Si je commençais par vous dire que je ne me sens pas en grande forme, que j’ai le moral au plus bas, que je suis très irritable, et que je n’ai qu’une seule envie, c’est de déguerpir d’ici, vous allez me demander aussitôt : « Pour aller où ? ». Et le problème, c’est que je ne le sais pas du tout. Partout, ici ou ailleurs, qu’il fasse beau ou qu’il pleut à torrents, l’ambiance est morose et l’atmosphère peu propice ni aux vacances ni juste pour la détente. Et tout cela, pourquoi ? À cause de qui ? À cause de quoi ? Bien entendu, à l’ennemi n°1 du moment, et pour un long moment encore : le Covid19, dit Corona l’invincible.

Cela étant dit, on se rend compte qu’en fait, on n’a rien dit, et qu’on a fait que redire ce que dit un peu tout le monde, parce que c’est tellement facile de chercher et de trouver un ennemi commun, de l’accuser de tous les maux, et de tout lui mettre sur le dos.

Et bien, moi, même si je pense que ce virus est vraiment une petite crapule, qu’il sévit comme un salaud en n’épargnant personne, riche, pauvre, citadin, rural, enfant, jeune, vieux, généreux, radin, érudit, ignorant, bref, il ne fait pas de différence : tout le monde à la trappe ! Oui, mais, je ne pense pas qu’il soit plus méchant que tous les types de son espèce. Et puis, après tout, il est dans ses rôles de virus, dont notamment celui d’être le compagnon naturel de notre vie et, hélas, parfois, aussi de notre mort.

Ce qu’il ignore, le pauvre, c’est que beaucoup, des humains cette fois-ci, profitent de son passage pour l’utiliser, l’un pour se faire valoir, l’une pour se faire voir, l’autre pour faire diversion, d’autres pour renforcer ou retrouver leur pouvoir, et d’autres encore pour se faire du beurre sur son dos, et tous ces gens-là le font sans se préoccuper des principes moraux, et sans se soucier le moins du monde de ce que dira-t-on, ni encore moins du retour du bâton.

Maintenant, je vais vous parler clairement : j’en ai par-dessus la tête de l’hypocrisie consensuelle qui règne en ce moment dans notre pays. En fait, je suis persuadé que les gens font semblant de râler, sans doute pour avoir bonne conscience, contre ce qu’ils appellent « le système », dans lequel ils mettent tout et n’importe quoi, tout le monde et n’importe qui, alors ils sont souvent les premiers complices de ce système.

Je vais donner un exemple et un seul : depuis qu’on a instauré, pour de si bonnes raisons, ce document-sésame de « l’autorisation » de se déplacer, et étant la difficulté de l’obtenir pour des raisons que je peux également comprendre, chacun a fini très vite par trouver la solution pour se le procurer. En fait, ils n’ont pas cherché très loin : le billet-laisser-passer. Oui, chasser le pot de vin, il revient au goulot. Jusque-là, c’est-à-dire avant l’arrivée de ce terrible virus, on vivait presqu’en symbiose avec son collègue de la corruption – et qui n’est certainement pas de son espèce – et j’avais pensé que l’heure était peut-être arrivée de changer les mauvaises habitudes, car, cette fois-ci, il y va de la santé, voire de la vie des citoyens et des citoyennes. Qu’est-ce que j’étais naïf et stupide ! J’avais oublié que la morale, d’une part, et le désir bestial de s’enrichir, de monter ou juste d’arriver à ce qu’on veut, d’autre part, n’ont jamais fait bon ménage.

En fait, il y a eu, soudainement, convergence d’intérêts, pour ne pas dire complicité, entre – appelons un chat un chat – un gendarme ou un policier dans un barrage, chargés par leurs supérieurs d’appliquer la loi avec rigueur et sévérité, et donc de ne laisser passer que le citoyen ou la citoyenne disposant de l’autorisation exigée, et ces mêmes citoyens, ces mauvais citoyens, pressés de rentrer ou de sortir, et qui sont convaincus que le meilleur passe-partout est et restera le billet-laisser-passer. A chaque fois que je proteste, y compris auprès de mes proches les plus proches, contre ce comportement qui est immoral, en soi, et qui, aujourd’hui, est en plus inhumain, eu égard au risque de contamination et donc de propagation de la maladie et donc de la mort, je passe pour “un doux rêveur qui devrait aller vivre dans une autre planète”. En attendant, ces mêmes personnes qui se croient plus malins et plus futés que les autres passent l’essentiel du temps qu’ils ont gagné en graissant la patte à d’autres inconscients comme eux – pour ne pas dire autre chose, à regarder et à partager les yeux fermés et le cerceau bloqué, des infos et des images qui sont, la plupart du temps, ni vraies ni vérifiées, parce que ça leur procure probablement un malin plaisir de montrer des trucs sordides, morbides, ou juste des gens qui vivent comme bon leur semble, et ça ne regarde personne ! Ce qui est rigolo, mais pas drôle du tout, c’est qu’ils se permettent de les critiquer et de leur donner des leçons de morale et de civisme. Allah Yan3al lli maya7chame !

En tout cas, en attendant qu’on en finisse avec ce pauvre virus alibi-souffre-douleur-bouc-émissaire, et que nos voyous-voyeurs-néo-moralisateurs se regardent un jour dans le miroir et rougissent enfin, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma