Nous sommes à quelques encablures de ce sacré mois de ramadan qui vient tous les ans, et qui, comme chaque année, il apporte avec lui son lot de questionnements, de surprises, et plein d’autres choses, parfois agréables, souvent surprenantes, mais toujours redondantes.

En vérité, le ramadan, je l’aime bien, notamment pour ses bons bols de harira et ses belles veillées, mais ce n’est pas du tout ma tasse de thé, mais, expérience oblige, je crois en savoir un rayon. En général, cela commence par la date du commencement. Les américains sont allés sur la lune, il y a déjà plus d’un demi-siècle, justement parce qu’à force de recherches, d’études et de calculs, ils ont fini par connaître, non seulement où elle se trouve exactement, mais aussi à quel moment précis, dans n’importe quel point du globe, on peut en voir un petit bout, la moitié ou la lune entière.

Pourtant, nous, ici au Maroc, mais également dans beaucoup de pays dits musulmans, on s’obstine, probablement très volontairement, à laisser la chose dans le flou, en obligeant plus ou moins leurs peuples à continuer de croire que personne n’est capable de savoir, 24 heures avant, le début du ramadan. Sa fin non plus d’ailleurs.

Bon, bref, on s’est habitués à cela parce que, comme chantait l’autre, on s’habitue à tout. En fin de compte, ce semblant de suspense n’est pas mortel, et donne même un peu de piquant à la chose. Le ramadan, c’est aussi les éternelles hausses, fictives ou réelles, des denrées indispensables durant ce mois très budgétivore car très absortivore. Ces mêmes hausses, vraies ou pas, sont toujours précédées par un sentiment traumatisant, à savoir l’angoisse du manque et de la pénurie de ces mêmes produits.

Mais heureusement que nos gouvernements respectifs et réactifs sont toujours là, d’abord pour nous rassurer que, grâce à leur vigilance, aucune denrée ne risque de nous manquer, mais également pour, disent-ils, “ taper sur les mains de toute personne” qui oserait menacer, la sécurité alimentaire de nos concitoyens et de nos concitoyennes, au risque de déstabiliser leurs âmes et leurs esprits, durant cette période ô combien hautement spirituelle. Et enfin, on ne pourrait pas parler du ramadan, sans rappeler certains programmes répétitifs et abêtissants de certaines de nos chaînes de télé qui ne vont sûrement pas manquer de nous assommer encore cette année avec leurs tentatives vaines de nous faire rire sur nos propres bêtises avec leurs propres crétineries. Je ne vous ai rien dit. Alors, en raison de cette fameuse pandémie qui nous est tombé du ciel, ou de quelque part en Chine ou ailleurs, le dernier ramadan a été tout simplement un non-ramadan, dans tous les sens de l’expression – mis à part le jeûne plus ou moins forcé et plus ou moins généralisé. Nous étions littéralement enfermés, du matin au soir, avec comme unique possibilité, celle de pouvoir sortir quelques minutes par jour, muni(e)s de l’autorisation de circonstance, pour aller faire nos emplettes pour la soirée. La nuit était d’une tristesse traumatisante. Mais, bon, ce black-out était, semble-il, nécessaire pour notre survie, voire la survie de l’humanité.

Il fallait d’abord survivre pour pouvoir continuer de vivre. Eh bien, une année après, après bien des peurs, des inquiétudes, des moments de doutes, de tristesse et de découragement, nous sommes pratiquement au même point, Il est vrai que depuis, les mécréants qui ne connaissent pas le ramadan ont cherché et inventé le vaccin pour eux et surtout pour nous qui ne savons pas le faire. Mais, malgré cela, nous ne sommes pas plus avancés.

En tout cas, à plus ou moins 10 jours du début de ce ramadan tant attendu par les uns et tant redouté par d’autres, personne, je dis bien personne, ne sait comment notre vie va être organisée durant ce très long, trop long mois. Chacun va avec ses suppositions ou ses spéculations, mais personne, je redis bien personne, à commencer par notre Chef du gouvernement en personne, ne pourra nous dire ce qu’on pourra faire, ou juste ce qu’on ne pourra pas faire. Tout ce que l’on sait, c’est qu’on va nous dire tout cela “avant le ramadan”.

Franchement, si on continue comme ça, on va finir réellement par croire que ces gens-là se fichent vraiment de nous, nous font marcher pour le seul plaisir de mieux nous soumettre et mieux nous abêtir. Vous me connaissez, je ne suis pas quelqu’un qui passe son temps à taper sur les gouvernants, mais comme, eux passent tout leur temps à nous rabaisser et à nous infantiliser, eh bien, j’en profite pour dire ce que je pense d’eux et de leur politique à deux sous. Je pense que c’est un peu mon rôle, du moins, c’est celui que j’ai choisi pour moi. C’est Jean Paul Sartre qui a écrit un jour : “Un intellectuel est quelqu’un qui est fidèle à un ensemble politique et social, mais qui ne cesse de le contester”. 

Voilà. C’est dit. En attendant d’être un peu mieux éclairés, je vous souhaite un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma