Je suis très désolé de choisir un titre aussi tordu et aussi mal inspiré, mais je suis vraiment écœuré par le niveau si bas atteint par notre classe politique et plus particulièrement par certains de nos ministres.

L’actualité ancienne et récente regorgent d’anecdotes, les unes aussi pourries que les autres, qui nous informent sur ce que nous savions déjà et avec quoi nous avons apparemment fini par nous habituer, à savoir la déliquescence de notre champs politique, et avec lui, dans la foulée, ce que je pourrais appeler notre « clan intellectuel », tellement il est devenu réduit, minuscule, quasi inexistant.
La dernière de cette actualité dégradée et dégradante, c’est cette déclaration d’un de nos ministres les plus en vue et les plus en ouïe, tellement on le voit et on l’entend tout le temps. Je ne sais pas si c’est lui qui cherche à se faire voir et à se faire entendre ou bien est-ce que ce sont les autres qui le cherchent, en tout cas, il n’en rate pas une. Mais comme il y a quand même une justice quelque part, aussitôt après, personne ne le rate. Tout le monde lui tombe dessus à bras raccourcis, mais je crois qu’il doit aimer ça. La preuve, il recommence à chaque fois. Ça doit sûrement le booster, comme on dit aujourd’hui. Ou le valoriser à ses yeux. A chacun sa gloire.
En tout cas, sa dernière sortie n’est pas la plus inspirée ni la plus intelligente.
A une question vraisemblablement provocatrice d’un des journalistes présents à une conférence de presse improvisée, notre Beau Ministre de la Justice et des Déclarations Intempestives et Impétueuses lui a répondu, du tac au tac : « Mon fils a 2 Masters, une au Maroc et l’autre à Montréal. Son père (c’est-à-dire sa Haute suffisance en personne) est riche et l’a envoyé étudier à l’étranger ».
Et sur ces mots, ces gros mots, devrais-je dire, Maître Le Beau fonça sur les journalistes au risque de faire tomber leurs micros et leurs caméras et disparut dans la nature. Sauf qu’il ne savait pas que dans la politique, on ne laisse pas tomber les gens comme ça après les avoir méprisés et pris de haut. D’ailleurs, il s’est très vite rendu compte que ses paroles déplacées et son attitude méprisante n’étaient pas passées inaperçues et qu’il va falloir qu’il les justifie. Hélas pour lui, ses excuses étaient tellement plates et tellement peu sincères que personne n’en a tenu compte, et que bien au contraire cela n’a fait qu’aggraver sa situation, notamment auprès des dizaines de candidats malheureux du concours d’avocats qui se sont sentis doublement atteints, pour leur échec et pour l’insulte plus ou moins directe à leur égard du ministre de tutelle.
Comme vous voyez, je n’ai donné aucun jugement de valeur sur le concours incriminé car je voudrais laisser la résolution de ces problèmes à la justice et à qui de droit. Par contre, je ne peux me taire sur le silence incompréhensible des hauts responsables de l’État, à commencer par le chef du gouvernement qui est, jusqu’à preuve de contraire, le supérieur hiérarchique de Maître Le Beau et des autres. Je sais que ce n’est pas dans la culture de nos Premiers Ministres de réagir publiquement aux agissements critiquables et aux attitudes maladroites de leurs ministres, mais je pense qu’il est temps que cela change. Il est absolument incompréhensible que tout ce beau monde se comporte avec nous comme si nous étions des moins que rien. Quand je dis nous, je ne parle pas que de ce qu’on appelle « le peuple », celui à qui on reproche souvent de mal voter ou de voter pour les donateurs-bienfaiteurs d’un jour qui disparaissent le lendemain, mais aussi à tous les autres, y compris ceux qui comme nous, ne votent jamais, ne râlent pas toujours, et se contentent souvent de rouspéter en silence ou en cachette.
Je pense que le comportement de ces ministres à notre égard est le reflet du mépris qu’ils ont pour nous, d’autant plus que rien ni personne ne vient leur rappeler leurs devoirs de responsables d’exécutifs ou juste les règles de la bonne éducation.

Non, ils sont ministres, ils sont « riches », leurs enfants étudient à l’étranger – ou pas -, et ils n’ont pas à écouter nos critiques, à répondre à nos doléances, ou juste à répondre correctement, sans s’énerver, à nos questions.
L’ascenseur social, disent-ils ! Tu parles d’un ascenseur ! En fait, s’il existe bien un ascenseur social dans ce pays, il doit être réservé à quelques catégories sociales bien choisies et bien sélectionnées.

Quant aux fils du « peuple » – qu’est-ce que je n’aime pas ce mot ! – ils doivent se battre seuls, rester au pays pour y étudier car leurs parents ne sont pas « riches » comme Maître Le Beau », recourir aux petits métiers de petit peuple, ou espérer un jour devenir comme tous ces fils de peuple qui ont réussi à la sueur de leurs jambes et de leurs pieds et grâce à la bénédiction de leurs parents pauvres, mais dignes, ces enfants devenus très riches qui ont fait rêver leurs frères de classe moins lotis de jours meilleurs, voire lumineux.
Pauvres de nous ! Jusqu’à quand nous allons continuer de subir cette arrogance, cette déconsidération et ce mépris ? Jusqu’à quand ?
Je suis dé-goû-té.
Dans l’attente, alors que je n’attends plus rien, je vous souhaite quand même un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.