Le sujet que j’ai choisi cette semaine pour ma chronique n’est pas joyeux du tout, bien au contraire. Je dois reconnaitre que mes dernières chroniques n’étaient pas non plus très gaies, actualité notamment corona-covidienne oblige. Mais là, je crois que je vais carrément plomber l’ambiance. Tant pis, parce que c’est pour une bonne cause. Ou une mauvaise, car, justement, tout le monde n’est pas d’accord avec tout le monde.

Effectivement, il s’agit du débat qui n’en est pas encore un, parce que ceux et celles qui l’animent aujourd’hui, ne sont pas forcément habilité(e)s à le faire. Oui, c’est bien de la peine de mort, de son principe et de son application, de son exécution pourrais-je dire, qu’il s’agit.

Cette discussion, pour ne pas dire débat, revient comme “un marronnier”, bien connu chez les journalistes et les médias, c’est-à-dire à chaque fois que vient l’occasion, hélas souvent dramatique, d’en parler.

Cette fois-ci, il s’agit d’un crime crapuleux qui a soulevé l’indignation et la colère légitimes de toutes les Marocaines et tous les Marocains, de Tanger à Lagouira, pour utiliser la formule politiquement correcte consacrée. J’en profite pour présenter mes plus sincères sincères condoléances aux parents et à la famille de l’enfant Adnane, tout en dénonçant de toutes mes forces ce crime abject et sauvage. 

Maintenant, que faire ? Pour moi, il faut d’abord commencer par garder notre sérénité et par maîtriser notre émotion qui est souvent une très mauvaise conseillère. 

Moi aussi je suis père, et je peux parfaitement imaginer la détresse des parents de Adnane et leur désespoir de voir leur fils partir pour toujours d’une manière aussi atroce. Je ne leur dis pas qu’il faut accepter leur sort et leur destin avec fatalisme et résignation. Non, au contraire, je dis qu’il faut qu’ils se battent et combattent, et nous avec eux, d’abord pour que toute la vérité soit faite sur ce crime, ensuite qu’ils se battent et combattent, et nous encore avec eux, pour que justice sot faite, enfin, qu’ils se battent et combattent, et toujours nous avec eux, pour que plus jamais ce genre de meurtres monstrueux ne se renouvelle dans notre pays, même si, il faut se le dire et se le répéter, cela restera, durant encore longtemps, un voeu pieux.

Et c’est là où je veux en venir.

Les crimes, les viols, les meurtres, les attentats, les assassinats, les parricides, les infanticides, bref, les délits du plus bénin ou plus monstrueux, ont toujours existé depuis la création de l’humanité, et continueront, malheureusement, d’exister jusqu’à la fin de l’humanité. Cela provient probablement des imperfections génétiques, biologiques et autres de l’espèce humaine, et l’aggravation au cours de l’histoire de ces mêmes imperfections. Autrement dit, même si je comprends très bien tous ceux et toutes celles qui sont indigné(e)s et révolté(e)s aujourd’hui et qui appellent à l’application de la peine de mort pour le kidnappeur-violeur-tueur du petit Adnane, je suis obligé de leur dire que ce châtiment ne servira à rien, ne réglera rien, et surtout, ne ramènera jamais ni Adnane, ni aucune autre victime de tant d’autres crimes horribles exécutés auparavant.

En fait, même s’ils ne veulent pas se l’avouer clairement, on sent dans leur appel et l’ardeur qui l’accompagne presque toujours, une envie de vengeance, qui peut être somme toute humaine, mais humaine ne veut pas dire légitime, et légitime ne veut pas dire légale. La fameuse loi du talion, qui existe, semble-t-il, textuellement dans le coran, il faut le dire, et je le dis, ne doit pas et ne doit plus être prise au mot. Le coran, la religion et tout cela, n’est mon rayon, et je n’y pige pas grand-chose, mais mon devoir d’homme, je ne dis même pas cultivé, mais juste un peu sensé et un peu éclairé, m’impose de dire ce que je pense, au moment où je pense que c’est le moment. 

Quand je lis ce que je lis et que j’entends ce que j’entends depuis quelque jours, depuis cette affreuse nouvelle du viol suivi de meurtre du petit Adnane, j’ai parfois la nausée. La nausée, bien sûr, en premier lieu, à cause de ce crime sans nom, mais la nausée aussi, ensuite, en raison de l’appel au meurtre quasi collectif lancé par tous ces gens qui semblent croire dur comme fer qu’aussitôt le criminel passé par les armes, tout sera réglé, tout sera fini. Or, ce qu’ils ne veulent pas admettre, c’est que ce châtiment, aussi terrible et aussi irréversible soit-il, et même s’il ferait disparaitre définitivement le criminel en question, n’aurait finalement qu’un seul et unique résultat : assouvir, consciemment ou inconsciemment, leur désir (in)humain de vengeance et calmer leur propres démons. Sinon, rien d’autre. Qu’on veuille l’admettre ou pas, jamais au grand jamais l’exécution capitale n’a arrêté un crime. Et d’un. De deux, tuer un être humain, au comportement aussi sauvage soit-il, est un acte aussi inhumain sinon plus que celui de ce criminel.

En tout cas, je ne prétends nullement détenir la vérité, mais je souhaite que tous nos intellectuels et toutes les personnes éclairées de ce pays prennent la parole d’une manière courageuse pour donner leur avis sur ce sujet, qui n’est pas un simple sujet d’actualité passager, mais un vrai sujet de société. Sinon, s’ils ne le font pas, ce sont les idées moyenâgeuses qui risquent de prendre le dessus et dominer de nouveau une opinion publique aux idées déjà largement archaïques. En attendant d’avoir un écho à mon appel au respect de la vie, je vous souhaite un très bon week-end, et vous dis, comme chaque vendredi, à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma