Nous vivons dans un monde où tout semble absolument désespérant, et en même temps, où l’espoir est, chaque jour, toujours présent. Cette phrase peut vous paraitre grandiloquente et pleine d’emphase, mais je vous assure que j’en suis totalement et intimement convaincu et, pour tout vous avouer, c’est même cette conviction totale et intime qui me permet de vivre et de toujours espérer. 

Le titre que j’ai choisi pour cette chronique peut, lui aussi, paraître quelque peu pompeux, en plus de s’inspirer, volontairement, d’un célèbre slogan publicitaire – “boire ou conduire, il faut choisir”, mais je vous assure que, là aussi, je le pense réellement. 

Ce n’est pas la première fois que je parle de culture, ici ou ailleurs, et à chaque fois pour attirer l’attention de ceux qui nous gouvernent sur la nécessité absolue, incontournable, salutaire, de la promouvoir s’ils veulent que ce beau pays qui est le nôtre, soit enfin sur le bon chemin. 

Oui, c’est vrai qu’il y a des choses qui sont faites de temps en temps, ça et là, mais c’est tellement peu, tellement diffus, tellement homéopathique, que ça en devient presque anecdotique.

Si je suis amené aujourd’hui à revenir, une fois encore et une fois de plus à ce sujet qui me tient vraiment à coeur, c’est parce que j’ai eu l’occasion, ce jeudi soir, de vivre un moment rare et précieux, un moment que j’aimerais tant vivre tout le temps. 

Je vous raconte. 

J’ai un ami, artiste et donc forcément peu aventurier qui a lancé depuis quelques mois une entreprise dans un domaine plus ou moins périlleux. Oui, le domaine de l’art et de la culture. Et, comme tout le monde de ce monde vous le dira : il faut être fou pour investir, ou juste pour s’investir dans ce secteur qui n’intéresse souvent que les intéressés eux-mêmes, ou parfois quelques hurluberlus non artistes, mais amateurs, passionnés, et même parfois fous de la culture, des arts et des artistes. 

Cet ami, je pense qu’il mérite qu’on le connaisse et qu’in lui fasse de la pub. Comme dirait l’autre, c’est pour la bonne cause. Cet ami s’appelle Mohamed Rachdi. Il est artiste, critique d’art, enseignant-chercheur, organisateur et commissaire de nombreuses expositions et plein plein d’autres choses. Il a bourlingué un peu partout, et puis, un jour, il a décidé de créer un lieu unique, magique, excentrique, en haut d’une presque tour en plein milieu du centre de Casablanca, et qu’il a appelé bizarrement :  H2/61.26.

Ce lieu se veut un espace d’art et culture  – c’est comme ça qu’il le définit d’ailleurs – et cet espace n’arrête pas, depuis qu’il a été ouvert, de recevoir des artistes, des intellectuels, des cinéastes, et plus généralement des activistes de la chose artistique et culturelle, qui parlent de leurs métiers, de leurs rêves, de leurs recherches, de leurs découvertes, de leurs folies, de leurs espoirs… 

Ces débats et ces rencontres ont lieu en toute convivialité et en toute complicité. Après chaque rencontre, nous les hurluberlus qui y allons, plus ou moins régulièrement, nous avons l’impression d’en sortir, à chaque fois, plus heureux, plus sereins, plus équilibrés et je pourrais même dire probablement plus intelligents. 

Oui, la culture, en plus de vous ouvrir le coeur, elle vous ouvre l’esprit car elle irrigue vos neurones et secoue vos méninges. Et c’est pour cela que je suis persuadé, et je ne suis pas le seul, que moins on s’intéresse à la culture, avec un grand C, et plus on risque de devenir sénile, voire imbécile. 

Je suis désolé de le dire aussi crument, mais je ne vois pas d’autre manière de le faire si on ne veut pas mourrir idiots.  Aller vers vers la culture, assister ou participer à des manifestations culturelles, aller admirer les oeuvres artistiques, quelles qu’elles sont et où qu’elles soient, est la forme la plus sûre de résister à la bêtise et de donner sens à sa vie. 

Ce sont des hommes comme Mohamed Rachdi, ou une femme comme Laila Hida, une “folle inconsciente” comme je l’ai qualifiée hier lors de son passage remarquable et remarqué au le H2/61.26, qui nous donnent espoir en une vie plus intelligente et donc plus heureuse. 

Vous n’imaginerez jamais ce que, par exemple, cette femme, toute gracieuse, mais toute fragile, a fait, et fait encore, chaque jour pour la promotion de la culture et des arts. 

Et bien, je vais vous le dire : elle a décidé, en toute inconscience et en toute insouciance, de transformer une vieille maison, sans doute héritée de ses parents, située en pleine médina de Marrakech, en un lieu ouvert, effervescent, tonifiant, entièrement dédié aux arts et aux artistes. Ce lieu qui porte le nom d’un chiffre – le 18 – mérite un 20/20 tant il fait tellement de bien à la rue, au quartier, à la ville et sûrement à tout notre pays. 

Voilà donc un homme et une femme, comme il y en certainement des dizaines d’autres, qui nous donnent l’exemple en mettant tout ce qu’ils ont, ou parfois qu’ils n’ont même pas, dans des projets apparemment aléatoires, hasardeux, insensés, mais dont ils sont sûrs qu’ils seront, un jour ou l’autre, bénéfiques à notre pays et donc à notre peuple.

En attendant, ceux et celles qui parlent à longueur de journée du peuple et qui agissent en son nom sont à mille lieux de s’intéresser à tout ce que ces gens-là font. 

Pourtant, il va falloir continuer. Peut-être, un jour…. 
Espérons toujours.

En tout cas, je vous souhaite un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochain pour un autre Vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma