S’il y a une sujet brûlant qui est en train de régner, progressivement, au fil des jours, presque en maître absolu dans les discussions de salons, de bureaux ou de terrasses de cafés, c’est bien celui de cet ennemi parti d’ailleurs, j’ai nommé l’innommable, l’incroyable et le bien craint Coronavirus le terrible.


Alors que nous étions, au Maroc, bien tranquilles, à discuter de tout et de rien, et surtout de rien ou de pas grand-chose comme, par exemple, des dernières sorties rigolotes de notre respectable chef de gouvernement ou bien des dernières péripéties ridicules du mystérieusement célèbre Hamza Mon Bébé, et de ses présumé(e)s acolytes, voilà que ce sujet aux yeux bridés, nous tombe sur la tête comme un météorite. 

Il faut reconnaître qu’à l’heure où je commets ces lignes, si météorite il y a, il n’aurait atteint, officiellement, personne chez nous ou même de chez nous.
Même ceux et celles de nos concitoyens et concitoyennes qui étaient susceptibles d’être touché(e)s par ce vilain virus car ayant été très proches de lui ou de ses pauvres victimes potentielles  sur le lieu même du crime, la Chine éternelle, ont été rapatrié(e)s illico-presto, sains et sauves. 

Ouf ! Sauvé(e)s par le gong ! (Oups ! j’ai failli écrire “le Mékong”).
Au Maroc, ce pays béni, oui, oui, nous avons l’habitude, et quelle que soit l’épidémie ou la pandémie qui sévit sur le monde entier, d’en être protégés par je ne sais quelle grâce divine ou similaire. Même si je ne crois pas une seconde à cette prétendue protection céleste, ça m’arrange de le croire un peu. Après tout, ça permet au moins de ne pas vivre dans l’angoisse permanente d’être contaminé à tout moment, et, pis, de passer de vie à trépas, moi qui ai envie de vivre au moins un siècle encore.   

Plaisanterie à part, je suis là, en train de vous parler presque en m’amusant de cette maladie horrible, mais je ne vous cache pas que j’en ai peur, un peu comme tout le monde,  autant pour moi que pour mes proches et lointains, même si j’ai  lu et entendu ça et là que malgré toute sa gravité, l’épidémie du coronavirus serait moins dangereuse, ou du moins moins mortelle que la grippe dite saisonnière. Comme quoi…

Au fait, à propos de plaisanterie, j’ai beaucoup aimé certaines blagues et images marrantes qui ont circulé ces derniers jours notamment à travers les réseaux sociaux, concernant ce virus au nom presque rafraichissant. Si je devais mettre moi aussi mon grain de sel, je dirais que si le nom de ce virus peut nous paraître sympathique, il n’empêche qu’il peut nous mettre en bière. 
Oui, ce n’est pas drôle, mais, franchement, je n’ai pas du tout envie de me marrer.
En vérité, si j’ai décidé de consacrer ma chronique de cette semaine à une maladie contagieuse alors que d’habitude je la consacre plus à des maux incurables, c’est parce que je suis plus qu’agacé par l’élan de racisme que cela suscite dans notre pays et ailleurs.
J’ai toujours détesté toutes les formes de discriminations raciales de quelque sorte qu’elles soient, et je déteste encore plus les amalgames que certains et certaines s’empressent de faire dès qu’il s’agit des autres.
Souvenez-vous du virus Ebola et de l’assimilation systématique qui en était faite par rapport aux sub-sahariens. Il suffisait d’être un peu basané pour être suspecté de porter le virus Ebola et donc susceptible de contaminer les autres. Parfois, c’est présenté sous forme de moquerie, mais qui cache une peur réelle. La peur de l’autre.
Et bien, si cette épidémie qui n’est qu’à ses débuts, continue, nous allons probablement vivre une autre épidémie encore plus contagieuse et plus dangereuse, celle de l’amalgame stupide et du rapprochement idiot avec les Chinois et les Chinoises, et plus généralement, avec les personnes d’origine asiatique qui vivent de plus en plus chez nous. 
Quand je dis “probablement”, j’aurais pu écrire “sûrement”. La preuve, il y a moins d’une semaine, une vidéo virale – c’est le cas de le dire – a envahi la toile. Cette oeuvre, cette mauvaise oeuvre devrais-je dire, a été réalisée par une femme, marocaine, bien de chez nous, qui voulait soi-disant nous mettre en garde contre l’arrivée du coronavirus dans un restaurant chinois – tiens, tiens ! – dans la ville de Fez.
Cette annonce de mauvaise augure s’est avérée totalement fausse et a même poussé le Ministère de la santé de sortir un communiqué officiel pour la démentir.
En conclusion, je n’ai pas de conseil à vous donner pour vous préserver de ce virus, par contre, je vous conjure de combattre, autant que vous le pouvez, tous ces imbéciles qui, en propageant des préjugés bêtes et stupides, prônent l’aversion et la haine de l’autre, donc de tout le monde.

C’est Confucius qui aurait dit un jour “La nature fait les hommes semblables, la vie les rend différents”.

En attendant la fin de toutes ces maladies et de toutes ces obsessions, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma