Je n’insisterai jamais assez que la modernité est un concept forgé en Occident et y a pris corps suite à un long processus, qui a duré trois siècle. Le contenu de la modernité s’est élaboré progressivement par des mouvements politiques et philosophiques.

De quoi s’agit-il ?

D’un processus de plusieurs occurrences concomitantes :

– L’individualisation par un travail de sape du communautarisme d’appartenance ;

– Le formatage des modes de vie ;

– La désacralisation du fait religieux au profit de la domination de la raison « instrumentale » et d’une interprétation scientifique du monde où la religion est devenue une opinion comme tant d’autres ;

– La généralisation d’un modèle de société imposé comme le seul rationnellement valable, et donc comme supérieur.

Le principe de la modernité participe de l’idée qu’il n’existe qu’une solution unique valable à tous les faits sociaux, moraux et politiques. L’humanité y est perçue comme une masse d’individus sans différenciation ni singularité, et la différence et la diversité entre les hommes sont perçues comme étant des entraves à une histoire unique de l’humanité. De fait, la modernité s’érige en doctrine qui impose son corpus idéel et son mode d’être unique, applicable à toute l’humanité, dans un schéma de société universelle forcée.

Cependant, la modernité est aujourd’hui en crise, dès lors que ses valeurs originelles de liberté et d’égalité sont bafouées partout. Coupés de leurs valeurs ancestrales et de leurs communautés, qui donnaient un sens à leur vie, les hommes sont soumis, dans la modernité, à de nouveaux patterns de domination représentés par la puissance de l’argent et le diktat du marché globalisé, sur lesquels ces hommes n’ont aucune prise, rendant leur liberté purement formelle et hypothétique.

De même, l’égalité tant promise par la modernité n’a pas été au rendez-vous dès l’instant que cette égalité de principe est sabordée par des inégalités économiques et sociales des plus abominables. De la même façon, cette modernité des bonnes intentions, qui proclame des « droits » a failli à donner au grand nombre les moyens de les exercer, au profit d’une petite minorité.

En définitive, la modernité n’a fait que créer de nouvelles classes, de nouvelles castes, de nouveaux riches, en somme de nouveaux « seigneurs » face à des armées de vassaux et de métayers frustrés et malheureux.

Quant à l’espoir du progrès nourri par la modernité, il a été aussi déçu par des crises économiques et financières itératives et de plus en plus rapprochées qui affectent les plus démunis et les plus fragiles, c’est-à-dire le grand nombre.

En détruisant les repères signifiants du monde vécu au profit d’une raison instrumentalisée, la modernité a privé l’individu aussi bien de son passé que de son avenir, et qu’en son nom la civilisation contemporaine a été chosifiée et la raison d’être humaine réduite à un seul geste, celui de consommer toujours plus, dans un environnement d’une grande aridité spirituelle.

Mostafa MelgouChercheur en économie et Expert du secteur bancaire et financier. Ancien cadre supérieur de plusieurs groupes bancaires dont notamment la BMCI, la Saudi French Bank à Jeddah, Sahara Bank en Libye, et ABNAMRO Bank. Il est co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA