Je préfère vous prévenir tout de suite : cette chronique risque de ne pas plaire à tout le monde. C’est probablement souvent le cas pour mes écrits, même si ça n’a jamais été mon principal souci. Sauf que cette fois-ci, alors que nous sommes dans une atmosphère consensuelle presque absolue, je risque même de choquer certains esprits chagrins, notamment ceux qui pensent que ce sont eux qui ont raison parce que, tout simplement, “tout le monde est d’accord”. 

Or, je ne sais pas si c’est culturel, génétique ou autre, mais j’ai toujours eu en horreur tous les consensus, fussent-ils “patriotiques” ou “nationalistes”, parce qu’ils ont souvent, voire toujours, un caractère exclusiviste. En d’autres termes, parce qu’ils mettent automatiquement à l’index, et donc au ban de la société, tous ceux qui ne sont pas d’accord avec cet accord collectif, qui n’y adhèrent pas totalement, ou juste, parfois, qui émettent quelques réserves. 

J’ai souvent dit et écrit une conviction à laquelle je crois profondément, et qui n’est sans doute pas partagée pas beaucoup de monde : la démocratie, c’est quand tout le monde applaudit, et que quelqu’un, au moins un, siffle. Pour le principe. Pour la démocratie. 

Alors, justement, je pense que c’est là où le bat blesse, et c’est là d’où provient probablement les désaccords : il faut être démocrate pour accepter l’idée qu’on puisse ne pas être d’accord, ou même être le seul ou la seule à ne pas être d’accord, alors que “tout le monde est d’accord avec tout le monde”.

Par conséquent, si vous me suivez bien, si on ne laisse pas cette personne dire ce qu’elle pense, ou si on ne lui donne pas le droit d’exprimer sa position qui est, rappelons-le, non pas forcément contraire à tous les autres, mais juste différente, si on la menace de prison, d’exclusion ou autre, à cause de sa position distincte des autres, alors, pour moi, on n’est plus en démocratie.

Et si j’insiste lourdement sur cette notion de démocratie, ce n’est pas pour donner des leçons de droits de l’homme ou autres – je n’en ai ni la prétention ni la compétence – mais c’est juste pour rappeler que, d’une part, notre pays était, il n’y a pas encore longtemps, montré du doigt par nombre de pays et organisations démocratiques, et que, d’autre part, malgré les avancées gigantesques réalisées ces dernières années, il est, toujours et encore, en phase de construction démocratique. 

Autrement dit, tout n’est pas totalement construit, ou tout n’est pas entièrement consolidé.

C’est la raison pour laquelle que je me suis permis de faire ces rappels, en ces temps où nous avons tous peur pour nous, peur pour nos proches, peur pour notre avenir et pour celui de nos enfants. 

Et justement, si cette peur me semble tout à fait légitime du fait même que l’ennemi est bien identifié, l’autre peur, celle du bâton et de la répression, me parait totalement déplacée.


Et parce que nous aimons, tous, notre pays et notre peuple, nous nous devons, tous, de le mettre en garde contre toute velléité, même involontaire, de retour vers un passé que nous avons, tous, intérêt à dépasser. 


Quant à l’avenir, si nous le voulons, il ne pourra être que radieux. 


En attendant, restons bien confinés chez nous, non pas parce qu’on nous l’entonne ou on nous l’ordonne à longueur de journée, mais parce que nous sommes convaincus que c’est la seule issue pour nous en sortir. Tous.

Très bon confinement. A la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma