Il reste au Maroc beaucoup de chemin à faire pour forger une nouvelle élite aussi bien politique qu’économique, une élite éprise des valeurs de liberté, de droit, d’équité et d’égalité des chances..

Nous avons besoin d’une élite libérale avant-gardiste au sens de la rêverie de Rousseau.  Une élite qui ne se focalise pas sur les ramifications économiques du libéralisme au détriment de son essence, qui ne peut être que philosophique et morale, car  quoique défendant les valeurs de liberté, le libéralisme ne leur confère pas un caractère absolu, dès lors que liberté et responsabilité ou encore liberté et ordre vont de pair, pour éviter la société du chaos.

En somme, nous avons besoin d’une élite, qui servirait de locomotive pour relever les défis auxquels est confronté notre pays et réussir le pari du développement économique et social.

Je fais allusion ici à l’élite politique qui doit s’acquitter convenablement de sa mission constitutionnelle à savoir l’encadrement des populations pour véhiculer les nobles valeurs de civisme et de l’amour de sa patrie, animant par là même le champ politique.

Les partis doivent cesser de demeurer de simples machines électoralistes, qui ne se réaniment qu’à l’occasion des consultations communales ou parlementaires. Ils doivent être porteurs d’espoir et de projets de société les plus appropriés pour le devenir de notre pays, avec des points d’étape pour moduler, corriger les imperfections pour aller toujours de l’avant, atténuant au passage la plaie de l’analphabétisme et des inégalités iniques.

Je fais allusion aussi à notre élite économique, c’est à dire à notre bourgeoisie, que l’on voudrait une bourgeoisie nationale. Une bourgeoisie qui ne doit en aucun cas se départir de sa mission historique de levier de développement ; une bourgeoisie patriote, non seulement soucieuse des ses intérêts bien compris, mais encore plus jalouse de ceux de la nation à laquelle elle appartient.

En somme, une bourgeoise qui conduit le changement tant souhaité, comme l’avait fait avant elle la bourgeoise Européenne du début du 19ème qui a été le fer de lance du décollage économique et social en Europe. Une bourgeoise entreprenante, créative et engagée dans la mise à niveau de son pays par des investissements dans l’infrastructure et les projets structurants pour soutenir les efforts de l’Etat dans ces chantiers dont les effets d’entraînement bénéfiques sur notre économie ne sont plus à prouver.

Le Maroc n’a pas besoin d’une bourgeoisie des aubaines, qui ne cherche que les situations de rente et l’enrichissement illicite.

Le dilemme que vit notre bourgeoisie aujourd’hui c’est qu’elle s’autoproclame libérale seulement quand cela arrange ses intérêts. Mais qui cesse de l’être dès lors qu’il s’agit de bénéficier toujours plus de la manne de l’Etat.

En conclusion, il ne faut pas confondre libéralisme et ploutocratie qui est une version caricaturale du libéralisme et du capitalisme sauvage.

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA