Je ne suis pas du tout le genre à me lamenter tout le temps sur mon sort, ni à chercher constamment la victimisation pour attirer affection ou compassion. Mais, là, en posant cette question volontairement provocatrice, je voudrais interpeler mes concitoyennes et mes concitoyens, du moins celles et ceux qui me lisent, pour les pousser à réfléchir avec moi sur ce que nous vivons dans ce pays comme aberrations, comme contradictions, comme déviations, comme absurdités, comme bizarreries, comme déviances, comme incohérences, et comme tant de choses qui vont à l’encontre de la rationalité et du bon sens.

Je voudrais partir d’un postulat sur lequel tout le monde est plus ou moins d’accord. 

D’abord, le Maroc n’est pas un jeune pays, mais une nation multi-séculaire, qui a connu une histoire riche en invasions, en guerres, en famines, en mixages ethniques, en découvertes, en victoires, en réalisations, en constructions, en destructions,  en colonisations, en libérations, en nouveaux départs, et la liste est encore longue. 

Notre histoire contemporaine est moins originale, puisque nous faisons partie des pays qui ont été colonisés sous une forme ou sous une autre. Pour ma part, je considère que le statut de “protectorat”  dont nous avons “bénéficié” n’a fait de nous ni meilleurs ni pires que les autres. 

Dans tous les cas, tout cela est derrière nous, puisque notre pays a arraché son indépendance depuis plus de 60 ans, une période largement suffisante pour repartir sur de nouvelles bases. Cela d’ailleurs a bien été fait, et le Maroc d’aujourd’hui ne ressemble en rien à celui d’avant l’indépendance. 
En disant cela, je ne dis presque rien. 

Il est vrai que personne ne peut le nier, que tout a changé. Nous avons des milliers de kilomètres routes goudronnées, des centaines de kilomètres d’autoroutes à péage, des aéroports ultra-modernes dans presque toutes les villes, des trains ultra-rapides, des gares ultramodernes, des tours très hautes, des hôtels très étoilés, des clubs de jour, des boites de nuits, des palaces, des supermarchés, des Malls, des écoles privées de tout genre et de toutes nationalités, des cités vertes avec des villas de toutes les sortes et de toutes les formes, des résidences balnéaires dans toutes les plages et au bord de toutes les mers,  et nous avons probablement le plus grand parc de limousines et de 4X4 par tête d’habitant du monde, ou zide ou zide…

Bref, le Maroc vit dans la modernité dans toute son apparente splendeur. 

Sauf que, à côté de tout cela, nos jolies rues et nos grandes avenues n’ont jamais été aussi bondées et aussi anarchiques, nos belles places aussi occupées et aussi sales, nos beaux rond-points aussi remplis de mendiants locaux et internationaux, nos femmes aussi conservatrices et aussi couvertes, nos hommes aussi machistes et aussi barbus, nos enfants aussi insolents et aussi délinquants, nos responsables aussi incompétents et aussi absents, nos élu(e)s aussi mal élu(e)s et aussi corrompu(e)s, nos diplômé(e)s aussi mal instruit(e)s et aussi fumistes, nos automobilistes aussi chauffards et aussi arrogants, nos piétons aussi ringards et aussi jemenfoutistes, nos agents verbalisateurs aussi aveugles et/ou aussi conciliants, nos enseignants aussi conservateurs et aussi archaïques, nos intellectuels aussi peu éclairés et aussi opportunistes ou zide ou zide…

Donc, si nous nous résumons, au lieu d’évoluer dans le bons sens, c’est-à-dire comme les autres, oui, par exemple, comme ceux qui nous ont colonisé, ou si vous préférez, ceux qui nous ont “protégé”, et qui ont laissé, nous devons le reconnaitre, de beaux restes et dont il ne reste plus grands chose, nous évoluons à reculons. 

Plus nous avançons dans le temps, plus nous revenons en arrière. 

C’est un paradoxe mystérieux, et personne ne semble vraiment chercher à lever ce mystère. Pourtant, il faut que nous prenions conscience que contrairement à ce que certains pourraient croire ou nous faire croire, nous ne sommes ni un peuple maudit ni un peuple stérile. Si les autres sont aujourd’hui mieux que nous, dans le sens qu’ils ont su comment prendre l’histoire dans le bon sens, cela ne signifie pas qu’ils sont plus intelligents que nous, comme d’ailleurs nous ne le sommes pas plus qu’eux.   

Donc, au lieu de passer notre temps à nous comparer avec les autres, en pensant que s’ils sont ce qu’ils sont et comme ils sont, c’est parce qu’ils seraient nés de la cuisse de Jupiter, il est temps que nous nous mettions au travail, en commençant pas nous décomplexer et en faisant appel à notre orgueil, ou du moins, à ce qui nous en reste. 

À mon avis, c’est le seul moyen pour nous de nous prouver et de prouver aux autres qu’ils ne sont pas plus bénis que nous, nous serions maudits. 

Mais, comme dirait l’autre, c’est vous qui voyez. 
A la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma