Par Mohamed LAROUSSI

Vous ne l’attendiez pas, celle-là, hein ? Pourtant, je suis sûr que vous vous êtes dit que je ne pouvais pas passer à côté d’un évènement que beaucoup ont jugé nul, et que d’autres auraient tant aimé qu’il soit non avenu et donc jamais advenu.

Non, Toto était là, et même là et là, une fois sur une grande place publique, et juste après en plein l’Boulevard. Et alors ? Et bien alors, il va falloir qu’on l’assume. Non pas Toto, bien sûr. Lui, on l’a invité, on l’a parrainé, et on a financé sa montée périlleuse sur les planches d’une grande scène à Rabat, une ville toute auréolée du titre prestigieux de « Capitale Culturelle de l’Afrique ».

Et alors, où est le problème ? Le Problème, c’est que le concert de Toto, dit « El Grande », a causé un grand problème au ministre qui l’a invité, parrainé et financé. En fait, le problème n’est pas tant dans le financement en soi que dans le fait que le fric avec lequel Toto qui dit les gros mots a été payé, et grassement parait-il, n’est pas le propre fric du ministre en question, mais celui de l’État, donc du contribuable, donc un peu le vôtre et le mien.

Monsieur le Ministre pourrait rétorquer que c’est son budget, que c’est à lui qu’il a été confié, et qu’après tout, il est libre d’en faire ce qu’il veut. Il aurait raison dans un certain sens, sauf qu’un ministre est un Haut Commis de l’Etat, certes, mais c’est l’État qui lui fixe les règles et lui trace es limites, entre autres, celles d’utiliser cet argent avec parcimonie, mais aussi et surtout, à bon escient.

Revenons à Toto. Lors de ce concert, il n’a pas tari d’éloges sur Monsieur le Ministre et son illustre ministère, même s’il l’a fait, c’est vrai, avec des mots aussi gros que des bobos, et qui pouvaient prêter à confusion chez les gens qui ne sont plus aussi jeunes qu’autrefois.

Moi, Toto, entre nous, je comprends bien qu’il soit aussi sympa avec son cool Tonton Mehdi. En effet, ce n’est pas tous les jours qu’un ministre parle d’un artiste avec autant d’égards, et qui le fait partout où il se trouve, que ce soit à la télé, à la radio, et même au Parlement. Cependant, s’il n’a jamais reconnu publiquement faire partie de ses « millions de fans », il le défend avec vigueur et conviction, notamment au nom du principe sacro-saint de la liberté d’expression artistique. Je soutiens également ce principe, mais dans le cas d’espèce, je pense qu’il faut mettre un bémol. 
Je m’explique. 

Depuis sa nomination, Monsieur le ministre de la culture, de la jeunesse et de la communication – je ne sais pas si c’est dans cet ordre, mais ça n’a aucune importance – n’a pas cessé de faire parler de lui, et c’est normal parce qu’il n’a pas cessé lui-même de parler de tout ce qu’il a fait, d e qu’il fait et de tout ce qu’il a l’intention de faire.

Le problème – et c’est une règle presque intangible en communication – c’est que dès lors qu’on parle beaucoup, pour ne pas dire trop, on finit inévitablement un jour par dire… des bêtises. 

Je vous donne un exemple. 

Il y a déjà plusieurs mois, Monsieur le ministre avait déclaré dans une interview à la télé, qu’il était tout naturel de donner la parole à « Toto », parce que, tout simplement, il a « des millions de vues ». Il avait aussitôt ajouté que « c’est une culture marocaine – en parlant toujours de ce que chante et clame Toto – qu’il faut préserver, soutenir et lui donner l’occasion de s’éclater ». Et il avait fini par cette phrase qui est une vraie profession de foi : « Notre rôle n’est pas de juger l’art, mais de le soutenir du moment qu’il a un public ». Fin de citation. 

Aujourd’hui, suite au tollé général suscité par les propos un peu crus de Toto Hchouma, Monsieur le ministre aurait déclaré que tout en n’étant pas responsable des propos si chauds de son protégé, il était contre toute forme de censure des arts et des artistes. 

J’ai presque envie de l’applaudir, mais je vais quand même lui poser une petite question : puisqu’il est contre la censure, et c’est tout à son honneur, et que son rôle « n’est pas de juger l’art etc. », pourquoi alors – c’est juste un exemple – y a-t-il toujours une commission, quiest d’ailleurs sous la tutelle de son ministère, qui visionne et scrute à la loupe tous les films avant leur sortie, et qui décide de leur donner ou pas un visa d’exploitation ?

Pourquoi donc ne laisse-t-il pas les cinéastes, Marocains ou étrangers, s’exprimer librement, et permettre ainsi au public de voir ce qu’il veut, où il veut et quand il veut ? 

En vérité, je n’aime pas bêler avec les moutons, mais je n’aime pas non plus hurler avec les loups. Au fond, je n’ai rien ni contre ce Toto ni contre le rap ni contre les rappeurs ni encore moins contre tous ceux qui dérapent dans le langage ou autre. Je suis moi-même un « dérapeur » notoire. 

Par ailleurs, tout en restant nostalgique aux très belles sonorités d’avant, je ne suis pas du tout un has been et je reste ouvert à tous ls styles musicaux, fussent-ils les plus hard, à condition qu’ils soient bons à entendre, beaux à écouter et qu’ils aient du sens et du propos.

Quant à Monsieur le ministre, même si je lui reproche certains choix qu’il a fait et qui ne me paraissent pas très judicieux, il est jeune,certes, il est sympathique, entreprenant, et tout ce qu’on veut, mais j’ai l’impression qu’il n‘écoute que son avis et ceux et celles qui sont de son avis. Si je ne devais lui donner qu’un seul conseil, ça serait celui-ci :

il faut qu’il accepte les remarques, les reproches, et pourquoi pas aussi les mises en garde. 

Beaucoup de gens, en politique comme ailleurs, qui sont persuadés qu’ils ont toujours raison, finissent un jour ou l’autre par découvrir qu’ils avaient vraiment tort de le croire. Mais, souvent, il est déjà trop tard. 

En attendant que tout ce boucan se calme un peu, je vous souhaite un très bon week-end et une bonne fête du Mouloud, et je vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.