En vérité, j’avais décidé depuis déjà assez longtemps de ne plus aborder ce sujet ô combien anxiogène, ne serait-ce que parce que la situation semble très visiblement s’améliorer de jour en jour.

Merci qui ? Oui, je suis d’accord, il faut absolument remercier tous les responsables politiques, tout le personnel soignant et toutes les autorités, personnes et personnalités qui ont contribué à ce succès que personne ne peut nier, un succès qui est loué et salué aussi bien chez nous que partout ailleurs. Donc, merci et mille mercis.
Ceci dit, il faut à un moment donné cesser de nous empoisonner la vie. Je ne sais pas pour vous, mais moi, très franchement, je n’en peux plus de cette atmosphère mortifère et démoralisante.
Alors que la situation semble parfaitement maitrisée, je ne comprends vraiment pas pourquoi on continue d’entretenir cette peur et cette angoisse, chose qui, loin de nous effrayer, nous sape le moral grandement, pour ne pas dire vachement.

Je ne comprends pas non plus pourquoi on persiste à nous faire subir chaque jour, et même plusieurs fois par jour, la litanie hyper ennuyante et hyper démoralisante des chiffres. Cela fait 2 ans qu’on nous assène des coups sur la tête avec ces tableaux répétitifs dans le but, nous expliquent certains « experts », « de ne pas « relâcher les efforts ».

Vraiment, ne croient-ils pas qu’on ait fait déjà tous les efforts qu’il faut et même plus ?

Je n’arrive vraiment pas à comprendre pourquoi la plupart des médias, publics ou privés, lorsqu’arrive l’heure de débiter leurs chiffres alarmistes, et quel que soit celui qu’ils vont nous annoncer, ils commencent toujours par « plus de… ». Il y a quelques semaines, quand nous étions encore proches du pic de la 3ème vague, c’était, par exemple, « Plus de 10 000 cas positifs » ; puis on a eu « Plus de 5000 cas positifs » ; ensuite, « Plus de 3 000 cas positifs » ; et ces derniers jours, malgré la baisse manifeste et l’accalmie de la pandémie, on entend encore et toujours « Plus de 1 200 cas positifs » ; tout dernièrement, il y a une semaine, ils ont lancé : « Plus de 700 cas positifs » ! Je suis sûr que si on continue comme ça, on va les entendre un jour crier pour nous engueuler : « Plus de… 5 cas positifs ou juste … un seul !!! ».

C’est de la tentative de terrorisation par les chiffres !
Tenez ! Pourquoi, tant qu’à faire, on ne nous donne pas les chiffres des décès par d’autres maladies, juste pour que l’on puisse comparer ?

Savez-vous, par exemple, qu’en « temps normal », c’est-dire avant cette pandémie de Corona, la grippe dite saisonnière au Maroc causait parfois… plus de 80 ou 90 décès, surtout chez les personnes âgées et/ou à comorbidité élevée ? Pourquoi personne ne nous parle pas ou plus de cela ?

Je n’ai pas besoin de vous le redire, mais, en ce qui me concerne, je n’ai jamais été un « complotiste », et conscient, convaincu et discipliné, majeur et tri-vacciné, j’ai fait mes 3 doses sans rechigner.
Mais là, je vous le répète, JE N’EN PEUX PLUS.

Maintenant, j’en arrive au sujet précis qui m’a inspiré le titre tordu plus haut.

Je n’ai jamais caché ma sympathie pour notre chef du gouvernement et pour certains des membres de son équipe. J’ai toujours défendu l’idée qu’un des premiers points positifs de ce nouveau gouvernement, c’est le fait qu’il ait remplacé l’ancien qui était archaïque et rétrograde et qui n’avait que trop sévi. Hélas, ce que je constate, c’est que, comme on pourrait dire, chassez le féodal, il revient… par le haut.

On peut tout reprocher à Othmani : son immobilisme, sa fausse dévotion, son manque d’audace, sa soumission et tout ce qu’on veut, mais je ne me rappelle pas l’avoir vu ou entendu un jour donner des ordres à ses partenaires, et encore moins leur faire du chantage ou les menacer, eux et leurs troupes, de représailles.

Pourtant, c’est l’impression que nous a donné Monsieur Aziz Akhanouch lorsqu’on l’a vu s’adresser aux patrons ou aux représentants de leurs syndicats. « Faites vacciner vos employés et vos cadres, et s’ils refusent, renvoyez-les ! ». Ce n’était pas dit tout à fait comme ça, mais je ne suis pas trop loin.

Et la loi ? Et les droits ? Et la constitution ? Qu’est-ce que vous en faites, Ssi Aziz ?

Et si jamais ces patrons suivent vos ordres et vos instructions, et qu’ils mettent dehors tous les récalcitrants, qui va bosser à leur place ? Et qui va leur payer tous les dommages et intérêts que la justice ne manquera pas d’exiger de leurs patrons pour licenciement abusif et arbitraire.
Au fond, quel serait le délit invoqué ? Refus de se faire piquer pour la 3ème fois à cause d’une trouille même injustifiée ? Je ne suis pas juriste, mais je ne crois pas qu’il existe ce genre de trucs dans la loi du travail, ni même dans le code pénal.

Je ne sais pas qui conseille notre Chef du Gouvernement, ni qui prépare ses réunions, ni qui rédige ses discours, mais, franchement, il y a des coups de pieds qui se perdent.
On m’a dit dernièrement que dès son arrivée à la tête de l’exécutif, il se serait entouré de « spécialistes » de la communication et du comportement. Ah bon ? Eh ben ! Qu’est-ce qu’on aurait eu sans eux ?!?

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y a péril en la demeure, mais si j’ai un conseil, un seul, à donner à Ssi Aziz, c’est celui de ne jamais oublier qu’il a beaucoup d’ennemis, et il les connaît bien, et qui n’attendent que ce type de faux pas, c’est-à-dire des propos si maladroits, pour lui tomber dessus de nouveau.

En politique comme dans pas mal d’autres domaines, l’action, c’est bien, la rigueur, c’est encore mieux, mais les erreurs de communication peuvent donner lieu à des réactions tellement négatives et des conséquences tellement désastreuses qu’il est souvent très difficile d’y remédier.

J’ai décidé de conclure avec cette maxime de quelqu’un d’érudit, de sage et qui n’est pas né d’hier : le grand tragidien Euripide. 

« Les paroles ne devraient jamais prévaloir sur les faits. Celui qui agit bien, devrait savoir parler. Celui qui agit mal, ses mots devraient avoir un son fêlé, il ne pourrait rendre son éloquente son justice ».
Je ne sais pas s’il y a un rapport ou pas avec ce que j’ai écrit aujourd’hui, mais, moi, cette phrase, elle me parle bien.
Quant à vous, je vous souhaite un très bon weekend, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour » et « Dar Lmima ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma