Ça fait la 5ème ou 6ème année d’affilée que je visite et séjourne à Nador, cette ville qui se situe, bien entendu, en plein Rif, mais aussi à quelques encablures de ce qu’on appelle la région de l’Oriental et, donc, de nos voisins Algériens, à quelques centaines de mètres de Melillia, l’une des deux enclaves espagnoles qui ne sont plus revendiquées par le Maroc que du bout des lèvres et, enfin, au bord de la mer Méditerranée, à travers la célèbre lagune de Marchica.

Si je vous donne autant d’indications, c’est parce que depuis que je viens régulièrement à Nador, mes proches, mes amis et bien d’autres, n’arrêtent pas de me demander où se trouve-t-elle exactement, et, surtout, qu’est-ce qui m’attire dans cette cité si lointaine ? 

Je dois vous avouer qu’auparavant, je ne m’étais jamais interrogé ni à quoi ressemblait cette ville, ni à ce qui pourrait intéresser ses éventuels visiteurs. Je me souvenais vaguement, il y a très longtemps, l’avoir visitée, je crois, deux fois. En fait, le terme “ visiter” est un bien grand mot car c’était vraiment un passage en coup de vent pour aller faire du shopping à Melillia.
Et puisque je suis dans les aveux, je ne vais pas vous mentir, mais je ne viens pas non plus à Nador pour faire du tourisme, mais pour des raisons plutôt professionnelles. En effet, il est organisé dans cette ville chaque année, et c’est fois-ci ça c’est la 8ème édition, le ”Festival International de Cinéma et Mémoire Commune”. C’est un événement phare récurent qui reçoit des invité(e)s du monde entier : des cinéastes, des producteurs, des artistes, mais aussi d’éminentes personnalités politiques internationales telles que des ministres ou des maires de grandes villes européennes, ou même d’anciens chefs de gouvernement ou chefs d’Etat. 

Donc, grâce à mes visites régulières à Nador, j’ai pu constater, au fil des années, l’évolution et la transformation effectives et indéniables de cette ville. Parmi les aspects les plus spectaculaires et les plus visibles de ces changements, il y a, d’une part, la création d’une nouvelle grande cité résidentielle qui porte le nom peu créatif de “Ville nouvelle de Nador”, et d’autre part la réalisation de la Grande station balnéaire et touristique aux abords de la lagune de Marchica, avec notamment son golf, sa Marina, ses Palaces, ses grands ensembles résidentiels composés de villas et d’appartements etc.  .
Ces deux projets sont presque fin prêts dans leur totalité, le premier depuis quelques années déjà, et le second est dans sa phase de finalisation. 

Si je devais décrire brièvement ces deux projets, je vous dirais que ce sont probablement unes des plus belles réalisations du Maroc de ces dernières années. Je pourrais même ajouter que pour Marchica, les travaux gigantesques de dépollution et d’assainissement qui ont été effectués dans sa lagune, ainsi que l’Aménagement de sa nouvelle Corniche sont exceptionnels et font de ce site – et je pèse mes mots – un des plus beaux au monde.
Cependant, malgré cet effort très louable de la part des responsables et des élus de la ville, mais aussi de la volonté des plus hautes autorités de notre pays, on ressent un terrible malaise au sein de la population. 

D’aucuns pourraient me dire que “les Riffains ne sont jamais contents”, un cliché largement entretenu par une bonne partie de l’opinion publique ignorante de la réalité et donc influençable à souhait. 

Je n’ai jamais caché mon affection aussi bien pour cette région du Rif que pour sa population, et c’est qui m’a poussé, entre autres, à m’interroger sur le pourquoi de ce malaise et interroger ceux et celles qui me paraissent pas très à l’aise. 

Ce que j’ai appris est surprenant et sidérant, mais en même temps il coule de source tellement il est plein de bon sens.
D’abord, on m’a fait remarquer qu’il y a deux villes Nador. La 2ème c’est celle que je viens de décrire avec tout ce qu’il y a de brillant et de clinquant, et la première, la ville d’origine laquelle, même si elle ne manque pas d’un certain charme, ne semble pas avoir bougé d’un iota. Il n’y a qu’à voir la différence entre la propreté permanente et quasi parfaite de la promenade de Marchica, et la saleté qui persiste dans le reste de la ville, remarquable parfois juste après avoir traversé l’avenue adjacente à la Corniche. 

Quant aux centaines de résidences de la station balnéaire de Marchica, on m’a rapporté  qu’elles seraient presque toutes vendues, acquises essentiellement par des propriétaires issus de la région, mais vivant très loin, et qui ne viendraient peut-être jamais, même pas pour y passer des vacances.

Et c’est ce qui pourrait expliquer, comme me l’ont rappelé la plupart de mes interlocuteurs, pourquoi ces réalisations, aussi belles et aussi budgétivores soient-elles, n’ont eu, jusqu’à présent, presque aucun impact social et économique sur la population de la ville dont une  partie vit à la limite du minimum vital, et encore ce n’est que grâce à la débrouille et à la solidarité familiale. 

Bref, voici un cas d’école sur lequel nos responsables devraient se pencher sérieusement pour que les projets qui sont initiés par les uns ou par les autres et les investissements qui sont réalisés ça et là, permettent, enfin et réellement, à réduire la fracture sociale qui sévit un peu partout dans notre pays, et surtout dans cette si belle région du Rif.
A mon humble avis, il n ya pas d’autre solution que celle-ci, si l’on veut, vraiment, éviter le pire.
En attendant, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma