je ne suis pas obligé de le dire, mais j’aime bien le répéter : je suis profondément démocrate, et même si ce ne sont pas ceux que j’aime qui gagnent des élections, je respecte le verdict des urnes, quitte à ne pas arrêter de taper sur eux. D’ailleurs, que Dieu me pardonne, c’est ce que j’ai fait pour nos “amis” du PJD, et c’est ce que j’ai également l’intention de faire avec les nouveaux gagnants. Les voilà prévenus.


Donc, comme je suis profondément démocrate, je n’aimerais pas du tout savoir que ceux que je n’aime pas et pour lesquels je n’ai pas voté, perdent, non pas, “démocratiquement”, mais parce qu’on les aurait fait perdre. Bien entendu, le “on”, c’est le fameux “Makhzen” que tout le monde craint et accuse, mais que pas grand monde est capable de nous le montrer. 

Bref, comme je l’ai entendu maintes fois, depuis le 8 octobre, parfois de la bouche de personnes que je respecte beaucoup et qu’on ne peut soupçonner d’être “pro-islamises”, ce serait “le Makhzen”, parce qu’il voulait la peau du PJD, qui aurait tout fait pour l’écraser à défaut de pouvoir l’éliminer.

Moi, rappelez-vous, j’avais une tout autre analyse. Sans parler ni directement ni indirectement du rôle présumé du “Makhzen” dans l’échec cuisant du PJD, j’avais estimé qu’après 2 mandats totalisant 10 ans de gouvernement d’autosatisfaction arrogante, avec des promesses pas loin de celles des livres sacrés, les électeurs et électrices qui avaient voté pour lui, deux échéances de suite sans voir aucun des engagements tenu, du moins parmi les plus importants qui étaient ses chevaux de bataille, comme la moralisation, la lutte contre la corruption, contre les inégalités, pour la justice sociale etc., ne pouvaient pas ne pas être déçus et donc ne pas se retourner contre lui, notamment en votant pour d’autres. 


Cela dit, il est vrai que l’ampleur de la défaite a dépassé toutes les prévisions – et tous nos désirs – et c’est justement l’explication que nous attendons des dirigeants du PJD. 
Soit ils reconnaissent qu’ils ont mérité de perdre parce qu’ils n’ont pas été à la hauteur de leurs promesses et de la confiance mise en eux, autrement dit, pour utiliser une expression chère aux camarades marxistes-léninistes-maoïstes, ils doivent ” faire leur autocritique”. Soit qu’ils nous disent clairement qu’on les a volontairement et délibérément fait perdre, auquel cas, ils doivent obligatoirement désigner, et d’une manière précise, qui les a réellement fait couler. Et s’ils ne le font pas, par peur, par lâcheté, par calcul politicien, ou pour tout cela à la fois, qu’importe, qu’ils soient sûrs et certains que même ceux et celles qui ont voté pour eux un jour ou même le 8 septembre dernier, n’auront plus que du mépris pour eux et prendront vraisemblablement leurs distances par rapport à eux. 


En attendant, nous, nous attendons toujours le nouveau gouvernement qu’on nous promet plus jeune et plus dynamique avec, nous l’espérons, de nouveaux visages, et surtout, une nouvelle vision. Amen.


D’ici là, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis, à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.